De 2 000 à 12 000 DA : l’extincteur, nouveau venu dans la liste des produits sous tension en Algérie

C’est l’histoire d’un accessoire longtemps relégué au fond des coffres ou oublié sous un siège, qui est devenu en quelques semaines l’article le plus recherché et le plus controversé d’Algérie.
Les automobilistes ne s’attendaient pas à ce qu’un simple rappel à la loi transforme cet équipement de protection en un véritable produit de luxe. Pris entre la crainte d’une contravention et la réalité d’un marché en surchauffe, les conducteurs font face à une flambée tarifaire irrationnelle ! Le prix de l’extincteur dépasse désormais, et de loin, le montant de l’amende qu’il est censé leur éviter.
Extincteurs pour voiture en Algérie : le nouveau code de la route met les automobilistes sous la pression d’une pénurie soudaine
À l’origine de cette tension, la mise en application des dispositions de la loi n° 26-09 relative au code de la route. Publiée au Journal officiel en mai dernier. Ce texte réaffirme l’obligation de doter chaque véhicule d’équipements de sécurité de base, à savoir l’extincteur d’automobile, le triangle de signalisation et le gilet rétro-réfléchissant. Le défaut de ces éléments constitue une infraction de deuxième classe, passible d’une amende forfaitaire de 4 000 dinars algériens.
🟢 À LIRE AUSSI : La Gendarmerie clarifie les règles sur l’extincteur: attention au modèle choisi, 20 000 DA d’amende en jeu
L’effet ne s’est pas fait attendre. Alertés par les rappels des services de sécurité et les témoignages sur les réseaux sociaux, des milliers de conducteurs se sont précipités vers les points de vente. Face à cet engouement massif et imprévu, l’offre s’est effondrée.
Les tarifs constatés sur le terrain illustrent un emballement spectaculaire. Alors qu’un extincteur d’automobile de un ou deux kilogrammes se négociait habituellement autour de 2 000 DA. Les prix se sont envolés pour atteindre 6 000, 8 000 et parfois jusqu’à 12 000 DA selon les vendeurs.
Au-delà des magasins physiques, les plateformes numériques sont devenues le théâtre de pratiques douteuses. De nombreuses annonces affichent des prix d’appel attrayants pour capter la clientèle. Avant d’annoncer une rupture de stock soudaine et de proposer le matériel à des montants bien plus élevés.
Détaillants désorientés et opacité des prix : la traçabilité de la chaîne d’approvisionnement en question
Dans les commerces de pièces détachées et d’accessoires automobiles, le constat demeure identique. La demande explose mais les étagères restent vides. Face à cette volatilité, beaucoup de revendeurs préfèrent s’abstenir d’acheter de nouveaux stocks. Par peur de subir un retour de bâton financier si le marché venait à se stabiliser brutalement.
🟢 À LIRE AUSSI : AADL : plus de 1 800 locaux commerciaux mis en vente aux enchères dans plusieurs wilayas
Analysant la situation en ce mois de septembre 2026, l’expert économique Dr Hatem Harkati estime, dans un entretien avec El Khabar, que cette multiplication des prix par cinq ou six ne peut s’expliquer par de simples ajustements commerciaux. Selon lui, il convient d’analyser la chaîne d’approvisionnement dans sa totalité avant de qualifier le phénomène :
- L’analyse des coûts à la source : vérifier le prix d’achat initial auprès de l’importateur ou du fabricant local. Ainsi que les tarifs appliqués par les grossistes.
- L’évaluation des charges logistiques : intégrer les coûts réels liés au transport, au stockage, à l’assurance et aux marges des différents intermédiaires.
- Le contrôle des stocks et des factures : examiner les volumes importés avant l’entrée en vigueur de la loi pour déceler d’éventuelles rétentions spéculatives.
L’expert souligne qu’une hausse de prix n’est pas synonyme de spéculation si les coûts d’approvisionnement ont réellement augmenté en raison de la rareté mondiale ou logistique. En revanche, si l’écart s’agrandit sans justification comptable, l’intervention des services de contrôle devient impérative. « La preuve d’une pratique illicite ne doit pas reposer sur de simples impressions ou le constat de prix élevés. Mais sur des factures, des volumes d’importation et l’inspection des stocks », rappelle le Dr Harkati. Qui préconise d’accroître l’offre et de fluidifier les canaux d’importation plutôt que d’imposer un plafonnement administratif des tarifs.
Extincteur obligatoire : les associations de consommateurs réclament un gel temporaire des sanctions
Devant la détresse financière des usagers de la route, les représentants de la société civile montent au créneau. Le président de la Fédération algérienne de protection du consommateur, Zaki Hariz, interpelle directement les autorités compétentes. Notamment les ministères de l’Intérieur et des Transports, pour demander la suspension temporaire de la verbalisation liée à l’extincteur d’automobile.
🟢 À LIRE AUSSI : CCR : les Douanes admettent les voitures de moins de 5 ans, fin de la dérogation diesel
Tout en saluant la portée préventive d’une telle mesure pour la sécurité routière, le responsable pointe du doigt le décalage temporaire entre l’obligation légale et la capacité du marché à y répondre. Les récentes régulations du commerce extérieur et la délivrance restreinte des licences d’importation ont fortement limité les quantités disponibles sur le territoire national.
Pour la Fédération, infliger des amendes alors que le produit est quasiment introuvable ou vendu à des tarifs déraisonnables pénalise injustement le citoyen. Un report de l’application des peines permettrait de donner le temps nécessaire aux opérateurs économiques. Pour réapprovisionner le marché et stabiliser les prix à des niveaux acceptables.
En somme, pour l’heure, l’obligation prévue par le nouveau Code de la route reste en vigueur. Le marché de l’extincteur se retrouve ainsi sous pression. Avec une demande devenue obligatoire en peu de temps et une offre qui peine, dans certains points de vente, à suivre le rythme.
🟢 À LIRE AUSSI : Justice : 13 nouvelles juridictions commerciales bientôt installées






