Exportations de ciment : 20 millions de tonnes d’excédent, où en est l’Algérie et ce qui la freine

Autrefois importatrice, l’Algérie produit aujourd’hui bien plus de ciment qu’elle n’en consomme. Avec un excédent d’environ 20 millions de tonnes par an, les cimentiers se tournent vers l’export, de l’Afrique à l’Europe et aux États-Unis. Mais les ports et la nouvelle taxe carbone européenne freinent encore leur élan.
Ciment algérien : pourquoi un tel excédent ?
L’Algérie a longtemps importé une grande partie de son ciment. Des investissements massifs dans de nouvelles cimenteries ont depuis inversé la situation. Le pays dispose désormais d’une capacité de production d’environ 41 millions de tonnes par an, selon les chiffres de 2024.
La consommation nationale tourne, elle, autour de 23 millions de tonnes par an. L’excédent exportable atteint donc près de 20 millions de tonnes chaque année. D’après nos calculs, le pays pourrait ainsi exporter presque autant de ciment qu’il en consomme.
Cet excédent fait du ciment l’un des piliers de la diversification de l’économie. Les exportations hors hydrocarbures ont atteint 5,16 milliards de dollars en 2025, comme l’indiquait notre article sur la zone de libre-échange de Tindouf et les exportations. Les matériaux de construction figurent parmi les principaux produits exportés.
Ciment et clinker : de 60 à 747 millions de dollars d’exportations
La progression des exportations de ciment a été spectaculaire. Elles sont passées de 60 millions de dollars en 2019 à 747 millions de dollars en 2023, selon le ministre du Commerce de l’époque, Tayeb Zitouni. D’après nos calculs, leur valeur a ainsi été multipliée par plus de douze en quatre ans.
L’Algérie est même devenue en 2023 le deuxième exportateur mondial de clinker, derrière le Vietnam, pour environ 439 millions de dollars. Ce produit semi-fini est ensuite broyé par les pays acheteurs pour fabriquer leur propre ciment. Le pays s’est aussi hissé au premier rang des exportateurs de ciment et de clinker en Afrique, et au deuxième rang en Méditerranée.
L’Europe absorbe une bonne part de ces ventes. En 2023, la France arrivait en tête des clients avec 172 millions de dollars d’achats, devant l’Italie, avec 113 millions, et la Belgique, avec 89 millions. Le port de Ténès a encore expédié 15 000 tonnes de ciment et de clinker vers l’Europe en septembre 2026, comme le relatait notre article sur l’exportation depuis le port de Ténès.
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Exportations de ciment : ce que prépare le gouvernement
Le 21 septembre 2026, le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, a réuni les producteurs de ciment. Ils ont fait le bilan des exportations du premier semestre et étudié de nouveaux marchés. L’objectif : renforcer la présence du ciment algérien à l’international.
Un an plus tôt, en septembre 2025, le président Abdelmadjid Tebboune avait ordonné de dédier un port aux exportations de ciment. Ce port doit pouvoir accueillir de grands navires, avec la possibilité d’utiliser des silos flottants. Notre article sur le port dédié aux exportations de ciment détaille ce projet.
Les exportateurs bénéficient aussi d’une prise en charge de la moitié de leurs frais de transport maritime et aérien, depuis février 2025. Cette aide figure parmi les mesures détaillées dans notre article sur les produits algériens qui dominent les ventes à l’étranger. Des réunions régulières au ministère permettent aussi de lever les blocages propres à chaque filière.
Du clinker au ciment : la course à la valeur ajoutée
Les autorités veulent désormais exporter davantage de ciment fini et moins de clinker. Il faut « passer de l’exportation du clinker en tant que matière première à l’exportation du ciment », avait plaidé Tayeb Zitouni. Le ciment fini rapporte en effet davantage que le produit semi-fini.
Ce choix répond aussi à la demande des acheteurs africains, qui préfèrent le ciment au clinker. Le marché africain reste une priorité affichée par les autorités. Le groupe public GICA, Holcim El Djazaïr et le privé Biskria Ciment comptent parmi les principaux exportateurs du pays.
Ports : le principal frein aux exportations de ciment
La capacité de production ne se traduit pas automatiquement en exportations. Les cimentiers exportent en réalité bien moins que leur excédent, faute d’installations portuaires adaptées. Charger rapidement de grands navires exige des silos, des quais profonds et des équipements spécialisés.
Seuls quelques ports disposent d’un tirant d’eau suffisant pour les grands vraquiers, comme Annaba, Skikda, Djendjen et Oran. C’est tout l’enjeu du port dédié voulu par le chef de l’État. Son ouverture devrait permettre de réduire les coûts logistiques et les délais d’attente des navires.
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Taxe carbone européenne : quel impact sur le ciment algérien ?
Depuis le 1er janvier 2026, l’Union européenne applique pleinement son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Les importateurs européens doivent désormais acheter des certificats pour les émissions de CO2 contenues dans certains produits, dont le ciment, l’acier et les engrais. Cette taxe renchérit donc le coût des produits les plus polluants.
Le ciment algérien est directement concerné, car l’Europe figure parmi ses premiers clients. Les producteurs capables de prouver des émissions plus faibles, grâce à des données vérifiées par usine, paieront moins. Les autorités misent donc sur un « ciment vert », plus respectueux de l’environnement, pour préserver ces marchés.
Acier, céramique : les autres matériaux qui s’exportent
Le ciment n’est pas le seul matériau de construction à s’exporter. Le complexe sidérurgique de Tosyali, à Bethioua près d’Oran, a exporté 1,5 million de tonnes de produits en 2025, surtout vers l’Italie et l’Espagne. Ses recettes d’exportation devaient atteindre 1 milliard de dollars cette année-là, puis dépasser 1,5 milliard en 2026, selon un membre de son conseil d’administration.
Le complexe exporte du rond à béton, du fil machine, des tubes pour le secteur des hydrocarbures et désormais de l’acier plat. La céramique et le carrelage gagnent aussi du terrain à l’export. L’Algérie se classait ainsi au troisième rang des exportateurs de matériaux de construction vers l’Afrique, avec environ 680 millions de dollars de ventes, selon le ministère du Commerce.
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