Exclu de la loi sur les restitutions: le canon Baba Merzoug au cœur d’une nouvelle proposition en France

Exclu de la loi sur les restitutions: le canon Baba Merzoug au cœur d’une nouvelle proposition en France
Écarté de la loi sur la restitution des biens spoliés par la France, le canon Baba Merzoug fait l’objet d’une nouvelle proposition pour son retour en Algérie.

Prise de guerre emblématique de 1830, le mythique canon Baba Merzoug reste désespérément bloqué en France, exclu de la récente loi sur les restitutions des biens spoliés. Mais une nouvelle offensive vient relancer l’espoir. La députée Sabrina Sebaihi a déposé une proposition de loi pour exiger le retour immédiat de « La Consulaire » à Alger.

L’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité un projet de loi visant à simplifier et accélérer la restitution des biens culturels spoliés dans un contexte colonial entre 1815 et 1972. Ce texte remplace le passage systématique devant le Parlement par une procédure par décret, tout en imposant aux États bénéficiaires des conditions strictes de conservation et d’accès au public. Bien que présentée comme un outil d’apaisement mémoriel, la loi suscite des débats en raison de critères techniques jugés restrictifs par certains et de l’exclusion de certaines catégories d’objets.

Malgré cette avancée législative, le canon Baba Merzoug, emblème de la défense d’Alger saisi en 1830 et conservé à Brest, reste exclu du dispositif. En effet, la loi écarte les « trophées militaires » et les spoliations hors du cadre chronologique ou typologique défini, bloquant ainsi le retour de cette pièce maîtresse.

Une proposition de loi pour restituer le canon Baba Merzoug à l’Algérie

La classification des biens spoliés en tant que « biens de guerre » est aujourd’hui dénoncée comme un verrou législatif empêchant le retour du patrimoine algérien. Ces objets, à l’image du canon « la Consulaire » et des armes de l’Émir Abdelkader, possèdent une valeur culturelle et historique qui dépasse leur nature militaire initiale.

Dans une publication sur ses réseaux sociaux, la députée Sabrina Sebaihi plaide pour une rupture profonde avec la gestion actuelle du patrimoine issu de la période coloniale. En affirmant qu' »on ne construit pas l’avenir sur des trophées de guerre », elle souligne que le maintien de symboles de conquête dans les collections françaises entrave la construction d’une relation bilatérale sereine.

Face aux limites des textes législatifs actuels, Sabrina Sebaihi a officiellement déposé une proposition de loi visant spécifiquement la restitution à l’Algérie du canon Baba Merzoug, surnommé « la Consulaire ». Elle conteste fermement le fait que ce monument historique soit encore exposé à Brest, estimant que « la justice ne s’expose pas dans un arsenal ». Cette initiative législative vise à lever les verrous juridiques qui maintiennent cette pièce emblématique sous un statut de bien de guerre.

Le trésor de l’Émir Abdelkader toujours réclamé

En 2024, la commission mixte d’historiens a permis à l’Algérie de formaliser une demande de restitution centrée sur l’Émir Abdelkader, figure emblématique de la résistance. Cette liste inclut des objets personnels hautement symboliques, tels que son Coran, son sabre, son pistolet et sa tente de commandement. Actuellement dispersées entre le Musée de l’Armée et le Musée Condé à Chantilly, ces pièces proviennent majoritairement de la prise de la « smala » par le duc d’Aumale en 1843, illustrant l’importance de ce trésor historique pour l’identité algérienne.

Au-delà de ces objets, Alger réclame le retour de documents administratifs et diplomatiques cruciaux, comme les traités de la Tafna et les registres de l’armée de l’Émir. La demande s’étend également à des manuscrits religieux et intellectuels, notamment ceux du cheikh Aheddad, conservés par la Bibliothèque nationale de France et l’INALCO.

La demande de restitution concerne enfin des pièces d’artillerie et des trophées de guerre exposés dans l’espace public français, au premier rang desquels le canon Baba Merzoug situé à Brest. L’Algérie exige parallèlement le retour d’objets liés aux résistances régionales, comme les clés et étendards de la ville de Laghouat, théâtre d’un massacre en 1852.

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