Enfouie à plus de 3 500 kilomètres de Moscou, une ville sibérienne abrite une prouesse technologique : le seul réacteur nucléaire universitaire de Russie ouvert aux étudiants étrangers. En effet, l‘Université polytechnique nationale de recherche de Tomsk (TPU) ne ressemble à aucun autre établissement.
Fondée en 1896, classée numéro un en Russie pour l’ingénierie pétrolière et gazière, elle forme chaque année des centaines d’ingénieurs venus des quatre coins de la planète. Pour un étudiant algérien en quête d’une spécialisation dans les secteurs stratégiques de l’énergie, la TPU représente une opportunité unique.
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Un réacteur nucléaire sur le campus : pourquoi la TPU est unique au monde
Mis en service en 1967, le réacteur IRT-T tourne sans interruption au cœur du campus de Tomsk. Sa puissance atteint 6 mégawatts, ce qui en fait le réacteur universitaire le plus puissant de toute la Russie. Ainsi, il figure sur la liste nationale des installations scientifiques uniques. Mais sa vraie singularité tient à autre chose.
En effet, c’est le seul réacteur en exploitation dans le pays où des étudiants internationaux peuvent travailler et se former directement. Nulle part ailleurs en Russie une telle opportunité n’existe. Chaque année, quelque 450 étudiants y acquièrent une expérience concrète en gestion de centrales, en sûreté radiologique et en protection physique des installations.
Depuis l’ouverture du programme aux étrangers en 2016, environ 160 personnes originaires de 22 pays ont franchi les portes de l’IRT-T. Du Ghana au Brésil, de l’Inde au Vietnam, ces diplômés occupent aujourd’hui des postes dans les industries nucléaires de leurs pays respectifs. « La TPU ne forme pas seulement des ingénieurs, elle construit des carrières internationales. »

130 ans d’histoire, 200 000 ingénieurs formés
Créée sous le règne de Nicolas II, la TPU a longtemps été le seul établissement technique de toute la Sibérie. En 2026, elle a célébré son cent-trentième anniversaire avec la sérénité des grandes institutions. Deux cent mille ingénieurs sont sortis de ses amphithéâtres depuis sa fondation.
L’Université polytechnique nationale de recherche de Tomsk (TPU) figure parmi les établissements d’ingénierie les plus prestigieux de Russie. Classée n°1 en Russie dans les domaines des technologies chimiques et de l’énergie selon le classement RAEX, elle occupe également la 30ᵉ place mondiale en ingénierie pétrolière et gazière dans le classement QS.
Reconnue pour son excellence scientifique, TPU se distingue dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment les technologies nucléaires, l’électronique, l’informatique et le génie pétrolier.
Parmi ses anciens élèves figurent des noms marquants : Nikolaï Semenov, prix Nobel de chimie, Nikolaï Kamov, créateur des hélicoptères de la série Ka, ou encore Nikolaï Nikitin, ingénieur structural de la tour Ostankino. Ses partenaires industriels actuels s’appellent Gazprom, Rosatom, Roscosmos et Rosneft.
Aujourd’hui, la TPU accueille plus de 14 200 étudiants, dont plus d’un sur cinq vient de l’étranger. 58 pays sont représentés sur le campus. L’université investit massivement dans l’innovation, son volume annuel de recherche et développement dépasse les 3,27 milliards de roubles. Ses diplômés occupent des postes de direction dans 8 des 12 centrales nucléaires russes.
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Que produit concrètement le réacteur IRT-T ?
L’activité de l’IRT-T dépasse largement le cadre pédagogique. Sur le plan industriel, la TPU produit environ 5 % du silicium dopé nucléaire mondial, un matériau indispensable à l’électronique haute tension. En outre, une installation capable de traiter des lingots de plus de 200 millimètres de diamètre a été mise en service sur le site. Ceci répond à cette demande croissante.
Autre application inattendue : la coloration de pierres précieuses. Grâce aux technologies isotopiques du réacteur, la TPU transforme chaque année entre 1 et 1,5 tonne de topazes incolores en gemmes d’un bleu ciel intense. Une curiosité qui dit beaucoup sur la polyvalence de cet outil hors norme.
C’est en médecine nucléaire que l’impact se révèle peut-être le plus significatif. La TPU est l’un des principaux centres russes de production de radiopharmaceutiques.
Trente cliniques russes s’approvisionnent auprès d’elle, contribuant à la prise en charge de plus d’un million de patients. Parmi les isotopes produits : le technétium-99m, le phosphore-32 (dont la TPU est le seul producteur en Russie), le lutétium-177 et l’yttrium-90. De plus, des essais précliniques de thérapie par capture de neutrons sont déjà en cours sur le site. Cette méthode prometteuse est utilisée contre les tumeurs malignes.
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Un campus de 34 bâtiments classés, ouvert sur le monde
Le campus de la TPU compose ce qu’on appelle le « quartier européen » de Tomsk. Ses trente-quatre bâtiments, dont plusieurs sont classés monuments historiques, abritent plus de cent laboratoires et centres de recherche. Ainsi qu’un complexe dédié aux carburants alternatifs permet aux étudiants de tester des combustibles sur de vrais moteurs, y compris des moteurs d’avion.
Pour faciliter l’intégration des étudiants étrangers, la TPU a mis en place depuis plus de vingt ans le club Zhar-Ptitsa (le Club de l’Oiseau de Feu). Projections, ateliers de cuisine, visites de la ville, activités sportives : ce dispositif compte quand on s’installe à des milliers de kilomètres de chez soi.
De plus, les filières ouvertes aux candidats internationaux couvrent la physique et les technologies nucléaires. Elles couvrent aussi le génie pétrolier et gazier, le génie énergétique et électrique, l’électronique ainsi que l’informatique. L’enseignement est principalement dispensé en russe. Toutefois, certains programmes sont en anglais. Par ailleurs, il existe un programme préparatoire universitaire depuis 1998. Celui-ci s’adresse aux étudiants souhaitant rejoindre les filières techniques ou scientifiques.
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