De nos jours, selon l’adage populaire, il est plus facile de labourer un are de terre que de se rendre à un service de l’état civil. Nombreux sont ceux qui soutiennent l’hypothèse.
Ce service névralgique, affirme-t-on sur les lieux, est loin de répondre aux attentes d’une demande de plus en plus consistante et exigeante. Un secret de polichinelle. L’état civil est malade! Il ne s’agit pas, ici, d’une tentative quelconque d’appesantissement à visées amplificatrices. Sauf que, ce problème très récurrent, au point de constituer un véritable casse-tête pour les centaines de citoyens qui s’y rendent chaque matin.
En dépit des tentatives de modernisation entamées, notamment la politique gouvernementale illustrée dans l’administration électronique ; l’état civil algérien continue de fonctionner telle une machine à vapeur, à l’ère où ses paires dans certains pays voisins, ont réussi, majestueusement, à lever le défi numérique.
Attendue, tel un croissant de l’Aïd, l’informatisation de l’état civil peine à se répandre dans nos mairies. Chose qui n’est pas sans accentuer le malaise des citoyens, notamment à l’ombre d’une course effrénée pour lefameux extrait de naissance12S. Sans exagérer, le temps et l’effort qu’investissent les citoyens pour s’acquitter d’une pièce d’état civil relève du parcours d’un combattant.
FILES INTERMINABLES
Un passage invivable pour tout le monde, notamment pour les personnes âgées. Pratiquement, il ne se passe pas une journée sans que le grand hall, réservé à accueillir les citoyens, soit vidé de citoyens.
Le rush commence, d’après certains citoyens, quelques heures avant l’ouverture des portes. Plusieurs personnes font la queue devant le siège de la mairie. Suivant la règle du premier venu, premier servi et pour parer aux éventuelles tentatives de surpassement de la chaîne ; les premiers sur les lieux mettent en place une liste numérotée que tout le monde, sauf cas particuliers, sera astreint à respecter.
Jeunes, moins jeunes, hommes et femmes, le décor est presque le même ici ou ailleurs. S’acquitter d’un papier est le souci principal de tout le monde. Cependant, la chaîne s’avère des plus compromettantes. Un véritable cassetête, omniprésent dans toutes les mairies, où le long souffle est recommandé.
Font-ils exprès de maintenir la tension sur les guichets pour amadouer les citoyens ? Est-ce une façon de détourner le citoyen des problèmes auxquels il fait face quotidiennement? Pour quoi demander une armada de papiers pour une simple demande de nationalité alors qu’on a cette mention sur la carte nationale d’identité? Des questions qui demeurent sans réponse, affirment certains citoyens accostés à El-Biar. Selon eux, la situation devient de plus en plus pire. Les avis différent et les simples citoyens restent les seuls à payer la facture.
Enfin, le Ramadhan ! Bien que ce dernier soit synonyme de piété et de bataille contre les balbutiements de l’esprit, l’abstention de consommer certains excitants, à l’instar de la cigarette et de la chique, accompagnée de la lenteur de la procédure administrative, n’est pas sans pimenter l’atmosphère, surtout du côté de la jeunesse. Chacun luttant contre un vice qu’il arrive à peine à gérer en attendant le prestigieux appel à la rupture du jeûne, l’endroit offre une véritable arène à toute sorte d’altercations verbales, tantôt entre deux citoyens tantôt entre un agent et un citoyen.
«Trois heures se sont déjà écoulées depuis que j’attendais mon tour», dit Fouad, visiblement mal réveillé. Maintenant, il est presque midi, je suis englouti par cette marée humaine qui se rue, lentement, vers le guichet.
Je suis très en colère contre tous ces responsables qui ne font rien pour améliorer les conditions, enchaînera-t-il avant de s’interroger pourquoi les autorités tardent à informatiser l’état civil ?
MAUVAISE ORGANISATION
Dès l’entrée, visiblement apparent; un impressionnant rassemblement agglutinant d’hommes et de femmes, de tous les âges, dégouline lentement vers les guichets en vue de s’acquitter, suivant le besoin, de la fameuse pièce tant souhaitée.
Si certains jeunes attendaient avec une ardente avidité cette aubaine pour verser dans le frottement de l’un à l’autre; la plupart des citoyens, appellent les responsables de remédier à cette situation, qu’ils jugent immorale. Pour un sexagénaire rencontré à l’intérieur de la mairie d’El Harrach, l’organisation a cédé place à l’anarchie. «On est entassé telles des sardines dans une bourriche. Ces responsables doivent multiplier les guichets pour absorber puis contenir la demande, ce qui conduirait sans doute à instaurer l’ordre.
Il est 11 heures et je ne suis toujours pas arrivé à capituler mes peines», déplorera-t-il. Du côté de la mairie d’El Biar, il était à peine 12 heures, au moment où le compteur indiquait que pas moins de trois cent personnes ont été servies. Au milieu de la foule, et des longues files interminables, une femme cria son indignation quant à la situation à laquelle est vouée le service de l’état civil.
Pour cette dernière, c’est plus qu’aberrant de constater qu’au lieu de faire une seule chaîne pour s’acquitter d’un papier, le citoyen doit refaire une autre chaîne pour interposer la griffe d’un autre responsable pour le valider, renchérit-elle. On dit que le besoin est à l’origine de toute invention.
La situation qui prévaut dans le service d’état civil a favorisé l’émergence de certains énergumènes qui, à force de s’interposer entre l’administration et le citoyen, sont parvenu à s’enliser dans nos moeurs. Certains citoyens appellent, ironiquement, cette nouvelle forme d’escroquerie de postes d’emploi indirects. Une autre forme de doubler la chaîne est souvent contractée par des citoyens sous de fallacieux prétextes, à l’instar de : n’avoir pas suffisamment de temps, ou carrément pour se donner le privilège de se démarquer d’une foule qu’ils jugent indécente pour eux. Du mépris pour les uns, un passedroit pour les autres ; la significative diffère d’une personne à l’autre.
Il s’agit du «piston», une habitude qui a pris des proportions inquiétantes dans la société. Certains citoyens rencontrés à la mairie d’El Harrach n’ont pas hésité, également, d’affirmer qu’il est très récurrent de voir ce genre de comportements. Pour eux, il n’y a que les formules qui diffèrent. Un homme «brûle» la file après avoir salué un agent du service d’état civil…
Kamal Lembrouk