Essais nucléaires français : une loi ouvre l’indemnisation en Algérie, mais sous restrictions

Essais nucléaires français : une loi ouvre l’indemnisation en Algérie, mais sous restrictions
L’Assemblée française a adopté une loi simplifiant l’indemnisation des victimes des essais nucléaires, y compris en Algérie, mais le dispositif reste limité.

L’Assemblée française a voté une loi simplifiant l’accès aux indemnisations pour les victimes des essais nucléaires. La loi reconnaît désormais automatiquement le préjudice pour quiconque présente une pathologie radio-induite liée aux essais dans les zones définies, notamment en Polynésie et en Algérie.

« On ne vous oublie pas » : c’est par ces mots que la députée Mereana Reid Arbelot a réagi à l’adoption à l’unanimité, le 29 janvier, de la loi améliorant le sort des victimes du nucléaire français. Le texte vise à lever les obstacles administratifs qui compliquaient jusqu’ici l’indemnisation des malades.

Jusqu’à présent, le processus était jugé « complexe, voire décourageant », car chaque victime devait prouver scientifiquement que sa maladie était directement liée aux essais. Le député Didier Le Gac explique qu’avec cette nouvelle loi, on abandonne cette preuve impossible au cas par cas pour instaurer une « présomption d’exposition ».

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Un amendement pour inclure le cas de l’Algérie adopté

Concrètement, l’indemnisation est désormais ouverte à toute personne souffrant d’une maladie liée à la radioactivité et ayant séjourné dans les zones de tests aux dates définies. Cette mesure profite aussi aux ayants droit et s’appliquera rétroactivement aux dossiers déjà en cours d’examen.

L’adoption de cette proposition de loi ne concerne pas uniquement la Polynésie française. Un amendement, porté par le député Maxime Laisney (LFI), a été intégré au texte pour inclure le cas de l’Algérie. En d’autres termes, les victimes des essais nucléaires français effectués dans le Sahara, notamment dans « les centres militaires ou les zones périphériques », pourront désormais être indemnisées selon les mêmes conditions que celles prévues pour la Polynésie.

Cela signifie que pour les personnes présentes en Algérie durant les périodes de tests, il ne sera plus nécessaire de prouver scientifiquement le lien individuel de causalité ; une « présomption d’exposition » sera appliquée si la personne présente une pathologie radio-induite. Le texte adopté demande aussi au gouvernement de fournir un rapport sur la politique d’essais nucléaires français en Algérie.

Le député à l’origine de l’amendement a toutefois critiqué le fait que le périmètre géographique retenu pour l’Algérie reste encore trop « restreint » et flou.

« Gerboise Bleue », première bombe nucléaire française à Reggane

« Gerboise bleue », la première bombe atomique française, a explosé à Reggane le 13 février 1960. Cinq fois plus puissante que celle d’Hiroshima, cette explosion saharienne a provoqué un désastre environnemental et sanitaire durable. Soixante-cinq ans plus tard, les populations et la nature portent encore les stigmates de ce premier essai massif.

Après le premier tir de 1960, la France a poursuivi ses activités nucléaires au Sahara jusqu’en 1966, menant 57 opérations supplémentaires. La campagne s’est répartie entre Reggane (4 explosions dans l’atmosphère) et In Ecker (13 explosions souterraines). Le site d’In Ecker a également accueilli 5 essais de plutonium, tandis que 35 autres tests ont été conduits à Hammoudia, marquant durablement ces zones désertiques.

Soixante-cinq ans après, l’héritage de ces explosions nucléaires reste un fléau pour les populations locales. Les bilans de santé annuels révèlent une persistance tragique de pathologies lourdes : cancers, malformations congénitales, stérilité et handicaps, auxquels s’ajoutent des traumatismes psychologiques profonds.

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