Entretien. Bernaoui : « J’ai de lourds dossiers de corruption à révéler »

Entretien. Bernaoui : « J’ai de lourds dossiers de corruption à révéler »

Dans cet entretien, Raouf Salim Bernaoui, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports et candidat aux prochaines législatives dans la liste du Rassemblement de l’espoir pour l’Algérie (TAJ), revient sur ses principaux objectifs électoraux, mais aussi sur le fléau de la corruption dans le secteur du Sport.

Pour ceux qui vous ne connaissent pas, qui est Raouf Salim Bernaoui ?

Je suis un citoyen algérien, de nationalité algérienne et formé en Algérie. J’ai été athlète de haut niveau en escrime, champion et dirigeant sportif. Certes, j’exerce des fonctions et des métiers libéraux dans le domaine des travaux publics, mais j’ai toujours gardé mon expertise en tant qu’athlète entraineur.

J’ai également présidé la fédération puis j’ai occupé le poste du ministre de la Jeunesse et des Sports, dans un contexte très sensible pour ne pas dire délicat, notamment pour le fait que j’ai été moi-même dans le Hirak du 22 février.

En parlant du Hirak, quelle est votre position par rapport aux dernières manifestations ?

Moi, je respecte beaucoup le Hirak qui est instauré dans la constitution, et j’estime que ce mouvement a sauvé l’Algérie. Maintenant, cette dynamique qui émerge de ce mouvement doit être l’utilisée positivement afin de construire et bâtir ce pays aux grands potentiels. D’ailleurs, je crois toujours qu’on peut faire de notre Algérie l’un des plus puissants dans le monde.

Vous avez été ministre durant une période sensible (avril 2019 – janvier 2020). C’était comment ?

Je ne vous le cache pas, la responsabilité était très lourde ; Il fallait maintenir la stabilité et continuer le travail de mes prédécesseurs. Et nous avons réussi dans notre mission. On a réalisé de très bons résultats (entre autre la coupe d’Afrique).

Quand j’ai entamé le travail à la tête du département du Sport, j’ai découvert la face cachée du secteur. J’ai constaté qu’il y a beaucoup de corruption. J’ai été surpris en découvrant des dossiers de certains dirigeants, qui malheureusement sont toujours des responsables dans le domaine sportif.

Cela explique la féroce campagne médiatique menée contre ma personne de la part de ces responsables qui se sont enrichis illicitement. Je ne vois pas comment un petit fonctionnaire ou un cadre pourrait atteindre une telle richesse.

Vous êtes candidat aux législatives du 12 juin. Vous voulez devenir député. Pourquoi ?

Pour défendre tous les secteurs du sport ainsi que les jeunes algériens. Mais aussi, pour contribuer à défendre le système éducatif et universitaire pour une prise en charge optimale de notre jeunesse.

Pour lutter aussi contre la corruption dans ce secteur. D’ailleurs, c’est l’une des raisons pour lesquelles le peuple est descendu dans la rue un 22 février 2019. Il y a un grand nettoyage à faire dans le secteur du sport.

En tant qu’expert international, technicien et ancien ministre, je pense pouvoir revenir dans mon domaine encore plus fort pour servir mon pays ainsi que de lutter contre la corruption et les corrupteurs. J’ai de lourds dossiers de corruption à révéler. Je le ferais au moment opportun.

Pourquoi vous n’avez pas combattu la corruption à l’époque où vous étiez ministre ? 

Si, j’ai combattu. Il faut préciser que les corrompus et les corrupteurs du secteur sont très puissants. Ils occupent des postes de responsabilité depuis plus de 40 ans. Je vous rappelle qu’il y a eu cette campagne médiatique injustifiée contre moi.

La crise actuelle est provoquée par ces gens-là. D’ailleurs, l’une des revendications du Hirak du 22 février est le départ de la Issaba et des corrupteurs.

Avez-vous subi des pressions de la part de « ces corrupteurs » ?

Oui, pas que des pressions. J’avais même subi du chantage, des menaces et une campagne d’acharnement. Tout ça, pour avoir essayé de lutter contre la corruption.

En dehors du Football, pourquoi les autres disciplines sont délaissées ?

Malheureusement, le secteur a été confié à des personnes qui n’ont rien à voir avec le sport. Durant mon parcours, j’ai vu des dirigeants et des présidents d’association issus du milieu de la drogue. Il y a même des dealers et des repris de justice.

Pour ce qui est des problèmes du secteur, il faut soulever la question du budget qui est la plus faible de la loi des finances. En plus, ce qu’il faut revoir, c’est le mouvement associatif qui est le cœur même du secteur. Actuellement, la législation algérienne accorde à ces associations de jeunesse 3% des rentes communales. Et si l’on considère le nombre des communes pauvres, cela est encore une fois insignifiant.

Par Massin Amrouni et Abdelaziz Merzouk