Le constat est sans appel : les services de réanimation et de chirurgie restent les zones les plus à risque. Une vaste enquête de l’Institut National de Santé Publique (INSPB) lève le voile sur la propagation des infections en milieu hospitalier et l’usage préoccupant des antibiotiques dans nos CHU.
L’Algérie dispose désormais d’une cartographie précise des risques sanitaires au sein de ses établissements. Menée dans les 16 Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) du pays, en collaboration avec l’OMS, cette enquête nationale définit une nouvelle ligne de front pour la sécurité des patients.
Réanimation et chirurgie : Les services en première ligne
Les données de l’enquête révèlent un taux d’infection global de 6,0 %, touchant 312 patients sur les 5 177 cas étudiés, tout en soulignant une forte disparité selon les spécialités médicales.
Les services de réanimation se retrouvent en première ligne avec un record de 13,9 % d’infections, majoritairement respiratoires (46,6 %), suivis par la chirurgie à 7,0 % où les complications liées au site opératoire sont prédominantes.
L’obstétrique et la médecine générale affichent des taux respectifs de 5,0 % et 3,5 %, ce dernier représentant le risque le plus faible. Sur le plan géographique, les régions Est et Ouest enregistrent les prévalences les plus élevées (7,0 %), avec un pic notable au CHU de Tlemcen qui culmine à 10,8 %.
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Alerte sur l’abus des antibiotiques
L’étude pointe un phénomène inquiétant : l’usage massif et parfois inapproprié des antimicrobiens. Plus de 54 % des patients reçoivent au moins un traitement antibiotique.
Le point le plus critique concerne la « prophylaxie chirurgicale » (prévention avant une opération). Dans 76,6 % des cas, les médecins prolongent cette prévention au-delà de 24 heures, contrairement aux recommandations internationales. Cette pratique favorise directement l’émergence de bactéries ultra-résistantes, un défi majeur pour la santé publique.
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Vers une stratégie nationale de lutte contre les infections
L’analyse des experts a permis d’isoler plusieurs profils de vulnérabilité où le risque d’infection hospitalière s’accroît de manière exponentielle. Trois facteurs déterminants se distinguent particulièrement : l’allongement de la durée de séjour au-delà de sept jours, l’état de santé initial du patient — notamment en cas de malnutrition ou d’immunodépression — ainsi que le recours à une intervention chirurgicale, dont la quasi-totalité des types majorent le risque infectieux, à l’exception notable de l’ophtalmologie.
Afin de stopper cette hémorragie sanitaire, l’INSPB et les experts de l’OMS préconisent une véritable thérapie de choc pour le système de santé, laquelle devra être pilotée par le ministère de la Santé via une stratégie nationale quinquennale structurée autour de deux piliers majeurs.
Le premier impose une tolérance zéro sur l’hygiène, obligeant chaque établissement, public ou privé, à instaurer un Comité de Lutte contre l’Infection (CLIN) bénéficiant d’un budget autonome ainsi que d’une autorité réelle sur les protocoles de soins, tels que l’hygiène des mains, la stérilisation et la gestion des déchets.
Le second axe vise un usage rationnel des médicaments, plaidant pour la fin des prescriptions automatiques afin de protéger durablement l’efficacité des antibiotiques actuels face aux résistances croissantes.
Cette enquête ne doit pas rester un simple document de recherche. Elle constitue la base d’un futur système national de surveillance, qui a pour objectif de transformer les hôpitaux en sanctuaires de guérison où le risque d’attraper une maladie supplémentaire devient l’exception, et non plus une statistique prévisible.
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