Engrais : dépendant à 80 % des importations, ce pays d’Asie se tourne vers l’Algérie

Dans un rapport officiel repris par le quotidien économique spécialisé Bonik Barta, le ministère de l’Agriculture du Bangladesh confirme qu’environ 80 % de la demande totale en engrais du pays est satisfaite par les importations.
Dans ce contexte, l’intérêt manifesté par Dhaka pour un approvisionnement auprès de l’Algérie revêt une portée commerciale qui dépasse la simple diversification des relations bilatérales : il s’agit d’un enjeu stratégique pour sécuriser les intrants agricoles du pays.
Alors que les discussions entre les deux nations ont progressé au cours des mois de septembre et d’octobre, une opportunité majeure se dessine pour les producteurs algériens désireux de renforcer leur présence sur un marché asiatique sous pression constante des prix et des approvisionnements, bien qu’aucun volume contractuel ni calendrier de livraison n’ait été officialisé à ce jour.
Le journal bangladais The New Nation a remis ce dossier au premier plan dans un article publié le 31 octobre 2026, intitulé « De la révolution au partenariat : ouvrir de nouvelles opportunités pour le Bangladesh et l’Algérie ».
La publication appelle à élaborer des accords d’approvisionnement équilibrés, prenant en compte la qualité des produits, les prix, les coûts de transport, le financement et les délais de livraison. Cette démarche s’inscrit comme une proposition visant à dynamiser la coopération économique, et non comme l’annonce d’un contrat déjà scellé.
Un rapprochement diplomatique et économique méthodique
Cet intérêt bangladais repose sur une intensification des échanges bilatéraux à l’automne 2026. Dès le 20 septembre, le ministre d’État bangladais aux Affaires étrangères, Humayun Kabir, appelait à renforcer la coopération dans les engrais et l’énergie auprès de l’ambassadeur d’Algérie à Dhaka.
Le 5 octobre, le ministre de l’Intérieur Salahuddin Ahmed confirmait l’intention de Dhaka de conclure des accords d’approvisionnement à long terme en engrais et en GNL, tout en incitant l’Algérie à importer du textile et de la pharmacie bangladais.
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L’accélération s’est concrétisée en octobre à Alger avec la signature, le 20, d’un protocole d’accord dans les hydrocarbures (GNL, GPL, produits pétroliers), suivie deux jours plus tard par une rencontre entre Humayun Kabir et le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf. Ce dernier y a confirmé la disposition de l’Algérie à répondre aux besoins du Bangladesh en engrais.
Un marché asiatique à fort potentiel
Bien que les discussions politiques avancent, aucun contrat commercial fixant les produits, volumes ou prix n’a encore été signé. L’attractivité du marché bangladais est néanmoins portée par une forte hausse de sa demande : selon le ministère bangladais de l’Agriculture, ses importations de phosphate diammonique (DAP) ont grimpé de 15,8 % entre 2024–2025 et 2025–2026, atteignant 1,62 million de tonnes.
Cette envolée ne concerne toutefois que le DAP, alors que les besoins en urée et engrais potassiques obéissent à des spécificités distinctes non encore précisées pour l’offre algérienne.
Pour garantir la régularité de ses approvisionnements rizicoles (campagnes Aman et Boro), le Bangladesh a concrétisé le 5 octobre un accord de 300 millions de dollars financé par la Banque mondiale (IDA) pour importer 600 000 tonnes d’engrais de base via la BCIC et la BADC. Une mobilisation de fonds qui illustre la priorité stratégique accordée par Dhaka à sa sécurité alimentaire.
Capacités industrielles algériennes : de l’existant aux projets futurs
Côté algérien, le développement de ces flux commerciaux peut s’appuyer sur un outil industriel solide et sur des projets d’envergure.
D’après l’annuaire de la Chambre Algérienne de Commerce et d’Industrie (CACI), le complexe « Sorfert » d’Arzew affiche une capacité annuelle de production de 1,26 million de tonnes d’urée granulée et de 1,6 million de tonnes d’ammoniac.
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À cela s’ajoutent les perspectives offertes par le Projet Phosphates Intégré (PPI), pensé pour valoriser localement les ressources minières du pays.
Selon Sonatrach, la première phase prévoit la réalisation d’un complexe de transformation chimique à Oued Keberit (wilaya de Souk Ahras), doté d’une capacité ciblée de 2,4 millions de tonnes par an d’engrais phosphatés et de 570 000 tonnes d’engrais azotés (urée), en plus de la production des matières intermédiaires nécessaires (acide sulfurique, acide phosphorique et ammoniac).
Une concurrence internationale et des opportunités d’interdépendance
L’Algérie évolue dans un marché hautement concurrentiel où le Bangladesh cherche constamment à multiplier ses sources d’approvisionnement et à signer des partenariats de long terme.
The Business Standard révélait ainsi une proposition préliminaire visant à créer une coentreprise en Arabie saoudite d’une capacité d’un million de tonnes par an de DAP, adossée à un contrat d’enlèvement garanti sur 20 à 25 ans.
Bien qu’un responsable bangladais ait tempéré en précisant que le projet n’en était qu’à sa phase d’étude, cette initiative montre que Dhaka explore activement des schémas d’approvisionnement pérennes au-delà du simple achat ponctuel.
Dans ce contexte, la compétitivité des exportateurs algériens reposera sur leur faculté à formuler des offres ajustées aux exigences du client : conformité des spécifications techniques, maîtrise des coûts rendus destination (CFR/CIF), flexibilité des conditions de paiement et respect strict des calendriers de livraison.
Enfin, au-delà de la seule facture d’engrais, ces pourparlers ouvrent la voie à des synergies industrielles plus larges. La partie algérienne a exprimé son intérêt pour le savoir-faire bangladais dans la filière textile, tandis que les discussions ont également abordé les secteurs de la pharmacie et du cuir.
Par ailleurs, l’Institut Algérien du Pétrole (IAP) s’est dit prêt à assurer la formation d’ingénieurs et de techniciens bangladais. Une dynamique globale qui permet d’envisager un partenariat économique équilibré, mêlant échanges commerciaux et transferts de compétences.








