L’Algérie vient de confirmer magistralement son poids stratégique sur l’échiquier énergétique continental. Selon un récent rapport spécialisé, le pays s’est hissé à la deuxième place des plus grandes puissances de raffinage en Afrique.
Au cœur de cette performance : la mégaraffinerie de Skikda (RA1K), dont la capacité de traitement atteint désormais 355 000 barils par jour (bj). Ce classement met en lumière le rôle névralgique joué par les complexes de la compagnie nationale Sonatrach, non seulement pour garantir l’autosuffisance du marché intérieur en carburants, mais aussi pour propulser les exportations de produits à haute valeur ajoutée.
Ce positionnement de premier plan offre à l’Algérie un avantage compétitif majeur à l’heure où la réduction de la facture d’importation de carburants est devenue le principal défi économique du continent.
La situation africaine demeure en effet paradoxale : bien que la région détienne près de 119 milliards de barils de réserves de pétrole brut — soit environ 8 % des réserves mondiales estimées à 1,6 billion de barils en 2025 —, elle souffre historiquement d’un déficit chronique entre sa production de brut et ses capacités de raffinage.
Marché pétrolier : le raffinage en Afrique franchit un cap historique
Toutefois, les lignes bougent. D’après les données de l’OPEP publiées par la plateforme spécialisée Attaqa, la capacité globale de raffinage en Afrique a progressé pour s’établir à 4,17 millions de barils par jour (mbj) en 2025, contre 4,14 mbj en 2024.
Parallèlement, la production effective des raffineries du continent a bondi de manière significative, atteignant environ 2,37 mbj en 2025, comparativement à 2,16 mbj un an plus tôt. Une trajectoire qui témoigne d’un effort d’investissement massif à l’échelle régionale pour tenter de pallier une facture d’importation annuelle de produits raffinés estimée entre 60 et 90 milliards de dollars.
Dans la hiérarchie africaine, la raffinerie de Skikda se positionne immédiatement après le géant nigérian Dangote, qui domine incontestablement le continent avec une capacité hors norme de 650 000 bj. Le fleuron algérien devance toutefois d’importants complexes industriels tels que Sasol en Afrique du Sud (250 000 bj), Ras Lanouf en Libye (220 000 bj) et Port Harcourt au Nigéria (210 000 bj).
Skikda : Le cœur battant de la stratégie de Sonatrach
Représentant près de la moitié de la capacité totale de raffinage de l’Algérie, l’usine de Skikda joue un rôle multidimensionnel au sein de la stratégie de Sonatrach. D’une part, elle sécurise l’approvisionnement du marché national en essence, diesel, kérosène et bitume. D’autre part, elle constitue un levier d’exportation crucial.
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Les données opérationnelles révèlent un arbitrage rigoureux : environ 52 % de la production des raffineries de Sonatrach est orientée vers le marché intérieur pour couvrir les besoins vitaux. Les 48 % restants sont dédiés à l’exportation, ciblant des segments spécialisés tels que le naphta, le fioul et divers produits pétrochimiques.
Cette répartition démontre que le raffinage en Algérie dépasse la simple notion de sécurité énergétique interne pour devenir un vecteur essentiel de diversification des revenus en devises, hors brut.
Afrique du Sud, Libye, Nigéria : des performances industrielles en demi-teinte
Au-delà du duo de tête, l’Afrique du Sud tire son épingle du jeu grâce au groupe Sasol. Ce dernier se distingue par un modèle hybride combinant le raffinage conventionnel (via la raffinerie Natref de 108 000 bj) et la valorisation du charbon à travers le complexe de Secunda, l’une des plus grandes installations de liquéfaction du charbon (CTL) au monde pour la production de carburants de synthèse et de produits chimiques.
En Libye, la raffinerie de Ras Lanouf (220 000 bj) incarne un immense potentiel longtemps paralysé. Cet actif hautement stratégique est à l’arrêt depuis 2013 en raison de litiges juridiques et commerciaux. Toutefois, après la fin du partenariat étranger au sein de la coentreprise Lerco, les autorités libyennes, ayant repris le contrôle exclusif du site, tablent sur une remise en service d’ici 6 à 12 mois.
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Le Nigéria, outre le secteur privé représenté par Dangote, possède la raffinerie publique de Port Harcourt (210 000 bj). Cependant, cette dernière illustre les défis structurels de l’Afrique subsaharienne : confrontée à des défaillances chroniques de maintenance, ses taux d’utilisation ont rarement dépassé la barre des 50 % par le passé.
Capacités de production : l’Égypte s’impose en volume face à l’Algérie
Il convient de noter que si l’Algérie brille par la taille unitaire de la raffinerie de Skikda, l’Égypte s’impose comme la deuxième puissance africaine en termes de capacité globale cumulée (derrière le Nigéria), totalisant 893 000 bj fin 2025, contre 677 000 bj pour l’Algérie. Le pays des Pharaons talonne le Top 5 grâce à trois installations majeures : Midor à Alexandrie (160 000 bj), El-Nasr à Suez (150 000 bj) et Mostorod (142 000 bj).
En conclusion, cette cartographie démontre que la compétition pétrolière en Afrique a franchi un nouveau cap. Le leadership ne dépend plus uniquement du volume des réserves de brut enfouies dans le sous-sol, mais réside désormais dans la capacité des États à moderniser leurs infrastructures de transformation, à optimiser les taux de fonctionnement des usines, à imposer des normes de qualité internationales et à maximiser l’intégration entre raffinage, pétrochimie et commerce international.
