Tout a commencé par quelques secondes d’images partagées sur les réseaux sociaux. Un teaser, comme il en existe des centaines, balancé sur la toile pour annoncer le prochain numéro de l’émission « Icht Wa Choft » sur Echourouk TV.
Mais cette fois, la machine à « buzz » s’est grippée. Loin de susciter la simple curiosité, la vidéo a provoqué un véritable électrochoc. En quelques heures, le feed des Algériens s’est transformé en un immense élan d’indignation : un « NON » catégorique à la diffusion de cet épisode.
Face à ce tollé général et à l’urgence de la situation, l’ANIRA (l’autorité de régulation) a dû trancher dans le vif en interdisant définitivement l’épisode.
Mais que s’est-il passé au juste derrière les écrans pour faire vibrer et révolter la toile algérienne ? Retour sur une affaire où le sensationnalisme a failli briser une vie.
Derrière le débat de société, l’instrumentalisation d’un enfant
Sur le papier, le numéro incriminé, intitulé « Les dangers du téléphone et l’absence de contrôle parental », s’attaquait à un sujet légitime et d’actualité. Le teaser mettait en scène le témoignage d’un père affirmant avoir découvert des contenus “inappropriés” sur le téléphone de sa fille de 8 ans !
Mais en grattant sous le vernis du sensationnalisme, le régulateur a découvert une réalité tout autre. Loin d’être un simple module de prévention sur les dérives du numérique, l’émission s’invitait en fait au cœur d’une lourde dispute parentale.
L’enfant y était purement et simplement instrumentalisée. Diffuser ce programme, c’était prendre le risque direct de faire identifier cette mineure auprès du grand public. Convoqué en urgence, le représentant d’Echourouk TV n’a pu que constater la décision de l’instance : l’interdiction de diffusion.
Anira : Le cadre légal au secours de l’intérêt supérieur de l’enfant
Pour justifier cette censure préventive, l’ANIRA s’est appuyée sur un arsenal juridique précis : le décret exécutif n° 24-250 de 2024, qui encadre le cahier des charges des services audiovisuels et la loi 15-12 relative à la protection de l’enfance, qui interdit toute exposition médiatique pouvant nuire à un mineur.
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Le régulateur a vu juste en anticipant les ravages psychologiques qu’une telle diffusion — et le déchaînement quasi inévitable des réseaux sociaux — aurait pu causer à la petite fille. Pour que le relais soit pris sur le plan humain et psychologique, le dossier a été transmis à l’Organe national de protection et de promotion de l’enfance (ONPPE), dont la déléguée nationale s’est saisie de l’affaire.
Fin de la culture du « buzz » : le rappel à l’ordre de l’ANIRA
Au-delà du cas d’Echorouk TV, c’est un message de responsabilité que l’ANIRA lance à l’ensemble des médias algériens. Oui, les fléaux sociaux doivent être dénoncés, mais jamais au prix de la dignité des plus vulnérables.
Le régulateur appelle à un traitement journalistique équilibré, en rupture totale avec la course à l’audience et au sensationnalisme.
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La dignité des individus, et plus encore celle des mineurs, ne saurait être sacrifiée sur l’autel du buzz. Cette affaire résonne d’ailleurs avec une prise de conscience plus globale en Algérie.
Preuve en est, la proposition de loi déposée récemment par le député Moussa Kherfi visant à interdire le smartphone aux moins de 16 ans, signe que la protection de l’enfance face au numérique est devenue une priorité institutionnelle.
