Rideau sur une campagne de promesses
Tomber de rideau sur la campagne électorale. Les candidats ont épuisé leurs arguments pour tenter de se faire élire. Signe d’une campagne passée presque inaperçue : le nombre important de postulants ayant des comptes à rendre à la justice et la tiédeur des électeurs potentiels. Trois semaines durant, têtes de listes et patrons de partis ont tenté de rallier à leur cause des électeurs qui ont visiblement d’autres priorités.
Le discours selon lequel la commune est la cellule de base la plus proche du citoyen n’a pas fait recette. Les premiers jours de campagne, n’étaient les quelques affiches électorales, rien ne renseignait sur le lancement de cette dernière. Les patrons des partis ont jeté tout leur poids dans la campagne pour tenter de lui donner du relief.
C’est visiblement peine perdue. Les beaux discours sur la probité et l’intégrité des candidats n’ont pas résisté aux faits têtus : plusieurs candidats, souvent des têtes de liste, se retrouvent poursuivis par la justice alors qu’ils briguent un poste de président d’APC. A Ouled Moussa, dans la wilaya de Boumerdès, des candidats aux élections locales du Mouvement populaire algérien, du Front des forces socialistes et du Front de libération nationale ont demandé le rejet de la liste du Rassemblement national démocratique, car la tête de liste déjà élue en 2007 sur une liste des indépendants est poursuivie par la justice. A Tiaret, c’est un candidat tête de liste du parti FLN qui a été placé sous mandat de dépôt. Arrêté en compagnie de trois autres hommes et de quatre femmes dans un domicile à Guertoufa, le candidat briguant le poste de P/APC de cette localité a été écroué pour création de lieu de débauche et proxénétisme aggravé.
Un autre candidat, briguant un troisième mandat à l’APC de Ksar Chellala, a lui aussi été écroué pour conduite en état d’ivresse et coups et blessures volontaires. Loin d’être anecdotiques, ces cas révèlent la légèreté avec laquelle sont confectionnées les listes des candidats et qui tranchent avec les discours louant la probité et la droiture. Ces cas ne font qu’agrandir le fossé entre les électeurs et des candidats qui, à en croire les directions de leurs partis, ont été choisis en fonction de critères bien définis. Celui de la probité ne figurait visiblement pas en tête des préoccupations. Autre signe de cette campagne à la tiédeur inégalable, l’utilisation de moyens peu catholiques : des instituteurs et non moins candidats n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’user du temps imparti aux cours pour faire campagne. Autre pratique, le recours aux tags sur les murs. Dans la commune de Oued Smar, et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, adeptes du maire sortant et opposants se livrent une guerre sans merci en «ornant» les murs d’insultes et d’accusations de détournement. Une fois de plus, les partis confrontés à l’obligation de respecter le quota réservé aux femmes n’ont eu d’autres solutions que de recourir à des candidatures-alibis. Sur beaucoup d’affiches, les photos des candidates ont tout simplement été remplacées par des roses. Une aberration de plus qui aura fait de cette campagne — une fois de plus — un rendez-vous raté.
Nawal Imès
FLN : BELKHADEM PERSISTE ET SIGNE :
«Nous aurons la majorité dans mille communes»
Abdelaziz Belkhadem a clôturé sa tournée électorale comme il l’avait entamée il y a trois semaines : très confiant quant à une victoire écrasante du Front de libération nationale aux locales du 29 novembre. «Nous aurons la majorité dans mille communes et nous préserverons notre position de première force politique dans le pays», lançait-il encore, hier, à partir de la salle omnisports de Hydra à Alger, lieu de son dernier meeting.
Kamel Amarni – Alger (Le Soir) – Arrivé sur les lieux en provenance de Blida avec près de deux heures de retard sur l’horaire convenu, le secrétaire général du FLN s’en prenait d’emblée à ses cibles habituelles, histoire de bien articuler son discours et rester en phase avec les éléments de langage consubstantiels à l’existence même de l’ex-parti unique : la France, bien sûr qui «doit se repentir pour les crimes de la France coloniale», mais aussi tous ceux qui s’en prennent à la gestion du FLN depuis 1962. «Rappelez-vous les événements de 1988. L’on s’en était pris à trois cibles prioritairement en raison de leur forte symbolique : le FLN, les moudjahidine et l’ANP.» Ce disant, il fait aisément le lien avec l’actualité brûlante du moment : «A l’époque, déjà, ils nous scandaient ce fameux slogan “30 ans barakat”. Cinquante ans après l’indépendance, moi je leur réponds : mais et vous ? Qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous à proposer ?» Il enfonce davantage le clou : «Hier (samedi, Ndlr), j’ai vu à la télévision un responsable d’un parti qui animait une rencontre ici à Alger. Et que disait-il ce responsable ? Tenezvous bien, il affirmait le plus sérieusement du monde que le FLN et le RND ne doivent plus gérer dans les communes ! Mais si le FLN ne va plus gérer dans ce pays, qui va le faire alors ? Ce même responsable de parti qui n’a même pas réussi à présenter des listes de candidatures dans la majorité des APC ? Qui n’arrive même pas à convaincre ses propres candidats d’assister à son propre meeting ?» Abdelaziz Belkhadem qui, pour rappel, gère le parti que préside, de manière «organique et statutaire», Abdelaziz Bouteflika en personne, sait parfaitement que tout est fait en amont pour que le FLN obtienne peut-être plus que les 1 000 APC qu’il ne cesse de réclamer. Les minima des 7%, le vote des militaires, la complaisance de l’administration, mais aussi une présence certaine du parti sur le terrain, du moins sur les listes électorales, autorisent en fait cet optimisme débordant d’un Abdelaziz Belkhadem qui, même contesté par la majorité des membres du comité central, peut clamer qu’aussi bien «il n’y a pas de crise au FLN», mais aussi, «qu’il y a deux, trois, dix, cinquante ou cent partis sur le terrain, le multipartisme ne nous fait pas peur» ! Même relevé du gouvernement, Belkhadem n’ignore pas que le pouvoir ne peut se permettre de chambouler le champ politique, encore moins «autoriser» des putschs à la tête de ses propres partis, à quelques mois d’échéances politiques cruciales : révision de la Constitution et, surtout, l’élection présidentielle…
K. A.
MOHCINE BELLABAS
«Bouteflika incarne un monde finissant»
Pour son ultime meeting de campagne électorale, animé hier à la salle Maestra, à Alger, le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Bellabas, a réédité son sévère réquisitoire à l’encontre du système tout en renouvelant l’engagement de son parti pour une gestion transparente et qui associe le citoyen.
Sofiane Aït Iflis – Alger (Le Soir) – L’analyse de la situation qui prévaut dans le pays, sur tous les plans, n’est pas moins percutante et juste. Le président du RCD a estimé que, face à une telle situation, il n’y a de choix que d’être radical. Radicalité, donc, revendiquée, sinon assumée. «Comment ne pas être radical quand on voit l’état de nos hôpitaux, de notre système éducatif ? Comment se taire quand on voit que cinquante ans après l’indépendance, le gaz de ville n’arrive pas dans nos foyers, les coupures d’électricité réapparaissent à chaque été et que l’eau ne coule qu’un jour sur trois dans nos villages, les kidnappings sont devenus une pratique quotidienne ? Comment ne pas être radical quand notre pays n’arrive pas à sortir des relations conflictuelles avec tous les pays voisins et que notre diplomatie n’a plus de voix sur la scène internationale ? Comment faire semblant de ne pas remarquer que 75% des biens de consommation et d’équipements sont importés ?», s’est écrié Mohcine Bellabas devant une assistance fort nombreuse venue assister au meeting de clôture de la campagne électorale. Si le RCD est radical dans ses positions et discours, s’il est sévère dans ses critiques, ce n’est pas tant à la personne du chef de l’Etat qu’il s’en prend. Mais à ce qu’il incarne.
«Oui, au RCD on ne s’en prend pas à la personne mais à ce qu’elle incarne. Le chef de l’Etat incarne un monde finissant. Il est l’homme d’un système qui a conduit le pays à une régression morale et politique jamais égalée. Il est l’homme d’un ordre mondial à l’agonie. Le monde fini qu’il représente est celui des Ben Ali, Kadhafi, des Moubarak, des Saleh et autres Assad», a affirmé Bellabas, ajoutant : «Comme eux, il a fait de la corruption une stratégie pour la gouvernance. Comme eux, il a usé et abusé du népotisme et des fraudes électorales pour se maintenir au pouvoir. Comme eux, il a travaillé à diviser le corps social et étouffer toutes les catégories extérieures au clan. Comme eux, il fait du régionalisme une politique officielle. Comme eux, il fait des médias audiovisuels des instruments de propagande du régime où l’opposition est exclue.
Comme eux, il s’appuie sur les services spéciaux pour asseoir son hégémonie et combattre toute opposition politique.» Et quand bien même le gouvernement voudrait valider quelques performances, il est constamment démenti par les organismes internationaux qui le notent toujours mal. Très à l’aise à la tribune, l’orateur attribue cet état de déliquescence généralisée, entre autres, au «fonctionnement délinquant de l’administration où des cadres de l’Etat se commettent dans le régionalisme le plus dégradant et s’autorisent et même revendiquent publiquement les dépassements les plus indignes». Pour Mohcine Bellabas, le chef de l’Etat a plus de responsabilité que d’autres dans ce que la jeunesse vit comme désastres au point de tenter l’exil au péril de sa vie. «S’il avait assumé et respecté sa fonction, il aurait pu tirer les leçons des errements précédents et mieux utiliser les moyens exceptionnels dont dispose la nation», a-t-il asséné. Cela étant, le président du RCD, qui a réexpliqué le pourquoi de la non-participation du parti aux législatives de mai dernier, a insisté pour dire que «seules les instances de proximité peuvent encore assurer protection et sécurité aux Algériens dans la mesure où les citoyens peuvent y peser directement s’ils sont dignement représentés ».
Le pouvoir est accusé d’exiger d’une personne d’être corrompue, si elle veut être promue. «La corruption est désormais une condition de recrutement dans le régime algérien. C’est ce qui explique que six ministres corrompus notoires pour être cités dans de grosses affaires de prédation ou exclus de leur parti pour malversation et dilapidation de biens publics se retrouvent dans l’actuel gouvernement », a encore noté Bellabas. Estimant, par ailleurs, qu’il ne faut pas céder aux pressions multiples qui visent à dissuader les militants de partis de l’opposition à s’inscrire dans la compétition électorale, le président du RCD a appelé à faire de la participation un acte de résistance civique. «Il faut, malgré la fraude annoncée, défendre ce qui peut l’être. C’est un acte de résistance civique. Hier, la résistance nous avait conduits à nous mobiliser dans la rue et dans les villages pour sauver le pays. Aujourd’hui, il faut défendre pied à pied tout espace qui permet aux femmes et aux hommes de notre pays de peser sur la décision. Et dans les APC gérés par des élus dignes de la considération et de la confiance des citoyens, cela est possible.»
S. A. I.
REBAÏNE :
«Le désintérêt des citoyens est dû aux réformes de Bouteflika»
Dans une conférence de presse tenue hier au siège du parti, le président d’Ahd 54, Ali Fawzi Rebaïne, a «analysé» le désintérêt des citoyens pour la campagne électorale des locales du 29 novembre prochain et a pronostiqué les résultats.
Lyas Hallas – Alger (Le Soir) – M. Rebaïne a estimé que «la démission des citoyens de la scène politique est due aux réformes engagées par le président Bouteflika». Des réformes, a-t-il souligné, qui «n’ont rein apporté de positif». Il dira que «l’enthousiasme des citoyens se manifestera plutôt lorsque les maires auront des prérogatives qui leur permettront d’exercer de la politique au niveau communal». Le hic, a-t-il regretté, est que «ce sont les partis à la solde du pouvoir, lesquels ont voté le nouveau code communal — rétrécissant la marge de manœuvre des élus—, qui nous parlent aujourd’hui de la nécessité de décentralisation et ils en ont en fait un thème central de la campagne électorale». Outre le code communal, M. Rebaïne a évoqué le quota des femmes et les minima d’accès à la répartition des sièges, des mesures qui, à ses yeux, «privilégient» les partis au pouvoir. Ainsi, le candidat malheureux aux présidentielles de 2004 et de 2009 a émis des pronostics : «Le taux de participation ne dépassera pas, à mon avis, les 20 %, et c’est le FLN qui aura la majorité.» Et de conclure : «Les réformes de Bouteflika ont ressuscité le système du parti unique.» Quant aux chances de son parti, qui a présenté des listes dans seulement 130 communes et 12 wilayas, il est néanmoins confiant : «D’après nos prévisions, nous allons décrocher des sièges partout où nous avons présenter des listes».
L. H.
