Comme cela était prévisible, le parti Ennahda, de tendance islamiste, est sorti victorieux de l’épreuve des urnes, les premières à être organisées librement en Tunisie depuis l’indépendance en 1957.
Les Tunisiens, dans leur majorité, ont décidé de faire confiance au parti qui a le plus été persécuté par Ben Ali, chassé du pouvoir en janvier dernier. Le parti islamiste devait rafler au moins 45% des sièges des 217 sièges que compte l’Assemblée constituante qui doit rédiger la Constitution du pays et former le gouvernement de transition devant gérer les affaires de la Tunisie jusqu’à l’organisation d’élections générales prévues dans dans une année. Les résultats «préliminaires et partiels» devaient être proclamés, hier, au Centre de presse du Palais des congrès à Tunis 16h (heure locale) par Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), l’organisme chargé de superviser l’élection, en remplacement du ministère de l’Intérieur. Cette conférence n’a pas eu lieu à l’heure indiquée, sa tenue ayant été repoussée à plus tard. Au moment où nous mettions sous presse, les résultats n’avaient pas encore été rendus publics. N’empêche, la formation de Rached Ghannouchi anticipant la victoire a, dès lundi, rassuré les partenaires économiques et commerciaux de la Tunisie quant à ses choix politiques. « Nous espérons très rapidement revenir à la stabilité et à des conditions favorables à l’investissement. Les priorités de la Tunisie sont claires : ce sont la stabilité et les conditions pour vivre dans la dignité, ainsi que l’instauration d’institutions démocratiques », a déclaré à la presse Abdelhamid Jlassi, membre de la direction d’Ennahda. De son côté, Nourreddine Bhiri, un autre membre du parti islamiste, a déclaré à l’AFP que son parti allait respecter «les droits de la femme sur la base du code de statut personnel et de légalité entre les Tunisiens quels que soient leur religion, leur sexe ou leur appartenance sociale ».
Le parti Ennahda a aussi raflé la moitié des suffrages des Tunisiens résidant à l’étranger, en obtenant 9 sièges. Les klaxons se sont faits, du reste, entendre dans les rues de la capitale, Tunis, dès l’annonce dans la soirée de lundi de ces premiers résultats.
Un peu dans le même esprit qu’Ennahda, le Parti démocrate progressiste (PDP) du tandem Nejib Chebbi-Maya Jribi, crédité pourtant d’une une seconde place, a anticipé sa défaite. Dès lundi soir, Jribi Maya, SG du PDP s’est dite accepter « les résultats et les tendances issues du scrutin », et a félicité les élus qui « ont bénéficié des voix et de la confiance des Tunisiens ». Elle a souligné que «la Tunisie est entrée, aujourd’hui, dans une démocratie avec une majorité qui prend en charge les affaires du pays, et une minorité qui est dans l’opposition». Et d’ajouter : «Le PDP jouera son rôle dans l’opposition.»
Aucun parti ne pouvait obtenir la majorité en raison du mode de scrutin adopté, soit la proportionnelle. Ennahda doit, maintenant, chercher à former le bloc majoritaire dans la Constituante pour pouvoir rédiger la loi fondamentale. Pour la dégager, le mouvement islamiste est appelé à négocier avec Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar et le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki. Militant des droits de l’homme, ce dernier, rentré d’exil après des années à Paris, est partisan d’une large union nationale à même de former une équipe solide pour gouverner. De son côté, Ennahda a fait part de sa disposition «à former une alliance avec le Congrès pour la République de Moncef Marzouki et Ettakatol de Moustapha Ben Jaâfar, puisque leurs opinions ne sont pas éloignées des nôtres et que ces deux partis ont obtenu un grand nombre de suffrages », a dit, de son coté, Ali Larayd, membre du comité exécutif du parti islamiste.
Par : LARBI GRAÏNE