Education : vers la suppression du français en 3e AP au profit de l’anglais ?

Education : vers la suppression du français en 3e AP au profit de l’anglais ?
Langues étrangères au primaire

Face aux difficultés d’apprentissage de deux langues étrangères simultanément chez les jeunes élèves, les autorités éducatives envisagent de recentrer le programme de la 3e année primaire (3e AP) sur l’anglais, au détriment du français.

Les débats autour de la refonte des programmes du cycle primaire ne relèvent plus de simples recommandations pédagogiques sans cesse reportées. Ils prennent désormais une tournure officielle et rigoureuse, traduisant une réelle volonté d’opérer une « révolution pédagogique » axée sur l’intérêt exclusif de l’élève.

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Dans cette optique, l’introduction d’une seule et unique langue étrangère en 3e AP – en l’occurrence l’anglais – est sérieusement envisagée, ce qui entraînerait la suppression du français à ce stade de la scolarité.

Les retours du terrain sont sans appel : à cet âge précoce, imposer l’assimilation simultanée de deux langues étrangères s’avère contre-productif.

Le choc de la double surcharge linguistique

Selon Echorouk, cette orientation n’a rien d’arbitraire. Elle s’appuie sur des rapports issus de la Conférence nationale et sur des arguments scientifiques solides liés au développement cognitif et psychologique de l’enfant.

L’argument central repose sur les capacités cognitives des enfants de 8 ans (niveau 3e AP). Les spécialistes soulignent que contraindre un élève de cet âge à assimiler l’anglais et le français en même temps, alors qu’il n’a pas encore pleinement consolidé les bases grammaticales et écrites de sa langue maternelle, génère des effets inverses à ceux recherchés. Cela bride ses capacités d’apprentissage futures et étouffe sa créativité.

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Sur le terrain, les enseignants constatent régulièrement un phénomène d’« interférence linguistique négative ». Face à deux langues partageant le même alphabet latin, les élèves souffrent de « saturation linguistique » : ils confondent les règles de grammaire et la prononciation.

Cette surcharge mentale finit par impacter négativement leur compréhension des matières scientifiques fondamentales, comme les mathématiques, et altère leur motivation pour l’école.

Le choix stratégique de l’anglais

Pour éviter cette confusion, la nouvelle stratégie pédagogique préconise de bâtir un socle linguistique solide dans une première langue étrangère (l’anglais étant le choix privilégié), avant d’ouvrir la voie à d’autres langues lors des cycles moyen et secondaire, une fois la maturité intellectuelle des élèves acquise.

Ce choix stratégique repose sur deux facteurs clés : d’une part, la flexibilité d’apprentissage de l’anglais, dont les bases s’avèrent plus intuitives et accessibles pour un enfant que les complexités grammaticales et conjugales du français ; d’autre part, une ouverture indispensable sur l’avenir, l’anglais s’imposant comme la langue universelle incontournable pour s’ouvrir aux technologies de pointe, aux sciences exactes et à l’intelligence artificielle, des domaines aujourd’hui largement dominés par la langue de Shakespeare.

Une « audace pédagogique » pour tracer l’avenir

L’école semble ainsi amorcer un virage marqué par une véritable « audace pédagogique », où le bien-être psychologique et intellectuel de l’élève devient le seul curseur d’évaluation.

Cette transition fait écho aux déclarations du ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui, qui avait rappelé devant les députés de l’Assemblée populaire nationale (APN) que l’apprentissage simultané de deux langues étrangères en 3e AP constituait un défi majeur pour les enfants en raison de la ressemblance des alphabets et des phonèmes.

Il avait alors évoqué les recommandations d’experts préconisant de commencer par une seule langue, avant d’introduire la seconde en 4e ou 5e année.

Pour rappel, l’anglais a été introduit pour la première fois en 3e AP lors de l’année scolaire 2022/2023, avant d’être officialisé par décret présidentiel pour la rentrée 2023/2024, une mesure accompagnée par la création d’une filière dédiée dans les Écoles normales supérieures (ENS) pour pallier le manque d’enseignants.

Toutefois : le ministère de l’Éducation nationale n’a encore pris aucune décision officielle. Pour l’instant, ce projet reste au simple stade de l’étude et des consultations.

Même si les experts et les décideurs politiques poussent tous pour ce scénario, la tutelle doit encore trancher. Reste à savoir quand elle franchira le pas pour officialiser ces recommandations du terrain.