Benmabrouk: «Saâdane doit vite mettre le holà avant que la crise n’éclate»

samedi 12 décembre 2009 à 14:20
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12122009Benmabrouk.jpgPour ceux qui ne le connaissent pas, Alim Benmabrouk est un ancien international algérien. Il a notamment joué avec Rabah Madjer au Matra Racing de Paris. C’était un milieu récupérateur exceptionnel, il était l’équivalent de Patrick Vieira. La France de Michel Hidalgo lui a même fait les yeux doux. A l’époque, les mauvaises langues disaient qu’il attendait un appel du pied pour rejoindre les Bleus au lieu des Verts d’Algérie. Le jour où il a opté pour les Fennecs, une polémique s’est installée. Un peu comme c’est le cas aujourd’hui de Mehdi Lacen. Alim Benmabrouk est donc le mieux indiqué pour parler de cette histoire qui fait l’actualité de la sélection nationale. Entretien.

La qualification de l’Algérie pour le prochain Mondial de l’Afrique du Sud doit vous faire certainement plaisir, n’est-ce pas ?
Bien sûr, je suis très content que l’EN aille en Coupe du monde. Tout le peuple algérien est sorti dans la rue pour célébrer cette qualification et ça m’a vraiment fait plaisir que les Verts retrouvent le Mondial après 24 ans d’absence.
Quel jugement portez-vous sur le groupe actuel ?
L’équipe nationale dispose d’un bon groupe. Les joueurs ont des qualités, mais j’avoue qu’ils ne sont pas tombés dans un groupe facile. Ils ont arraché haut la main la qualification pour le Mondial et ils doivent maintenant confirmer en Afrique du Sud.
Que pensez-vous des adversaires de la sélection nationale en Coupe du monde ?
L’Angleterre est la favorite du groupe. Elle terminera sûrement en tête du groupe et la deuxième place se jouera entre l’équipe des USA, l’Algérie et la Slovénie. Nos joueurs ont un bon coup à jouer et ils doivent défendre crânement leurs chances en Afrique du Sud.
Croyez-vous que la qualification pour les 1/8 de finale est jouable ?
Oui, comme je vous l’ai déjà dit, la deuxième place sera disputée entre les USA, l’Algérie et la Slovénie. A mon avis, notre équipe nationale a les moyens d’aspirer à décrocher une qualification pour les 1/8 de finale de la Coupe du monde.
Est-ce le fait de débuter la Coupe du monde contre la Slovénie est une bonne chose pour les Verts ?
Effectivement, c’est une bonne chose de jouer le premier match devant la Slovénie. Bien que cette dernière ne soit pas un adversaire facile à manier, je pense que c’est plus facile pour les Verts de débuter le Mondial contre la Slovénie que les USA et l’Angleterre. Une victoire au premier match permettra à nos joueurs de gagner en confiance et de croire davantage en leurs chances.
Comment aviez-vous intégré la sélection nationale d’Algérie ?
J’avais joué au Racing Club de Paris, puis à Bordeaux avant d’atterrir à Lyon. Je jouais au milieu récupérateur, et comme les responsables de l’équipe nationale m’avaient appelé, je n’avais pas hésité à venir.
Pourquoi vous n’aviez intégré l’EN qu’au Mondial de 1986, et pas en 1982 ?
En 1982, j’étais encore jeune, et il ne faut pas oublier que je n’avais débuté ma carrière qu’en 1980. J’étais en deuxième division et je n’étais pas encore prêt pour jouer pour l’équipe nationale.
Les mauvaises langues disaient que vous n’aviez rejoint l’EN qu’au Mondial de 1986, car vous vous attendiez à une convocation de la part de l’équipe de France…
Vous savez, celui qui me disait d’attendre une convocation de la sélection française, c’était le président du Racing Club de Paris, Jean-Luc Legardere, mais je ne l’avais pas écouté, puisque dès que les responsables de l’EN algérienne m’avaient convoqué, j’avais répondu par l’affirmative.
Votre venue en équipe nationale était rejetée par certains joueurs, peut-on savoir pourquoi ?
A l’époque, il y avait une certaine jalousie de la part des locaux envers les joueurs professionnels évoluant en France ou dans les autres championnats d’Europe. Il y avait une certaine tension entre les pros et les locaux, et je dirai que certains n’étaient pas du tout d’accord pour la venue des joueurs professionnels.
A votre avis, pourquoi ce clivage entre les pros et les locaux ?
Je ne sais pas et je me demande encore pourquoi certains locaux étaient contre nous. Pourtant, on était gentils, mais peut-être qu’ils étaient jaloux de nous.
Il y avait notamment de vives tensions entre vous et Lakhdar Belloumi, que s’était-il passé au juste ?
Je ne sais pas ce qui s’était passé dans la tête de Belloumi, mais il avait tenu des propos blessant à mon encontre à la fin de la rencontre face à l’Espagne. Il m’avait traité de fils de harki et d’avoir un passeport français. Je ne lui avais rien fait, mais il s’était acharné contre moi dans les vestiaires.
Pourquoi avait-il tenu de tels propos contre vous ?
Je ne lui avais rien fait. Je suis quelqu’un de gentil, mais peut-être le fait qu’il n’était pas parvenu à décrocher un contrat professionnel en Europe l’a poussé à avoir ce genre de comportement avec les joueurs.
Ses propos vous ont fait certainement mal…
Evidemment, ses propos étaient blessants, il avait touché dans ma dignité. Lorsque j’avais raconté à mon père ce que m’avait dit Belloumi dans les vestiaires, cela l’a rendu fou de rage. Le comble est que cela venait d’un compatriote qui défendait les couleurs de l’équipe nationale.
C’était rageant d’entendre de tels propos…
On était tous des Algériens et on défendait tous les couleurs du pays. Je suis en contact permanant avec les responsables de notre football et j’ai eu dernièrement le président de la Fédération de football, Mohamed Raouraoua, au téléphone. Je dois le rappeler pour essayer de concrétiser notre projet.
Ça consiste en quoi ce projet ?
Je serai le lien entre les jeunes algériens qui sont dans les différents centres de formation en France et la FAF. Je m’occuperai de cette mission pour pousser les jeunes évoluant en France à opter pour l’équipe nationale algérienne.
Est-ce que Belloumi vous a demandé pardon après ce qui s’était passé au Mondial du Mexique ?
Non, on s’était revus après ce qui s’était passé entre nous au Mexique, mais il ne m’a pas demandé pardon. On s’est serré la main, mais c’était toujours le froid entre nous. On m’a dit qu’il a parlé dernièrement dans la presse et qu’il n’a pas été tendre. Mais cela ne m’intéresse plus.
Etes-vous prêt à pardonner à Belloumi malgré tout ce qui s’était passé entre vous ?
Oui, bien qu’il m’ait touché dans ma dignité, je suis disposé à lui pardonner. Moi, je suis quelqu’un de très sympathique et les gens me connaissent pour mon franc-parler. Je n’ai jamais critiqué personne, mais lorsqu’on m’attaque, je ne me laisse pas faire. C’est difficile d’oublier, surtout lorsque les gens vous attaquent gratuitement, mais je ne suis pas trop rancunier.
Le joueur de Santander, Mehdi Lacen, est confronté à la même situation que vous avez vécue il y a 24 ans de cela. Connaissez-vous ce joueur et savez-vous que certains cadres de l’équipe nationale s’opposent à sa venue ?
Sincèrement, je ne connais pas Lacen, mais si c’est un joueur intéressant et il est capable d’apporter un plus à l’équipe nationale, je ne vois pas pourquoi on ne fait pas appel à lui. S’il a des qualités, il sera d’un bon renfort pour l’EN. Pour ce qui est des joueurs qui sont contre sa venue, j’estime qu’ils n’ont pas un avis à donner, car sa convocation est exclusivement du ressort des responsables de la FAF et de l’entraîneur national, Rabah Saâdane.

Quelle est la meilleure manière de le faire intégrer dans le groupe avant qu’il ne soit trop tard ?
Il faut l’accueillir à bras ouverts pour lui permettre de s’intégrer dans le groupe. Le dernier mot revient au sélectionneur national, Rabah Saâdane, et les joueurs n’ont pas à donner leur avis sur la convocation d’un joueur, surtout si ce dernier est un élément capable d’apporter un plus à l’équipe.

Vous êtes le mieux placé pour parler de l’histoire de Lacen qui tient en haleine tous les Algériens, quel conseil donnerez-vous à Saâdane ?
L’entraîneur national doit vite mettre le holà avant que la crise n’éclate, car toute hésitation de sa part risque d’envenimer les choses. Il doit dire à ses poulains qu’il a décidé de sélectionner Lacen et qu’ils doivent faciliter son intégration. Il est le premier responsable de la barre technique et le dernier mot lui revient. Il sait ce qu’il faut à l’équipe et quel est le joueur dont il a besoin. Les joueurs n’ont pas à s’opposer à la convocation ou pas d’un tel ou tel. Leur travail se limite au terrain et à défendre corps et âme les couleurs du pays.

Et que conseillez-vous aux joueurs qui ne veulent pas de Lacen en équipe nationale ?
Je leur dirai qu’ils doivent faire de leur mieux pour l’aider à s’intégrer dans le groupe. Un nouveau joueur a besoin toujours d’être bien accueilli dans l’équipe. Je leur ajouterai qu’ils portent le maillot de l’Algérie et qu’ils ne doivent penser qu’à l’intérêt de l’équipe nationale. Aussi, ils doivent éviter tout ce qui pourrait perturber la sérénité du groupe.

Vous avez vécu la même situation en 1986, quel conseil donnerez-vous à Lacen qui ne tardera pas à rejoindre les Verts ?
C’est un joueur professionnel et il ne doit pas mettre beaucoup de temps pour s’adapter à son nouvel environnement. Il y aura sans nul doute une pression sur lui au début, mais s’il confirme son talent dès le départ, cela lui facilitera son intégration. Toutefois, les autres joueurs doivent l’aider, car il y va de l’intérêt de l’équipe nationale.

En 1986, il y avait les problèmes entre les locaux et les professionnels, mais maintenant, ce sont certains pros qui sont contre la venue d’un joueur professionnel, à savoir Lacen…

Je conseillerai à ceux qui s’opposent à la convocation de Lacen de faire de leur mieux pour lui faciliter son intégration. Leur seul souci doit être l’intérêt de l’équipe nationale et ils ne doivent pas oublier qu’ils sont des joueurs et que leur travail est sur le terrain.

Ne pensez-vous pas que les joueurs doivent éviter le scénario du Mondial de 1986, car le moindre problème pourrait compromettre la participation des Verts à la prochaine Coupe du monde ?
– Ils ne doivent pas refaire le scénario de 1986. La position de certains locaux à l’encontre des pros avait perturbé le groupe. Les joueurs actuels ne doivent pas tomber dans les mêmes erreurs, car cela pourrait influer négativement sur la participation de l’équipe pour les prochaines échéances. Certes, ils sont jeunes et ils ne savent pas ce qui s’était passé au Mexique en 1986, mais ils doivent tirer les leçons de cette mauvaise expérience. Actuellement, il y a un bon groupe qui travaille dans la sérénité la plus absolue et il faut préserver cet état d’esprit. Ils se sont battus comme des hommes au Caire pour arracher la qualification pour le Mondial de l’Afrique du Sud et tous ses efforts ne doivent pas partir en fumée.

Vous avez déjà joué au Caire, selon vous, pourquoi les Egyptiens s’acharnent-ils à chaque fois sur l’équipe nationale algérienne ?
J’avais participé effectivement en 1989 au match retour qualificatif pour le Mondial de 1990 disputé en Italie et j’avoue que je n’ai pas encore oublié ce que nous avions enduré ce jour-là. Ils nous avaient fait poireauter longtemps avant de nous bousculer à l’hôtel. Ils avaient exercé une pression terrible sur nous et il faut reconnaître que les Egyptiens ne nous portent pas dans leur cœur. Ils veulent être les meilleurs d’Afrique et ne veulent pas que les Algériens les concurrencent. Vous avez d’ailleurs tous vu comment ils ont caillassé le bus de l’équipe nationale et je tire chapeau aux joueurs qui ont relevé le défi, malgré tout ce qui s’est passé. C’est pour cela que je leur dit de préserver cette sérénité de groupe pour espérer enregistrer d’autres succès.

Comment expliquez-vous le parcours médiocre de l’équipe nationale au Mondial de 1986 ?
Pour moi, ce n’était pas un parcours médiocre. On avait fait match nul contre l’Irlande et on avait fourni une belle prestation devant le Brésil, et ce, malgré notre défaite.

Mais le match contre l’Espagne était une catastrophe. Quelle explication donneriez-vous aux deux visages montrés par l’EN lors de ces deux derniers matches, l’un rayonnant face au Brésil et l’autre catastrophique devant l’Espagne ?
Face au Brésil, on avait défendu crânement nos chances, malheureusement, on s’était incliné par un but à zéro. En revanche, devant l’Espagne, il y avait des problèmes entre les pros et les locaux, et c’est ce qui avait influé sur la prestation de l’équipe.

Pensez-vous que la sélection nationale a les moyens pour aspirer à gagner la prochaine coupe d’Afrique ?
Oui, on a une bonne équipe qui est susceptible de remporter le trophée africain. C’est vrai qu’on affrontera le pays organisateur, l’Angola en l’occurrence, mais je ne doute pas des capacités de nos joueurs. Ces derniers ont montré de belles choses lors des éliminatoires jumelées de la CAN et de la Coupe du monde et il faut leur faire confiance. Je suis confiant quant à l’avenir de la sélection nationale et je lui souhaite beaucoup de succès en Angola et en Afrique du Sud.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure cet entretien ?
J’espère que le football algérien retrouvera son lustre d’antan. Les dirigeants des clubs doivent participer à l’épanouissement de notre football et arrêter de traiter les joueurs comme des marchandises. Mon souhait est que la FAF mette le holà à tout ce qui se passe dans le championnat algérien.
N. B.

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