Eclairage: Reprise des études, un nouveau projet de vie

samedi 8 septembre 2018 à 13:40
Source de l'article : Algerie360.com

Dans son enquête, Martine Desoutter, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Bretagne, analyse les déclencheurs de la reprise des études chez les adultes. Elle explique aussi  comment ces femmes ou ces hommes  sont motivés, après plusieurs années,  à changer leur vie.

L’enquête a été menée auprès des adultes en reprise d’études, inscrits à l’université. Comment se sont opérés les éléments déclencheurs ?
Après un passage en revue des résultats de recherches effectuées sur le même sujet et une présentation du public de cette enquête, l’initiatrice de l’enquête  abordera les résultats déclinés en deux grandes parties ; la première met en avant les motifs de reprise d’études liés au contexte professionnel,  la seconde s’attache aux motivations d’ordre personnel.  C’est cette dernière qui nous interesse et que nous allons tenter de vous exposer.
Reprenant les travaux de C. Houle (1961), Ph. Carré (2002), lors d’une étude menée sur les motifs d’engagement en formation, elle dresse un tableau à double entrée concernant la motivation, qui repose sur les orientations intrinsèques ou extrinsèques.
• Orientation intrinsèque
– Motif épistémique (acquisition de savoirs comme finalité) ;
– motif socioaffectif (recherche de contacts sociaux) ;
– motif hédonique (plaisir lié aux conditions pratiques de déroulement et à l’environnement de la formation).
• Orientation extrinsèque
– Motif économique ;
– motif prescrit (après injonction d’autrui) ;
– motif dérivatif (stratégie d’évitement) ;
– motif opératoire professionnel ou personnel (acquisition de compétences).

Résultats de l’enquête : A la lecture des entretiens menés auprès de 23 adultes en reprise d’études et en analysant les 193 questionnaires retournés, force est de constater que les motifs de retour en formation sont souvent multifactoriels.
Dans le questionnaire, interrogés sur le besoin auquel répondait prioritairement la formation, les individus se positionnent majoritairement sur les aspects professionnels (64 %) si l’on inclut la recherche d’un emploi. Seul 1/3 de notre échantillon déclare reprendre des études pour des motifs qui relèvent de la vie personnelle.
On retrouve cette proportion au niveau national, à travers une enquête du Centre d’études  et de recherches sur les qualifications  (Cereq) menée en 2000 auprès du public de la formation professionnelle continue. Les résultats y sont plus contrastés, puisque 79% de leur échantillon déclarent avoir suivi une formation pour s’adapter à l’emploi ou pour obtenir un emploi ou en changer, alors qu’ils sont 13 % à s’être engagés en formation pour des raisons extra-professionnelles. Les 8% restants cherchaient à obtenir un diplôme ou une qualification reconnus.
A travers les entretiens, trois objectifs sont liés au domaine professionnel ; la préparation à une mobilité professionnelle, la nécessité ou le besoin d’acquérir de nouvelles compétences et le besoin d’un diplôme comme «sésame».
Tous ces motifs ne répondent pas à une injonction extérieure, par ailleurs, ils sont relativement liés entre eux, si l’on considère que l’acquisition de compétences permet de préparer une mobilité professionnelle ou de retrouver une certaine légitimité. Le retour en formation vise aussi l’acquisition, sinon le maintien, de compétences indispensables pour pouvoir exercer. Cette situation est particulièrement sensible dans les domaines en forte évolution qui ne touchent pas exclusivement les emplois liés aux nouvelles technologies.
D’autres utilisent explicitement la notion d’outils pour expliquer ce qu’ils recherchent à travers leur formation universitaire. Outiller son activité professionnelle pour élargir le champ des possibles ou optimiser ses compétences professionnelles constitue ici le principal moteur de reprise d’études. Au-delà de la fonction professionnalisante de ces reprises d’études, intervient également la recherche d’un cursus balisé et rassurant qui permettra de faire valoir son parcours pour de plus hautes ambitions.

Le diplôme comme «sésame» pour être légitimé
Bien que certains  défendent de reprendre des études pour obtenir un diplôme qu’ils ne jugent pas indispensable à leur carrière, il n’en demeure pas moins qu’il constitue un réel sésame pour réaliser leur projet et se donner les moyens d’une ouverture professionnelle.
Dans ce cas de figure, le retour en formation répond à une nécessité de se mettre en conformité avec sa situation socioprofessionnelle, car il s’agit de mieux corréler sa situation à une formation légitimée
C’est avec un raisonnement similaire que d’autres retournent en formation, non pour son contenu, mais bien pour le parchemin pour ce qu’elle permet de sanctionner.
Ici c’est le diplôme attestant d’un niveau de connaissances qui est recherché par opposition au diplôme professionnel.

Agrégation des formations et goût d’apprendre
Outre la légitimité du diplôme universitaire, le déclencheur d’un retour aux études, selon l’enquêtrice, peut aussi s’opérer à partir de l’offre de formation universitaire. L’acquisition de connaissances préalablement repérées constitue alors une finalité, «l’activité professionnelle est avant tout économique, on travaille pour un salaire et on vient avec son savoir. Le patron n’est pas là pour vous apprendre, vous apprenez sans doute des choses. Mais à la fac on vient pour apprendre, moi j’aime bien apprendre». Mais le besoin de «consommer» du savoir se conjugue aussi avec la nécessité de se constituer un capital connaissance suffisant pour pouvoir rebondir professionnellement.
Etroitement lié à la quête de sens, ce motif de retour en formation concerne deux femmes, qui souhaitent ainsi retrouver une valeur sociale aux yeux des autres, souvent ceux de leur conjoint. Toutes deux, proches de la quarantaine, ont déjà eu une formation supérieure de niveau bac + 2. Aussi, même si elles ont fait le choix d’interrompre leurs activités professionnelles, elles ressentent au-jourd’hui le poids du jugement social. Au fil du temps, leur nouveau statut de femmes au foyer devient lourd à porter. Car il les renvoie à une image d’assujetties, voire de mineures sociales
Dans ce cas de figure, l’inscription à l’université devient un mode de légitimation sociale pour ce type de femme, qui après avoir connu une activité professionnelle  éprouve quelques difficultés à porter l’étiquette de femme inactive.

Résultats de l’enquête : On notera selon les  résultats de l’enquête  l’âge relativement avancé de notre échantillon (moyenne 44 ans), comme dans le questionnaire où, par ailleurs, 65% des personnes interrogées avaient interrompu leurs études depuis plus de 10 ans. Un paramètre important entre en ligne de compte, notamment pour les femmes, il concerne l’âge de leurs enfants. Ainsi, certaines ont choisi de  différer la reprise d’études jusqu’à ce que l’âge de leurs  enfants le permette. 11 ans est l’âge auquel ils sont en mesure de faire les trajets scolaires en autonomie et prendre en charge l’organisation de leurs activités extrascolaires, selon les cas.
Si l’âge des enfants semble être un facteur important dans la décision de reprise d’études, celui de leurs parents l’est tout autant. Beaucoup ne désirent pas passer leur vie à faire des études avec la crainte de ne pas   retrouver du travail.
L’approche de la quarantaine préoccupe nombre d’adultes en formation, notamment pour ceux qui souhaitent entreprendre une reconversion. Passé ce cap, il semble que la présence d’un sablier soit davantage omniprésente dans l’élaboration des projets, le champ des possibles n’étant plus aussi vaste. De fait, les employeurs recrutent plus difficilement des salariés de plus de 45 ans.
Ces motifs de reprise d’études sont autant d’indicateurs des préoccupations qui accompagnent ces adultes, au milieu du gué pour la plupart, dans leur parcours personnel et professionnel. Si comme on le relève la prise en compte des aspects professionnels dans leur évolution est au cœur des stratégies de la plupart des personnes interviewées, il n’en reste pas moins que le retour en formation pour retrouver un emploi n’est pas explicitement avancé. Ainsi, bien que l’on compte 12 demandeurs d’emploi dans notre échantillon de personnes interviewées, seules deux d’entre elles, des femmes, révèlent clairement l’objectif d’un retour à l’emploi après leur reprise d’études. Cependant, il ne s’agit pas pour autant d’un objectif exclusif, car leurs propos laissent à penser qu’elles profitent de ce retour aux études pour réactiver des centres d’intérêts quelque peu délaissés au profit d’une approche plus pragmatique. Ainsi, les liens établis entre études universitaires et emploi reposent sur une démarche à plus long terme. La reprise d’études s’apparente alors à une capitalisation des compétences en prévision de temps moins cléments ou pour mieux articuler son activité professionnelle à son projet de vie.
Cependant, l’université est loin d’avoir développé toutes les formes de réponses possibles aux adultes, a fortiori en cours d’emploi, qui souhaitent accéder à ses diplômes.
De gros efforts restent à fournir, que ce soit pour proposer et développer son enseignement à distance, ou simplement pour rendre plus lisible son offre de formation.

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