Affaire Doualemn : la justice française ouvre la voie à l’annulation de son expulsion vers l’Algérie

Expulsé vers l’Algérie en janvier 2025 sur décision de l’ancien ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau, Boualem Naman voit aujourd’hui son dossier basculer. Le rapporteur public vient de recommander l’annulation de son arrêté d’expulsion, remis en cause après une série de déclarations controversées sur TikTok.
Au cœur des tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie, l’affaire Doualemn connaît un nouveau tournant. Le rapporteur public du tribunal administratif de Paris préconise l’annulation des arrêtés d’expulsion visant l’influenceur algérien — condamné pour des propos tenus en ligne — ainsi que la restitution de son titre de séjour.
Jeudi, lors de l’audience devant le tribunal, le rapporteur public a jugé l’arrêté d’expulsion de Boualem Naman « entaché d’irrégularités ».
🟢 À LIRE AUSSI : Accord franco-algérien de 1968 : Laurent Nuñez tord le cou à une intox de la droite sur les expulsions
Le rapporteur public demande l’annulation de l’expulsion de Doualemn
Selon le magistrat, le ministre de l’Intérieur n’était pas légalement compétent pour ordonner l’éloignement du tiktokeur sexagénaire, plus connu sous le nom de « Doualemn », au regard du motif de sa condamnation.
L’influenceur de 61 ans avait vu sa peine confirmée en juillet dernier par la cour d’appel de Montpellier, écopant de cinq mois de prison avec sursis pour « incitation à la violence », conformément au jugement de première instance.
Conformément au Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda), une expulsion de ce type exige des motifs d’une extrême gravité : elle ne peut être ordonnée qu’en cas d’atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, comme des actes liés au terrorisme.
Le magistrat a tenu à contextualiser l’infraction : « Ses propos sont graves et condamnables, mais ne suffisent pas à être qualifiés d’entreprise terroriste », a estimé le rapporteur public. Il a également rappelé que les faits reprochés à Boualem Naman sont « totalement isolés dans une vie paisible » et « n’ont pas été suivis d’effet ».
« Propos graves et condamnables »
De son côté, l’administration maintient sa ligne ferme. Dans ses observations transmises à la Cour, le ministère insiste sur le fait que ces actes « peuvent correspondre à la définition du terrorisme », soulignant que l’intéressé a incité à « infliger des violences physiques sur une personne déterminée, via (…) son compte TikTok suivi par 138 000 personnes ».
Pour l’avocat du ministère, la récidive aggrave le dossier : « Ses agissements sont loin d’être anodins », a ainsi plaidé l’avocat, rappelant le passé judiciaire de Boualem Naman.
À l’origine de l’affaire, une interpellation à Montpellier à la suite d’un live diffusé le 4 janvier 2025, durant lequel le tiktokeur appelait à « donner une sévère correction » à une autre personne. Son arrestation avait alors été médiatisée sur X par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, désormais président des Républicains, figure d’une ligne de fermeté face à Alger dont Emmanuel Macron s’était ouvertement désolidarisé.
Après plusieurs séjours en centre de rétention administrative et un aller-retour express vers l’Algérie — d’où il avait été immédiatement renvoyé dès son arrivée —, Boualem Naman fait désormais l’objet d’une assignation à résidence. La décision du tribunal administratif est attendue d’ici deux semaines.
🟢 À LIRE AUSSI : Refus de mariage d’un Algérien avec une Française : Robert Ménard demande à Emmanuel Macron de témoigner








