Djamaâ El Djazaïr : une référence à “Ya El Meknine Ezzine” déclenche la controverse

Djamaâ El Djazaïr : une référence à “Ya El Meknine Ezzine” déclenche la controverse
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Une vive polémique agite les réseaux sociaux en Algérie depuis la diffusion d’une vidéo montrant un imam à Djamaa El Djazair (Grande Mosquée d’Alger) citant des vers du célèbre poème révolutionnaire « Ya El Meknine Ezzine » lors d’un prêche précédant la prière des tarawih.

La séquence, largement relayée en ligne, a rapidement divisé l’opinion. Certains internautes ont dénoncé une atteinte à la sacralité du minbar, estimant que celui-ci ne doit être réservé qu’aux textes religieux – Coran, hadiths et paroles de savants – et que l’évocation d’un poème ou d’une chanson, quelle que soit sa valeur artistique ou historique, constituerait une sortie du cadre strictement religieux.

D’autres, en revanche, ont défendu l’initiative de l’imam, considérant que la référence à un texte à forte portée nationale peut servir d’outil pédagogique, notamment lorsqu’il s’agit d’un poème chargé de symboles liés à la mémoire de la Révolution.

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Un poème né derrière les barreaux

« Ya El Meknine Ezzine » trouve son origine dans l’univers carcéral de la prison de Serkadji, à Alger, durant la guerre de Libération. Le poème aurait été composé par le moudjahid et poète Mohamed El Badji, profondément marqué par le destin d’un jeune résistant, Boualem Rahal, surnommé « El Meknine » (le chardonneret).

Âgé d’à peine 19 ans, Boualem Rahal avait rejoint les rangs du Front de libération nationale et participé à une opération contre les forces coloniales en février 1957. Arrêté après la découverte d’indices par la police coloniale, il fut condamné à mort. Selon les récits historiques, les autorités françaises auraient falsifié son acte de naissance pour contourner les dispositions interdisant l’exécution des mineurs. Il fut exécuté le 20 juin 1957.

Dans sa cellule, Mohamed El Badji assimile le jeune résistant à un oiseau gracieux enfermé dans une cage, image métaphorique d’un peuple privé de liberté. De cette comparaison naît « Ya El Meknine Ezzine », un texte empreint de douleur, de patience et d’espérance.

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D’une cellule à la scène artistique

Avec le temps, la qasida dépasse le cadre de la prison pour devenir une œuvre emblématique du patrimoine musical algérien. Elle est reprise et popularisée par plusieurs figures du chaâbi et du hawzi, notamment Amar Ezzahi, Naïma Dziria et Boudjemaâ El Ankis.

Ainsi, pour ses défenseurs, l’évocation de ce poème dans un cadre religieux ne relèverait pas d’une simple citation artistique, mais d’un rappel mémoriel inscrit dans l’histoire nationale.

Pour certains, la mosquée doit demeurer un espace exclusivement consacré aux textes sacrés. Pour d’autres, elle peut aussi être un lieu de transmission des valeurs nationales, dès lors que celles-ci s’inscrivent dans une éthique compatible avec le message religieux.

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