Dialysé trois fois par semaine, cet Algérien sous OQTF se bat pour obtenir une greffe en France

Dialysé trois fois par semaine, cet Algérien sous OQTF se bat pour obtenir une greffe en France
Sous le coup d’une OQTF, Akli Chikh, 35 ans, attend une greffe de rein tout en vivant au rythme de trois dialyses par semaine. Une attente devenue une question de survie.

À 35 ans, Akli Chikh garde un sourire attachant malgré la maladie qui le ronge. Installé à Saint-Malo, cet Algérien vit au rythme de trois dialyses hebdomadaires et d’un traitement quotidien pour pallier son insuffisance rénale chronique. Le cauchemar a commencé subitement en 2019, à Tizi Ouzou. Pris de violents symptômes, ses reins ont lâché : « Je me suis retrouvé aux urgences direct », confie-t-il.

En Algérie, il parvenait à bénéficier de deux séances de dialyse hebdomadaires. « Mais je n’avais aucune chance d’obtenir une greffe là-bas », estime-t-il, en raison des restrictions qui encadrent le don d’organes dans son pays d’origine.

Pour Akli, impossible de trouver un donneur compatible au sein de sa famille. Sa situation personnelle est en effet particulière : « J’ai été élevé par mes grands-parents en Kabylie. Comme ils n’avaient pas eu de fils, mes parents m’avaient confié à eux. J’ai été heureux, mais ils sont décédés en 2015 et 2016, et je me suis retrouvé seul ».

Pas de donneurs dans sa famille

S’il a bien cinq frères et sœurs biologiques, il n’a jamais développé de réels liens avec eux, ce qui rend la démarche de leur demander un rein particulièrement délicate. En revanche, ses parents se sont portés volontaires pour des tests de compatibilité, mais les résultats se sont révélés négatifs.

C’est ce qui l’a décidé à tenter sa chance en France. « J’ai risqué ma vie pour ça », admet-il. Ce voyage a eu un coût exorbitant : plus de 8 000 euros pour obtenir un visa espagnol d’une validité de 15 jours seulement. Après avoir transité par Barcelone, il a finalement atteint l’aéroport de Lyon, à peine quarante-huit heures avant l’expiration de son titre de voyage.

Par la suite, les importantes économies qu’il avait amassées pour son voyage se sont rapidement envolées, notamment pour payer ses séances de dialyse à l’hôpital. Face à cette situation, il a d’abord rejoint un cousin installé à Dinan, avant d’être pris en charge par l’Amids à Saint-Malo. Là-bas, l’accompagnement des travailleurs sociaux lui a permis d’obtenir l’Aide médicale d’État (AME), un droit qui lui est accordé et renouvelé depuis lors.

Sur la liste d’attente depuis février 2025

En 2023, il dépose une demande de régularisation dans l’espoir d’obtenir un titre de séjour pour raisons médicales. C’est le début d’un engrenage judiciaire : la préfecture d’Ille-et-Vilaine rejette d’abord sa demande, une décision validée ensuite par le tribunal administratif de Rennes, puis par la cour administrative d’appel de Nantes. Dans la foulée, une obligation de quitter le territoire français (OQTF) lui est notifiée.

Le 28 février 2025, une lueur d’espoir apparaît lorsqu’il est officiellement inscrit sur la liste nationale d’attente de greffe. Ses soutiens tentent alors de faire valoir cet « élément nouveau » auprès des autorités. Des démarches restées vaines jusqu’à présent, puisqu’une seconde OQTF a finalement été prononcée à son encontre en février 2026.

Le litige juridique autour du dossier d’Akli Chikh repose sur la possibilité pour lui de recevoir un « traitement approprié » en Algérie, condition sine qua non pour l’obtention d’un titre de séjour médical. Alors que son avocate et ses soutiens (LDH, MRAP) affirment qu’un « retour mettrait sa vie en danger à long terme, en s’appuyant sur des avis médicaux préconisant trois dialyses par semaine et sur l’impossibilité d’obtenir une greffe familiale en Algérie », les autorités françaises contestent cette analyse.

En effet, début 2026, la préfecture d’Ille-et-Vilaine et la justice administrative, appuyées par l’Office de l’immigration (OFII), ont rejeté ses recours en estimant que le système de santé algérien permet d’assurer ses dialyses et offre des possibilités de transplantation, tout en pointant du doigt sa situation irrégulière prolongée et son absence d’attaches en France.

« Son grand rêve, c’est d’être greffé »

Sous le coup d’une assignation à résidence l’obligeant à pointer deux fois par semaine à la Police aux frontières, Akli a fini par paniquer et prendre la fuite par peur d’être expulsé. Désormais, il vit constamment dans l’angoisse d’une arrestation et sort très peu, épuisé par ses dialyses et confiné chez lui. Son seul espoir et « grand rêve » reste d’obtenir une greffe de rein pour enfin se libérer de la machine qui le maintient en vie.

Inscrit sur la liste d’attente pour une greffe de rein depuis quinze mois, Akli vit dans l’espoir d’une délivrance médicale, veillant constamment à ce que son téléphone reste chargé pour ne pas rater l’appel crucial qui pourrait transformer son existence.

Sur le plan légal, son destin est actuellement entre les mains de la Cour administrative d’appel de Nantes. Dans cette bataille, il peut compter sur son avocate et une forte mobilisation associative (LDH, MRAP, Attac, entre autres), qui l’aident à consolider son dossier et ont déjà réuni plus de 800 signatures grâce à une pétition en ligne (cliquer ici).

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