Dialogue avec Ansar Eddine : Bouteflika veut la charia en Algérie

Dialogue avec Ansar Eddine : Bouteflika veut la charia en Algérie

2012_11_oldpics_BOUTEFLIKA_ARAQUIA_723167806_270532310.jpgBouteflika ne désespère pas d’obtenir du groupe terroriste armé, Ansar Eddine, affilié à Al Qaïda au Maghreb islamique, la « paix » qu’il n’a pas réussi à avoir du GSPC de Hassan Hattab. Le dialogue qui s’amorce ce vendredi, à Alger, est un des chaînons du projet islamiste de Bouteflika qui veut promulguer la chari’a d’ici 2014.

Après celle de Juin dernier, c’est la deuxième rencontre d’Abdelaziz Boutelflika avec le groupe terroriste armé, Ansar Eddine, affilié à Al Qaïda au Maghreb islamique à Alger pour le dialogue au Nord Mali. Si les raisons de ce choix porté par Alger sur ce groupe terroriste composé de Touareg sont connues et margement analysées, en revanche, la grande inconnue, restent les exigences des termes du dialogue entre les deux parties. Ansar Eddine qui, selon un de ses émissaires dont les propos ont été rapportés par l’AFP avant hier, se dit prêt à « négocier » mais il n’en précise ni les motivations, encore moins les concessions qu’il consentirait à faire.

Considéré par Alger comme un groupe « dissident » d’Al Qaïda au Maghreb islamique, Ansar Eddine n’a jamais démenti son appartenance à la cellule-mère dirigée par les « émirs » algériens, en l’occurrence Abdelmalek Droukdel et Mokhtar Belmokhtar et ses connections avec le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest ( Mujao). Occupant Tombouctou aux premières heures de l’occupation du Nord-Mali, Ansar Eddine a tôt fait de passer à l’action politique en imposant la chari’a par la destruction de mausolées, de sites historiques puis en terrorisant la population par les pratiques barbares d’amputations et de flagellations de citoyennes et citoyens de la ville au nom de cette même chari’a. Les images qui ont été rapportées aux premiers jours de l’entrée des groupes terroristes d’Ansar Eddine dans les principales artères de la ville de Tombouctou sont celles de ses « soldats » détruisant des débits de boissons et sermonnant les populations.

Mais ces pratiques ne sont pas spécifiques au groupe d’Ansar Eddine; elles sont défendues et largement pratiquées par Al Qaïda au Maghreb islamique et le Mujao par lesquelles ces derniers légitiment les enlèvements et les réseaux de narcotrafiquants.

Le Mujao, au moment où Bamako était plus accaparé par le coup d’état fragilisant ses institutions politiques, que par la situation au nord du pays, avait propoé le dialogue assorti d’une seule et unique condition: l’application de la chari’a dans tout le pays, en d’autres termes, la reddition pure et simple du pouvoir militaire de Bamako.
 Depuis l’occupation du Nord-Mali, le partage du territoire du Nord a fait d’Ansar Eddine maillant la ville millénaire de Tombouctou, territoire emblématique de l’Azawad, le groupe terroriste armé qui se donne une « base politique et idéologique » et par laquelle il se place en partenaire fréquentable. De plus, composé de « touaregs terroristes », transfuges du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad).

Il présente tous les atouts recherchés par Alger au sein de la matrice Al Qaïda au Maghreb islamique. Alors que le Mujao se spécialise dans les enlèvements, Al Qaïda au Maghreb islamique dans l' »islamo-gangstérisme« , Ansar Eddine fait figure « d’ange » diabolique. Il se défend d’avoir dans ses rangs des « mercenaires« , se réclame d’un islamisme local, parlant la langue berbère du pays et défenseur acharné de la chari’a. De quoi donner des idées à Abdelaziz Bouteflika. Mais, à plusieurs reprises, ces trois groupes terroristes ont prouvé leur intime interdépendance et leur étroite connection.

C’est le Mujao qui adresse un ultimatum à Alger auquel il a demandé la libération des trois terroristes armés, dont le chef de la «commission juridique» d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Necib Tayeb, alias Abderrahmane Abou Ishak  arrêtés lors d’une opération des forces spéciales de l’armée  le 15 août dernier à Ghardaïa ( 600 km d’Alger).

Bien que ces terroristes ne lui appartiennent pas organiquement, le Mujao a mis en péril la vie des otages algériens, assassinant l’un d’eux, Tahar Touati. Ansar Eddine, à son tour, au moment même de la renontre d’Alger avec Abdelaziz Bouteflika, n’a fait aucune déclaration en son nom sur les otages algériens et n’a pas condamné l’exécution du vice-consul algérien. A-t-il été pour quelque chose dans la libération des trois parmi les sept otages consulaires enlevés à Gao?

Bouteflika reçoit, selon les informations rapportées hier par plusieurs agences, à partir d’hier, vendredi 2 septembre, une « délégation d’Ansar Eddine » pendant qu’une autre s’est rendue dans la même journée dans la capitale mauritanienne, Ouagadougou. Quelles seront les exigences d’Alger  ? Amener Ansar Eddine à déposer les armes? Il ne pourra le faire au risque de se voir conspué par ses frères du Mujao et d’Al Qaïda et, surtout, céder la place à un MNLA dont il a dynamité les rangs et les revendications de l’autonomie d’un Azawad démocratique.

L’acceptation du dialogue par Ansar  Eddine qui n’est pas nouvelle, semble être une stratégie de guerre rompue chez les « émirs » algériens d’Al Qaïda au Maghreb islamique, anciens du GSPC qui ont répondu à la promulgation de la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » par leur affiliation à Al Qaïda de Ben Laden, en faisant du GSPC la branche maghrébine de son organisation terroriste internationale, et ce, en livrant quelques repentis sous les caméras de Bouteflika.

De quels atouts politiques dispose donc Alger pour mener un tel dialogue avec un des groupes terroristes armés du Nord-Mali? Face à l’échec de la concorde civile, les capacités de nuisance d’Al Qaïda au Maghreb islamique sur le sol algérien sont restées intactes et ont même importé les méthodes d’attentats-suicides depuis 2006. Ce deuxième round avec Ansar Eddine est vu par Alger comme une mise en perspective de sa démarche d’une « solution politique négociée » au Nord-Mali et dans laquelle Abdelaziz Bouteflika sera contraint à des concessions politiques pour apparaître aux yeux de l’opinion internationale comme un autre « Abdelkader el mali ».

Qu’exigera Ansar Eddine de ce dialogue?  Un exil politique, l’octroi d’un territoire en Algérie? La revendication qui court et qui s’invitera dans cette « négociation » est la chari’a qui servira  en fait aux deux parties de la table de négociations. L’Algérie qui partage avec le Nord-Mali plus de mille kilomètres de frontières verrait d’un bon œil un état islamique touareg même dans la fraction du pays  en Nord et en Sud; ce qui signifierait pour Abdelaziz Bouteflika l’assurance de la neutralisation de toute menace indépendantiste à ses portes.

Mais, l’intérêt que présente ce dialogue pour Abdelaziz Bouteflika réside sans doute dans la concrétisation d’un état islamique en Algérie entamé avec la Charte pour la paix et la réconciliation nationale et qui prend forme avec sa démarche de dialogue avec le groupe terroriste armé qui a répandu la chari’a dans les territoires de l’Azawad.
 Ce dialogue entre Abdelaziz Bouteflika et Iyad Ag Ghali, le chef d’Ansar Eddine, un enfant de Tamanrasset, un fidèle homme de main dans la répression des touaregs dans les années 1980, semble être appuyé par des oulémas s’exprimant  de la Mecque.

Dans un communiqué publié mercredi, des oulémas algériens, mauritaniens, nigériens et nigérians, réunis dans la ville sainte de la Mecque, en marge de la fête de l’Aïd Al Adha, appellent les groupes terroristes armés Aqmi, Mujao et Boko Haram, en excluant déjà Ansar Eddine, à « réviser leurs positions et à déposer les armes« . Ils n’ont pas condamné dans leur appel le groupe terroriste Ansar Eddine qu’ils ne considèrent pas (plus) comme appartenant à une branche terroriste armée, comme c’est le cas d’Aqmi, du Mujao et du moins connu Boko Haram.

Abdelaziz Bouteflika s’apprête donc à faire de cette aubaine malienne,  sous prétexte d’apporter la paix dans les pays du Sahel, la rampe de lancement pour la  promulgation de la loi islamique, la chari’a, telle que défendue par Ansar Eddine, dans la prochaine révision constitutionnelle.

Cela est d’autant plus clair que tous les signes avant-coureurs se sont manifestés depuis le lancement de ses réformes qui ont permis au FLN et ses sous-traitants, principal défenseur du FIS en 1992 qui revient majoritaire sans ses contre-pouvoirs de la société civile encore plus réprimée depuis les résultats du scrutin législatif.

Les partis représentés au parlement de Bouteflika appuient ce dialogue avec Ansar Eddine et en font un événement politique majeur qui intervient dans le contexte des commémorations au pas de charge du 1er Novembre 54 qui prend des allures de campagnes « anti-françaises« . Le chef de l’Etat qui se voit presque promu en détenteur de « sagesse » et en « homme d’expériences » ne désespère pas d’obtenir d’Ansar Eddine ce qu’il n’a pas eu  du GSPC de Hassan Hattab. C’est la raison pour laquelle ce dialogue met en péril les derniers carrés républicains de l’Etat algérien que Bouteflika n’hésitera pas à miser sur la table des négociations.

Le dialogue avec Ansar Eddine est un des chaînons de l’application constitutionnelle de la chari’a en Algérie d’ici 2014. Ce qui le mettra à l’heure des Révolutions arabes.

R.N