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Forêts et biodiversité – Sous les cendres : le retour des arbres signe-t-il celui de la forêt ?

Forêts et biodiversité – Sous les cendres : le retour des arbres signe-t-il celui de la forêt ?
Après un incendie, le retour de la végétation ne suffit pas à garantir la restauration complète d'un écosystème forestier.

En Algérie, des études montrent qu’une végétation abondante après un incendie peut coexister avec une dégradation de la structure forestière. Entre régénération naturelle et reboisement, la réussite de la restauration dépend des fonctions que retrouve l’écosystème et de ce qui survit après la saison de plantation.

Les premières pluies peuvent apporter une promesse de renouveau à une forêt incendiée. Des pousses apparaissent entre les troncs calcinés et le vert reprend progressivement sa place. Pourtant, cette reprise ne dit pas, à elle seule, ce que la forêt a retrouvé. Le sol s’est-il stabilisé ? Les espèces locales se régénèrent-elles ? Le milieu peut-il de nouveau offrir nourriture et abri à la faune ?

En Algérie, ces questions prennent une dimension concrète avec la priorité accordée par la Direction générale des forêts (DGF) à la régénération naturelle dans les espaces touchés par les incendies de l’été. Dans une déclaration publiée par l’Agence Algérie Presse Service (APS) le 11 octobre 2026, Esaïd Si Ali, directeur de la protection de la faune et de la flore à la DGF, a précisé que les interventions de repeuplement concerneraient les zones où cette régénération serait faible ou absente.

Cette orientation place l’évaluation du terrain avant la plantation. Elle soulève aussi une question essentielle : lorsque la végétation revient, comment savoir si la forêt se rétablit réellement ?

Des forêts différence face aux mêmes flammes

Les traces laissées par le feu peuvent se ressembler sans que les arbres disposent des mêmes moyens de survie.

Selon la déclaration rapportée par l’APS, les incendies ont touché, dans plusieurs wilayas de l’Est, notamment Jijel, Guelma, Skikda, El Tarf et Béjaïa, des peuplements comprenant du chêne-liège et d’autres espèces capables de produire de nouvelles pousses à partir de leurs parties restées vivantes. Dans certaines régions de l’Ouest, dont Saïda, Tlemcen et Sidi Bel Abbès, les peuplements affectés comprennent davantage de pin d’Alep, dont la régénération repose principalement sur les graines.

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Cette différence compte dans le choix des interventions. Certains arbres reprennent leur croissance à partir de tissus ayant survécu au feu. D’autres doivent se renouveler grâce à des graines qui trouveront des conditions favorables à la germination, puis résisteront à la sécheresse et aux autres pressions du milieu.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) recommande d’adapter les méthodes de restauration au potentiel écologique du site, aux objectifs poursuivis et aux moyens disponibles. La protection contre le pâturage et de nouveaux incendies peut favoriser la régénération. Lorsque les sources de renouvellement naturel sont insuffisantes, la plantation peut devenir nécessaire.

Observer le terrain fait donc partie du travail de restauration. Où les pousses apparaissent-elles ? Comment évoluent-elles ? Quelles zones restent dépourvues de reprise ? Différer le reboisement demande un suivi, tout comme planter exige un diagnostic.

Le paradoxe de l’Atlas blidéen : davantage d’espèces dans une forêt dégradée

Les recherches menées en Algérie montrent les limites d’une évaluation fondée sur le seul retour du vert.

Dans une étude consacrée aux effets des incendies sur la biodiversité de l’Atlas blidéen, publiée en 2016 dans la revue Biocénoses, Naziha Melouani et Leila Kadik ont relevé, un an après le passage du feu, une richesse en espèces végétales liée à l’ouverture du couvert. Les plantes annuelles, qui accomplissent leur cycle de vie en une année, occupaient une place importante.

Cette richesse s’accompagnait toutefois d’un indice de perturbation élevé, traduisant une dégradation des strates arborée et arbustive. Autrement dit, la présence de nombreuses espèces végétales ne suffisait pas à démontrer le rétablissement de la structure forestière.

Une autre étude, publiée en 2008 sur la subéraie de Mizrana, à Tizi Ouzou, aide à comprendre cette évolution. Des chercheurs des universités de Béjaïa et de Tizi Ouzou ont réalisé 102 relevés floristiques dans des sites représentant différents stades après incendie. Leur démarche comparait ces stades ; elle ne consistait pas à suivre une même parcelle durant toute la période de reconstitution.

La richesse floristique était maximale au cours de la première année, en raison de l’abondance des espèces herbacées. Certaines, notamment des annuelles, disparaissaient ensuite à mesure que progressait la succession végétale, c’est-à-dire la transformation graduelle des communautés de plantes. Les résultats indiquaient un retour vers la composition floristique initiale de la forêt étudiée.

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Ces observations ne peuvent être généralisées à toutes les forêts algériennes. Elles ne font pas non plus de la diversité précoce un signe défavorable. Elles montrent surtout qu’il faut identifier les espèces présentes, les strates qui se reconstituent et leur évolution. Le nombre d’espèces peut augmenter dans les premiers temps, puis diminuer à mesure que le couvert forestier se rétablit.

La recherche locale permet ainsi de mieux interpréter les signes de reprise et d’éviter de confondre un indicateur favorable avec un rétablissement complet.

Ce que les premières pluies peuvent emporter

Les troncs brûlés attirent le regard. Une autre perte, parfois déterminante pour la suite, concerne le sol.

Privée de sa couverture protectrice, la terre peut devenir vulnérable à l’érosion, particulièrement sur les pentes. La pluie qui favorise la germination peut aussi entraîner une partie du sol nécessaire à l’installation des jeunes plantes.

Les recommandations présentées dans le rapport État des forêts méditerranéennes 2018, publié par la FAO et le Plan Bleu, préconisent de réserver les interventions d’urgence contre l’érosion et le ruissellement aux secteurs présentant des risques élevés. Elles rappellent également qu’il n’est pas nécessaire d’abattre tous les arbres brûlés et que le reboisement n’est pas systématiquement la meilleure réponse après un incendie.

Les priorités dépendent donc de l’état du terrain. Ici, la protection du sol peut précéder toute plantation. Ailleurs, il faudra préserver les repousses existantes ou compenser une régénération insuffisante.

La superficie brûlée reste indispensable pour apprécier l’ampleur d’un incendie. Elle ne décrit cependant pas, à elle seule, les capacités de reprise de chaque secteur.

La plantation à l’épreuve de la saison sèche

Les campagnes de reboisement permettent aux citoyens de participer à la protection des forêts et de concrétiser leur solidarité avec les régions touchées. Leur résultat se mesure toutefois après la journée de mobilisation.

La FAO considère le suivi et l’entretien comme des composantes essentielles de la restauration. Ses recommandations comprennent notamment l’évaluation de la croissance et de la survie des arbres à la fin de la saison sèche, avant de déterminer si de nouvelles plantations sont nécessaires.

Combien de plants ont survécu ? Pourquoi leur reprise diffère-t-elle d’un site à l’autre ? Les résultats justifient-ils de revoir les espèces retenues ou les mesures de protection ?

Pour répondre, le suivi peut s’appuyer sur des informations précises : localisation, espèces plantées, date de plantation et taux de survie. La régénération naturelle nécessite, elle aussi, une documentation de ses réussites, de ses difficultés et des interventions réalisées.

L’évaluation doit également porter sur les autres composantes du milieu. Une synthèse scientifique publiée en 2020 dans la revue IForest présente plusieurs objectifs de gestion des forêts brûlées : préserver la fertilité des sols, protéger les vertébrés et les invertébrés, favoriser la recolonisation et conserver la qualité des cours d’eau, tout en accompagnant la reprise végétale.

Le taux de survie des plants renseigne donc sur une opération de plantation. L’appréciation du rétablissement forestier demande de croiser plusieurs indicateurs au fil du temps.

Après l’urgence, maintenir le suivi

Restaurer un espace incendié suppose aussi de protéger les progrès obtenus et d’articuler la remise en état avec la prévention.

En novembre 2023, la Banque mondiale a présenté un rapport élaboré avec le gouvernement algérien, à travers la DGF et la Délégation nationale aux risques majeurs, sur la gestion durable des forêts pour lutter contre les incendies. Parmi les priorités figuraient l’intégration de l’analyse des risques dans la gestion forestière, l’amélioration de la coordination et du partage de l’information, ainsi que la participation des communautés locales.

Ces orientations donnent à la restauration une dimension institutionnelle et sociale. Le diagnostic et le suivi nécessitent une coopération entre services forestiers, chercheurs et collectivités locales. La protection des sites gagne aussi à associer les habitants et à tenir compte de leurs usages du territoire.

Rendre publics les résultats permettrait aux citoyens de connaître le devenir des plants qu’ils ont contribué à mettre en terre et de comprendre pourquoi un site bénéficie de plantations tandis qu’un autre est laissé à la régénération naturelle. La presse pourrait, elle aussi, revenir sur ces choix et leurs effets à partir de données comparables.

L’histoire d’une forêt incendiée se poursuit bien après les images du sinistre et les campagnes de reboisement. Elle mérite d’être suivie après la saison sèche, puis au cours des années suivantes, pour documenter les reprises, les échecs et les ajustements nécessaires.

Sous les cendres, les premières pousses peuvent apparaître rapidement. Les signes d’un rétablissement durable se construisent avec le temps : un sol plus stable, des espèces locales qui se renouvellent et des habitats redevenus favorables à la vie.

Le retour des arbres est un commencement visible. Celui de la forêt se mesure à la vie qui se maintient autour d’eux et à la capacité du milieu à se renouveler après le départ des équipes de plantation et des photographes.

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                                                                                                                                                       Par : Maroua Rais

Sources et références : 

  • Algérie Presse Service. 11 octobre 2026. La régénération naturelle privilégiée dans les espaces touchés par les feux dans une première phase.
    Consulter l’article
  1. FAO. (s. d.). Forest restoration. Sustainable Forest Management Toolbox. Consulté le 23 octobre 2026.
    Consulter la ressource
  2. Melouani, N., & Kadik, L. (2016). Impact des incendies sur la biodiversité de l’Atlas Blidéen. Biocenoses, 7(1), 112–123.
    Consulter l’étude
  3. Bekdouche, F., Derridj, A., & Krouchi, F. (2008). Évolution après feu de la composition floristique de la subéraie de Mizrana (Tizi-Ouzou, Algérie). Sciences & Technologie. C, Biotechnologies, 28, 19–29.
    Consulter l’étude
  4. FAO & Plan Bleu. (2018). State of Mediterranean Forests 2018. Encadré 3.11 consacré à la restauration après incendie en Europe du Sud.
    Consulter le rapport
  5. Pons, P., Rost, J., Tobella, C., Puig-Gironès, R., Bas, J. M., Franch, M., & Mauri, E. (2020). Towards better practices of salvage logging for reducing the ecosystem impacts in Mediterranean burned forests. iForest – Biogeosciences and Forestry, 13(5), 360–368.
    https://doi.org/10.3832/ifor3380-013
  6. World Bank. 13 novembre 2023. Strengthening the Sustainability & Climate Resilience of Algeria’s Forests. Communiqué de presse.
    Consulter le communiqué

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Maroua rais

Journaliste senior – Politique, actualité nationale et société

Ahmed Saifi est journaliste senior au sein de la rédaction d'Algerie360. Fort de plus de vingt années d'expérience dans le journalisme, il suit et analyse les grands enjeux politiques, institutionnels et sociaux qui façonnent l'actualité algérienne.

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