Un avertissement venu d’Oslo résonne désormais dans toutes les capitales européennes. Les dirigeants du géant pétrolier norvégien Equinor ont tiré la sonnette d’alarme. En effet, si les perturbations maritimes autour du détroit d’Ormuz venaient à durer entre un et trois mois, l’Europe entrerait dans l’hiver avec des réserves de gaz dangereusement insuffisantes. Dans ce scénario de crise, un nom revient systématiquement parmi les solutions : l’Algérie.
Les chiffres sont éloquents. À la sortie de l’hiver dernier, les installations de stockage européennes n’affichaient que 28 % de remplissage. Depuis, la remontée reste timide — entre 35 et 37 % — alors que la norme saisonnière tourne autour de 50 %. L’objectif affiché par Bruxelles, soit 80 à 90 % avant le retour du froid, paraît aujourd’hui très ambitieux.
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Ormuz : pourquoi ce détroit fait trembler les marchés gaziers européens ?
Chaque jour, près d’un cinquième du pétrole transporté par voie maritime transite par ce corridor large de quelques dizaines de kilomètres. Des volumes colossaux de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis empruntent la même route. Toute interruption prolongée priverait l’Europe de cargaisons irremplaçables à court terme.
L’Iran a récemment durci le ton. La création d’une Autorité des détroits du Golfe Persique signale une volonté accrue de contrôle sur ce passage stratégique. Les marchés ont immédiatement réagi. Selon Equinor, un blocage d’un à trois mois suffirait à propulser les prix de référence néerlandais TTF vers 90 euros par mégawattheure.
Une telle flambée déclencherait des substitutions de combustibles dans l’industrie. Par ailleurs, elle entraînerait une compression de la demande électrique et une concurrence féroce entre l’Europe et l’Asie pour les cargaisons alternatives.
Les situations nationales sont particulièrement préoccupantes. Les réserves néerlandaises ont chuté à 5,8 %, leur niveau le plus bas depuis dix ans. L’Allemagne plafonnait à environ 20 %, la France à 27 %. Ces trois économies pèsent lourd dans la consommation gazière du continent.
L’Algérie : des exportations record qui parlent d’elles-mêmes
C’est précisément dans cette brèche qu’Alger s’engouffre. Les données d’avril 2026 dressent un tableau saisissant. Les livraisons algériennes de brut vers l’Espagne ont bondi de 106 %, passant de 56 000 à 116 000 barils par jour.
Vers les États-Unis, la progression atteint 40,6 %, à 102 000 barils quotidiens. L’Italie, elle, a vu ses importations algériennes multiplier par près de huit. En effet, elles sont passées de 7 000 à 55 000 barils par jour.
Mais c’est la France qui illustre le mieux ce basculement. Devenue le premier importateur de pétrole algérien en avril 2026, elle a absorbé 138 000 barils par jour, contre 43 000 le mois précédent. Une progression de plus de 220 % en un seul mois.
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Sur le front gazier, le rapport du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF) confirme la même dynamique. Entre janvier et avril 2026, les livraisons algériennes par gazoduc vers l’Espagne ont progressé de 7 %. De même, elles ont progressé de 4 % vers l’Italie, par rapport à la même période en 2025.
Les importations européennes totales de gaz par pipeline ont atteint 49 milliards de mètres cubes sur le premier quadrimestre. Cette somme est en hausse de 2 % sur un an.
Sonatrach et les gazoducs : l’atout maître d’Alger face à la crise
L’avantage algérien ne se résume pas aux volumes. Il tient aussi à la géographie. Contrairement aux méthaniers qataris ou émiratis contraints de contourner les zones de tension, le gaz algérien rejoint l’Europe via les gazoducs Medgaz et Transmed sans traverser aucune zone de conflit. Aucun navire à détourner. De plus, aucun détroit à franchir.
Sonatrach avait déjà démontré cette réactivité en injectant 4 milliards de mètres cubes supplémentaires dans les réseaux espagnols lors d’une précédente phase de tensions autour d’Ormuz. L’Espagne avait alors pu redistribuer une partie de ces volumes vers d’autres marchés européens. Ainsi, cela a consolidé son rôle de hub continental.
La compagnie nationale dispose par ailleurs d’une capacité de liquéfaction installée d’environ 25,3 millions de tonnes par an, répartie entre les complexes d’Arzew et de Skikda. Une marge de manœuvre que les analystes considèrent comme un filet de sécurité pour l’ensemble du bassin méditerranéen.
M. Daoudi, P-DG du groupe Sonatrach, a précisé que : « Sonatrach continue de renforcer son rôle de fournisseur fiable d’énergie, en développant ses capacités de production. ».
L’Algérie, deuxième fournisseur de gaz de l’Europe : une position consolidée
Ce n’est pas un accident conjoncturel. Depuis que l’Union européenne a engagé son sevrage du gaz russe après l’invasion de l’Ukraine, l’Algérie s’est hissée au rang de deuxième fournisseur gazier de l’Europe par pipeline, derrière la Norvège. L’Italie, l’Espagne et la France ont toutes renforcé leurs partenariats énergétiques avec Alger. Notamment, elles l’ont fait tant sur le gaz acheminé par canalisation que sur les achats de GNL.
Les exportations algériennes avaient déjà progressé de 4 % vers l’Espagne et de 2 % vers l’Italie entre janvier et mai 2025. La tendance s’est depuis nettement accélérée. Business Insider Africa résume la situation sans détour. En cas de perturbation prolongée d’Ormuz, l’Algérie figure parmi les principaux bénéficiaires du réajustement mondial des flux énergétiques.
L’Afrique dans son ensemble gagne en visibilité. Le Nigeria maintient des exportations annuelles de GNL proches de 22 millions de tonnes métriques. L’Angola, fort d’une découverte pétrolière estimée à 500 millions de barils annoncée par Eni et BP, renforce lui aussi son attractivité. Mais c’est bien Alger qui dispose de la combinaison la plus rare : proximité géographique, infrastructures opérationnelles et contrats long terme déjà en place.
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