800 millions détournés, 30 ans de cavale en France : un ex-cadre de l’Etat rattrapé par la justice

Trois décennies de cavale n’auront pas suffi à effacer l’ardoise. La cour criminelle près la cour de justice d’Annaba a prononcé une peine de quatre années de prison ferme, assortie d’une amende, contre l’ancien responsable du service commercial de l’Office national algérien du tourisme (ONAT), antenne d’Annaba. L’homme, revenu volontairement se constituer prisonnier après plus de trente ans passés en France, était poursuivi pour un détournement de 800 millions de centimes commis aux pires heures de la décennie noire. C’est ce que rapporte le média El-Khabar.
Avant ce verdict, une condamnation par contumace à la réclusion à perpétuité pesait déjà sur lui. Les qualifications retenues à l’époque étaient lourdes : dissipation de deniers publics, usage de fonds de l’État à des fins personnelles ou au profit de tiers, destruction de documents administratifs, faux et usage de faux. À ses côtés figurait le principal mis en cause du dossier. Il s’agit de l’ex-directeur de l’agence locale de l’office.
Un détournement de 800 millions de centimes révélé par un employé
Tout démarre par une lettre. Un salarié de l’agence saisit le procureur de la République près le tribunal d’Annaba pour signaler des agissements irréguliers imputés à plusieurs responsables de la structure. Le courrier décrit des mouvements d’argent suspects et une gestion opaque des recettes. En conséquence, l’alerte s’avère décisive : une information judiciaire est ouverte le 8 mai 1996.
Les premières vérifications portent sur les registres et les états d’activité liés à la commercialisation des titres de transport vers l’étranger. Cela concerne les vols d’Air Algérie ou les traversées assurées par l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs. Un déficit initial de 330 millions de centimes apparaît. L’envoi d’une commission d’inspection dépêchée par la direction générale de l’ONAT, à Alger, fera grimper le montant au-delà de 800 millions.
Le mécanisme, lui, se révèle d’une banalité confondante. Au lieu d’être versées sur le compte de l’office domicilié au Crédit populaire d’Algérie, place de la Révolution à Annaba, les recettes issues de la vente des billets atterrissaient sur des comptes privés. De plus, ce type de circuit parallèle rappelle d’autres dossiers récents où des devises ont été substituées au sein même d’une agence bancaire algéroise.
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Les primes des employés de l’ONAT également siphonnées
Le préjudice ne se limite pas aux recettes commerciales. L’enquête a mis au jour un second volet, plus sordide. Des sommes destinées à certains agents étaient captées à leur insu. Étaient notamment visées les indemnités de fin de relation de travail, versées par la direction générale et qui pouvaient dépasser 20 millions de centimes par bénéficiaire.
Ces montants transitaient normalement par le compte bancaire de l’agence avant redistribution. Plusieurs employés, hommes et femmes, n’ont jamais vu la couleur de leur dû. En effet, le procédé s’est étalé dans le temps, sans qu’aucun contrôle interne ne vienne l’interrompre.
Le chaos sécuritaire invoqué comme couverture
Entendus successivement, l’ancien directeur, le chef du service commercial, le trésorier et plusieurs cadres ont fini par reconnaître les faits lors des premières phases de l’instruction. Leur défense était la même : ils ont profité du climat d’insécurité qui paralysait le pays dans les années 1990 pour agir en toute impunité. Selon eux, les contrôles étaient rares, les déplacements des inspecteurs compliqués. Aussi, les archives étaient faciles à faire disparaître.
Une somme jugée « colossale » au regard de l’époque, soulignent les documents du dossier. Les confrontations menées par les services de sécurité puis par le magistrat instructeur ont fait ressortir de nombreuses contradictions. Surtout, les enquêteurs ont relevé un train de vie sans rapport avec les salaires perçus à l’office. Cela constitue un indice classique d’un enrichissement illicite.
Un secteur du voyage régulièrement visé par la fraude
Devant les juges, le revirement a été général. La plupart des accusés ont contesté les charges, affirmant tout ignorer des opérations litigieuses. Ce retournement est fréquent dans les dossiers financiers anciens. Dans ces contextes, les pièces comptables se raréfient et la mémoire des témoins s’estompe.
Le tourisme et le voyage restent un terrain propice aux montages frauduleux en Algérie. En effet, les tribunaux ont ainsi traité plusieurs filières de détournement de l’allocation touristique de 750 euros, avec des peines allant jusqu’à sept ans ferme. À Blida, une fausse agence de voyages a été démantelée après que des clients eurent été dépouillés par de faux voyagistes.
Le dossier d’Annaba se distingue toutefois par sa longévité. Entre l’ouverture de l’enquête en 1996 et ce jugement, une génération entière s’est écoulée. Néanmoins, la reddition volontaire de l’accusé a visiblement pesé dans la balance. Ainsi, la perpétuité initiale cède la place à quatre ans de détention effective.
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