« Des jouets pour enfants » : L’explication déconcertante d’une femme de 70 ans accusée de sorcellerie

Les détails d’une affaire pour le moins singulière ont été révélés ce jeudi devant le tribunal de Chéraga. Une femme de 76 ans, ancienne professionnelle de la santé aujourd’hui à la retraite, répondait des griefs de pratique de sorcellerie et de charlatanisme, à la suite d’une perquisition menée à son domicile situé dans le quartier de Bouchaoui.
Selon le journal Ennahar, l’affaire a éclaté après l’interpellation de la mise en cause, identifiée sous les initiales M. Y, par les services de la 4e circonscription de la police judiciaire de Bouchaoui.
Agissant sur la base de renseignements faisant état d’activités suspectes et de visites répétées de femmes au domicile de la prévenue contre rémunération, les forces de l’ordre ont mené une descente qui s’est soldée par son arrestation en flagrant délit.
Sur place, les enquêteurs ont découvert une panoplie d’objets hétéroclites, incluant des restes d’organes animaux, des morceaux de plomb, de l’encens, des photographies, des listes nominatives, des poupées, des cadenas et des talismans.
L’onde de choc d’une dénonciation familiale
Au cœur des débats, la déposition de l’un des fils de la prévenue — absent à l’audience — a pesé lourdement. Selon le dossier, ce dernier, conscient des agissements de sa mère depuis plusieurs années, avait consulté l’imam de sa mosquée.
Suivant les conseils du religieux, il a d’abord tenté une démarche d’apaisement direct. Face au refus de sa mère de cesser ses pratiques, il s’est finalement résolu à la dénoncer aux autorités.
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À la barre, l’accusée a rejeté catégoriquement l’ensemble des accusations. Elle a qualifié le témoignage de son fils de cabale calomnieuse, imputant ses déclarations à un lourd différend familial l’opposant à ce dernier, à sa belle-fille et à ses petits-enfants.
Pour appuyer sa défense et prouver sa bonne foi, la septuagénaire a également rappelé avoir accompli deux Omra au cours de sa vie.

Des justifications controversées face au tribunal
Poussée dans ses retranchements sur l’origine des pièces saisies, la prévenue a avancé une série d’explications qui ont provoqué la perplexité de la salle d’audience.
Concernant les organes animaux, à savoir des pattes et une main de porc-épic, elle a affirmé qu’il s’agissait d’un simple héritage familial conservé depuis le décès de sa mère. Interrogée sur la présence des morceaux de plomb, elle a soutenu qu’ils servaient de « jouets pour les enfants » !

Elle a par ailleurs affirmé que les listes nominatives correspondaient à des clientes d’un hammam, que les cartes lui servaient uniquement à lire l’avenir des jeunes filles, et que les photographies représentaient exclusivement des membres de sa famille.
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La présidente du tribunal lui a alors rappelé ses déclarations initiales consignées dans les procès-verbaux de la police judiciaire, où elle évoquait l’usage d’organes animaux posés sur la poitrine de clientes à des fins de guérison.
L’accusée s’est rétractée à l’audience, prétextant n’avoir jamais tenu de tels propos devant les verbalisateurs. Un autre fils de la prévenue est également venu témoigner en sa faveur, confirmant la thèse de l’héritage grand-maternel pour décharger sa mère.
Plaidoiries et réquisitions
La défense s’est appliquée à démonter le dossier d’accusation, soulignant l’absence de preuves matérielles tangibles et l’inexistence de victimes déclarées dans la procédure.
Les conseils de la prévenue ont invité le tribunal à la plus grande prudence face au témoignage du fils dénonciateur, insistant sur le contexte de haine familiale, l’âge avancé de leur cliente et son honorabilité passée dans le secteur de la santé.
La défense a ainsi formulé une demande de relaxe principale, et subsidiairement une relaxe au bénéfice du doute.
Prenant la parole, le représentant du ministère public a estimé les faits parfaitement caractérisés et a requis une peine de 3 ans de prison ferme à l’encontre de M.Y., assortie d’une amende de 300 000 DA.








