Au vu des données du 20 juin 2016, des statistiques douanières,  le fort déficit de la balance des paiements pourrait s’établir entre 34 et 36 milliards de dollars fin 2016 .
1.- Une baisse en moyenne annuelle d’un dollar du cours du pétrole (le prix de cession du gaz étant indexé sur celui du pétrole) occasionne un manque à gagner entre 500 / 600 millions de dollars.
Les réserves officielles de pétrole selon le  conseil des ministres de 2015 est d’environ 10 milliards de barils et celles du gaz conventionnel de 2700 milliards de mètres cubes gazeux étant loin des données souvent reprises par la presse nationale de plus de 12 milliards de barils de pétrole et de 4500 milliards de mètres cubes gazeux (données de BP de 1999 jamais réactualisées). Les exportations de gaz (par canalisation et GNL) qui représentent plus de 34% des recettes de Sonatrach  n’ont jamais pu dépasser  depuis 2009 , la barre des 55 milliards de mètres cubes gazeux Tranmed le plus de gazoduc via Italie fonctionnant à peine 50% de ses capacités. Les recettes de Sonatrach ont été de 73 milliards de dollars entre 2010/2011, 63 milliards de dollars en 2013 ,59 milliards de dollars en 2014 et 35 milliards en 2015. Si l’on prend les hypothèses de  la LFC2015 où à un cours de 60 dollars en moyenne annuelle il était prévu une recette de Sonatrach de 34 milliards de dollars, montant auquel il faudra soustraire 20% de coût de Sonatrach , il resterait 27 milliards de dollars de profit  net.Au cours de 50 dollars moyenne annuelle la recette de Sonatrach serait de 28 milliards de dollars et le profit net de 22/23 milliards de dollars. Au cours de 40 dollars la recette serait de 18 milliards de dollars et le profit net de Sonatrach serait d’environ 14/15 milliards de dollars. Comment dès lors mobiliser les 100 milliards de dollars prévus comme investissement entre 2016/2020 par le ministère de l’énergie sans compter plus de 20 milliards de dollars pour Sonelgaz, d’autant plus que la loi des hydrocarbures votée en février 2013, outre la règle des 49/51% généralisable tant à l’amont pour tous les gisements qu’à l’aval et aux canalisations , prévoit une taxe sur les profits au-delà d’un certain seuil , décourageant avec l’actuel prix tout investisseur étranger ?
2..-Selon les statistiques douanières, l’Algérie pour 2015 accuse un déficit de 13,7 milliards de dollars US (Mds US) en 2015 en raison de la baisse des cours des hydrocarbures et le taux de couverture des importations par les exportations s’est réduit de 73% contre 107% en 2014.
Bien que son excĂ©dent commercial vis-Ă -vis de l’UE diminue en 2015, de -95,7% Ă 457 MUSD en glissement annuel en 2014 de 14,8% Ă 10,7milliards de dollars US , avec des flux de 51,1 Mds USD (-27,0% par rapport Ă 2014), l’UE demeure le premier partenaire commercial de l’AlgĂ©rie avec une baisse de -36,1%, passant de 40,4 Mds USD Ă 25,8 Mds USD (soit 68,3% du total des exportations algĂ©riennes, contre 64,2% en 2014). Les importations algĂ©riennes en provenance de l’UE sont passĂ©es de -14,6%, passant de 29,7 Mds USD Ă 25,3 Mds USD (soit 49,2% du total des importations de l’AlgĂ©rie). Mais le dĂ©ficit concerne Ă©galement l’Asie qui en 2015 est le deuxième partenaire de l’AlgĂ©rie, avec des Ă©changes commerciaux qui se sont Ă©tablis Ă 14,4 Mds USD (- 18,6% en glissement annuel). Selon les statistiques officielles, elle couvre 23,0% des importations alors qu’elle n’absorbe que 6,8% de ses exportations, avec un dĂ©ficit commercial vis-Ă -vis de cette rĂ©gion, -9,3 Mds USD, en augmentation de 22,6% par rapport Ă 2014, oĂą le dĂ©ficit n’était que de 7,6 Mds USD, en raison du dĂ©sĂ©quilibre de ses relations notamment avec la avec la Chine. Les Ă©changes entre les pays du Maghreb reprĂ©sentent moins de 3% de leurs Ă©changes globaux et les Ă©changes avec les pays arabes (UMA comprise) ne reprĂ©sentent que 4,8 Mds USD, en baisse de -24,8% par rapport Ă 2014, soit 5,0% des importations algĂ©riennes et 5,9% de ses exportations. Â
Selon les statistiques douanières du 20 juin 2016, le  déficit commercial de l’Algérie a atteint 9,8 milliards de dollars sur les cinq premiers mois de l’année 2016 contre un déficit de 7,23 milliards à la même période de 2015, soit une hausse du déficit de 35,5%.
Le taux de couverture des importations par les exportations est passé  entre 2015 et 2016 pour les cinq premiers mois de 68% à 50%. Les exportations ont se sont établies à 9,82 milliards de dollars contre 15,39 milliards sur la même période de 2015, soit une baisse de 36,2%, qui pourrait donner une moyenne annuelle au même rythme à 24 milliards de dollars fin 2016. Les importations de biens non compris les services se sont établies  à 19,62 milliards de dollars contre 22,62 milliards à la même période de 2015 (-13,26%), qui pourrait donner au même rythme fin 2016 environ 48 milliards de dollars donnant un déficit de la balance commerciale non  compris les services fin 2016 de 24 milliards de dollars. Comme la valeur des services a été de  2010/2015 entre 10,5 et 12 milliards de dollars annuellement(les exportations de services étant  nulles) , le déficit de la balance des paiement fin et    pourrait s’établir entre 34 et 36 milliards de dollars.
3.-Comme conséquence de la baisse des recettes de Sonatrach,  en cas de poursuite de l’actuelle politique socio-économique  et de non dynamisation des sections  hors rente, il ne   faut pas être utopique pas avant 2020, si on lance les réformes structurelles en 2016 sur le fonds de régulation des recettes et les réserves de change.
La loi de finances 2016  a prĂ©vu des dĂ©penses budgĂ©taires de 7.984,1 milliards Da (mds DA) dont 4.807,3 mds DA de dĂ©penses de fonctionnement et 3.176,8 mds DA de dĂ©penses d’Ă©quipement, soit une baisse de 9% par rapport Ă 2015. Quant aux recettes budgĂ©taires, elles sont estimĂ©es Ă 4.747,43 mds DA composĂ©es de 3.064,88 mds DA de recettes ordinaires et de 1.682,55 mds DA de fiscalitĂ© pĂ©trolière. La loi de finances 2016 table sur  une inflation contenue Ă 4%, un solde global du TrĂ©sor dĂ©ficitaire de 2.452 mds DA. Le cours adoptĂ© Ă©tant de 98 dinars un dollar, le dĂ©ficit budgĂ©taire prĂ©vu est de 3236,8 milliards de dinars soit 33,02 milliards de dollars. Le cours  du dinar  le 21 juin 2016 est de 109,67 dinars un dollar. Ce glissement du dinar voile  l’importance du dĂ©ficit budgĂ©taire dont la fiscalitĂ© pĂ©trolière dont les exportations (97/98/% avec les dĂ©rivĂ©es)  se font en dollars  et le fonds de rĂ©gulation des recettes  et gonfle les taxes douanières  de tous les produits importĂ©s  dont 60% en euros dont le cours officiel  le 20 juin  2016 est de 124, 39 dinars un euro. En rappelant que 70% des besoins des mĂ©nages et des entreprises publiques et privĂ©es  dont le taux d’intĂ©gration ne dĂ©passe pas 15% proviennent de l’extĂ©rieur, accentuant donc les coĂ»ts de production  par l’inflation importĂ©e. Le  FRR est  alimentĂ© de l’Ă©cart entre la fiscalitĂ© pĂ©trolière effectivement recouvrĂ©e et celle budgĂ©tisĂ©e sur la base de 37 dollars/baril. La loi de finances 2016 prĂ©voit  des rĂ©serves du Fonds de rĂ©gulation des recettes (FRR) de 1.797 mds de DA Ă fin 2016. La dĂ©pĂŞche de l’organe officiel d’infirmation APS  le 24 janvier 2016 nous apprend que les  versements au Fonds de rĂ©gulation des recettes (FRR) ont chutĂ© de plus de 80% durant les 10 premiers mois de l’annĂ©e 2015 en s’Ă©tablissant Ă 255,95 milliards de dinars (mds DA) contre 1.307,36 mds  DA durant la mĂŞme pĂ©riode de 2014 et que les  prĂ©lèvements opĂ©rĂ©s Ă partir de ce Fonds, destinĂ©s Ă financer le dĂ©ficit du TrĂ©sor public,  ont atteint 1.850 mds DA entre janvier et octobre 2015 contre 2.965,67 mds DA Rappelons que selon la direction gĂ©nĂ©rale de la prĂ©vision et des politiques (DGPP) du ministère des Finances, reprises , les avoirs prĂ©levĂ©s du FRR avaient atteint 2.965,6 mds de DA en 2014 (contre 2.132,4 mds de DA en 2013), soit les plus importants retraits enregistrĂ©s depuis 2000. Ces prĂ©lèvements opĂ©rĂ©s en 2014 ont servi exclusivement Ă financer le dĂ©ficit du TrĂ©sor de l’annĂ©e dernière, qui s’est creusĂ© Ă 2.965,6 mds de DA, un plus haut jamais atteint depuis 2000. A fin 2014, les avoirs du FRR s’Ă©taient Ă©tablis, après prĂ©lèvements, Ă 4.408 mds de DA (contre 5.563 mds de DA Ă fin 2013.  37 dollars le baril,  le versement au FFR est Ă©gal Ă zĂ©ro. L’annĂ©e 2016, ce fonds sera fortement sollicitĂ© pour couvrir le dĂ©ficit budgĂ©taire dĂ©jĂ très Ă©levĂ©, mĂŞme si on accĂ©lère le dĂ©rapage du dinar  pour le gonfler artificiellement, le fonds risquant de s’Ă©puiser fin 2016,  dĂ©but 2017.  Quant au rĂ©serves de change Ă©tablies fin mai 2016 Ă 135 milliards de dollars, ils donnent un rĂ©pit de trois ans maximum avant leur Ă©puisement au vu de l’importance du dĂ©ficit de la balance des paiements, ne pouvant pas rĂ©duire Ă l’infini les importations, le tissu productif Ă©tant presque inexistant,
4.-Il s’ensuit un impact sur la sphère réelle (taux de croissance, inflation, chômage).
Sans avoir une vision de sinistrose, beaucoup de rĂ©alisation dans les infrastructures/logement’ mais n’étant qu’un moyen avec des surcouts, malgrĂ© la  dĂ©pense monĂ©taire inĂ©galĂ©e entre 2000/2015,  le taux de croissance, moyenne annuelle, n’a pas dĂ©passĂ© 3%. Pour environ 70%, les besoins des mĂ©nages et des entreprises publiques et privĂ©es dont le taux d’intĂ©gration ne dĂ©passe pas 70% provient de l’extĂ©rieur, le montant de la rubrique matières premières a Ă©tĂ© de plus de 17 milliards de dollars en 2014, expliquant la hausse des couts et donc des prix avec le dĂ©rapage du dinar. Les 5/6% de taux de croissance hors hydrocarbures avec la dominance du BTPH (avec une exception pour l’agriculture dont une partie des inputs proviennent Ă©galement de l’extĂ©rieur) ont Ă©tĂ© rendus possible Ă plus de 80% que grâce Ă la dĂ©pense publique via la rente des hydrocarbures durant cette pĂ©riode. Selon l’ONS, 83% de la superficie Ă©conomique est constituĂ©e de petits commerce/services. Le secteur industriel reprĂ©sente moins de 5% du PIB et sur ces 5% 95% sont des PMI/PME peu initiĂ©es au management et Ă l’innovation,  alors que s’impose des innovations technologiques impliquant un investissement massif dans la recherche dĂ©veloppement, le capital argent n’étant qu’un moyen ne crĂ©ant pas de richesses.  Le problème qui se pose, avec la baisse des recettes de Sonatrach, le gouvernement pourrait-il continuer dans sa politique de subventions gĂ©nĂ©ralisĂ©es et non ciblĂ©es ? Les transferts sociaux selon la loi de finances 2016 sont en hausse Ă 7,5 Ă 23% du budget de l’Etat, avec une enveloppe de 477 milliards de DA pour le soutien Ă l’habitat, 446 milliards de DA pour le soutien aux familles, dont 222 milliards de DA pour la subvention des prix des produits de base (cĂ©rĂ©ales, lait, sucre et huile), ainsi que 316 milliards de DA pour le soutien Ă la santĂ© soit 1461 milliards de dinars soit 13,78 milliards de dollars. Outre le risque de tensions au niveau des caisses de retraite, la demande d’emplois entre 300.00/350.000 par an nĂ©cessite un taux de croissance en terme rĂ©el (devant raisonner Ă prix constants et jamais Ă prix courants) de 8/9% pendant 5 Ă 10 ans pour rĂ©duire les tensions sociales. Qu’en sera-t-il avec l’Ă©clatement de la cellule familiale et en cas de chute du cours des hydrocarbures ne pouvant plus subventionner, un couple avec deux enfants devant percevoir minimum entre 40.000 et 50.000 dinars/mois pour uniquement substituer. L’on devra revoir la politique des subventions qui doivent profiter qu’aux catĂ©gories les plus vulnĂ©rables. Toute Nation ne peut distribuer que de qu’elle a prĂ©alablement produite quitte Ă aller vers la dĂ©rive politique, sociale et Ă©conomique devant tenir compte  de la croissance dĂ©mographique et le versement de salaires sans contreparties productives, la population Ă©tant passĂ©e  de 35,6 millions d’habitants au 1er janvier 2010  à plus de 40 au 1er janvier 2016 et s’orientant vers 50 horizon 2030 avec une demande de couverture nouvelle  des besoins sociaux. Sans une nouvelle gouvernance, une nouvelle politique socio-Ă©conomique, la maĂ®trise de la dĂ©pense publique, un retour Ă la croissance supposant une visions stratĂ©gique reposant sur les vĂ©ritables producteurs de richesses qui sont les entreprises publiques ou privĂ©es sans distinction, et son fondement l’Ă©conomie de la connaissance, avec la pression dĂ©mographique, la baisse des recettes de Sonatrach qui engendre une dĂ©valuation du dinar , le retour Ă l’inflation semble inĂ©vitable avec des impacts  à la fois socio-Ă©conomiques et politiques. Cela aura des incidences nĂ©gatives tant sur le taux d’intĂ©rĂŞt bancaire qui devra ĂŞtre relevĂ©, si l’on veut Ă©viter la faillite des banques. Le risque est le frein Ă l’investissement productif, une spirale inflationniste, selon le cercle vicieux -revendications sociales, augmentation des salaires sans corrĂ©lation avec la productivitĂ©, inflation et revendications sociales. Avec l’inquiĂ©tude vis-Ă -vis de l’avenir, l’absence de morale et la faiblesse de la gouvernance tant centrale que locale, avec ce retour accĂ©lĂ©rĂ© de l’inflation, qui contribue Ă une concentration du revenu au profit d’une minoritĂ© rentière, la majoritĂ© des AlgĂ©riens veulent tous et immĂ©diatement leur part de rente, quitte Ă conduire l’AlgĂ©rie au suicide collectif.
5.-Aussi il s’agit d’éviter l’illusion organisationnelle et monétaire .Le blocage étant d’ordre systémique, l’Algérie, pour surmonter la situation actuelle a besoin d’une vision stratégique, de cohérence, de visibilité et de leadership.
L’on devra éviter tant l’illusion organisationnelle sans objectifs stratégiques (combien d’organisations et de codes d’investissement depuis l’indépendance politique) que monétaire. Car le dinar est passé de 4 dinars un dollar vers les années 1975 à 16 dinars un dollar avant la dévaluation de 1994, 45 dinars un dollar après la dévaluation et actuellement 109 dinars un dollar en juin 2016. Parallèlement, .l’Algérie a connu différentes organisations de 1963 à 2016 : sociétés nationales, fonds de participation de l’Etat, Holdings, sociétés de gestion des participations de l’Etat et actuellement groupes industriels  et l’Algérie est toujours dépendante des hydrocarbures. Le défi est de réfléchir aux voies et moyens nécessaires de dynamiser le tissu productif, entreprises publiques et privées locales et internationales créatrices de valeur ajoutée interne , devant se fonder sur l’entreprise créatrice de richesses et l’économie de la connaissance. Comme je l’ai annoncé depuis près de trois années (voir www.google.fr) et débat RFI Paris 24 octobre entre le Pr Abderrahmane .Mebtoul et le Pr Antoine Halff ancien économiste en chef du secrétariat d’Etat à l’Energie US) ) et devant le premier ministre algérien  lors de la conférence organisée par le Ministère de l’Industrie à Alger (05 novembre 2014), les ajustements économiques et sociaux à venir seront douloureux, impliquant un comité de crise indépendant, un discours de vérité, une moralité sans faille de ceux qui dirigent la Cité. Tenant compte de toutes les sensibilités un large front national de toutes les algériennes et les algériens s’impose. L’Algérie doit  profiter de sa relative aisance financière, dette extérieure très faible, moins de 5 milliards de dollars et bien utiliser ses réserves de change en  transformant cette richesse virtuelle en richesses réelles, de libérer toutes les énergies créatrices, et donc de réaliser la transition difficile vers une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales. L’Algérie en ces moments difficiles tant sur le plan géostratégique qu’économique n’a pas besoin de polémiques stériles. A ce titre, le débat contradictoire productif au profit exclusif des intérêts supérieurs du pays afin d’aller vers un renouveau de la gouvernance me semble être la seule voie pour surmonter et résoudre les nombreux défis qui nous attendent. L’Algérie en a les moyens pour peu que l’on développe un discours de tolérance, personne  n’ayant le monopole du nationalisme ou de la vérité.
