Crise chez Grasset en France : après l’arrivée de Boualem Sansal, hémorragie d’écrivains

Crise chez Grasset en France : après l’arrivée de Boualem Sansal, hémorragie d’écrivains
L’arrivée de Boualem Sansal et le départ d’Olivier Nora déclenchent une hémorragie : près de 140 écrivains tournent le dos à la maison.

Grasset en crise : les écrivains organisent la riposte après le limogeage d’Olivier Nora. Dans le viseur des auteurs, l’ombre du milliardaire Vincent Bolloré, accusé d’ingérence éditoriale. Cette crise interne semble cristalliser les tensions autour du cas de Boualem Sansal, dont le prochain ouvrage sur sa détention en Algérie aurait précipité le changement de direction.

Le limogeage d’Olivier Nora, PDG de la célèbre maison d’édition, a déclenché une vague de départs sans précédent. Dans une lettre ouverte adressée à l’AFP et ce jeudi 16 avril, un collectif d’écrivains dénonce une « atteinte inacceptable » à l’indépendance éditoriale. Les signataires pointent directement la responsabilité de Vincent Bolloré, fustigeant une gestion autoritaire qui méprise les acteurs de la chaîne du livre et les lecteurs. Pour eux, quitter Grasset est l’unique moyen de refuser d’être les « otages d’une guerre idéologique ».

Ce départ intervient après les révélations du mardi 14 avril annonçant l’éviction d’Olivier Nora de la présidence de Grasset. Ce changement de direction survient dans un climat tendu, marqué par l’arrivée récente de Boualem Sansal au sein de la maison d’édition, propriété du groupe Louis Hachette (galaxie Vincent Bolloré).

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Un livre de Boualem Sansal au coeur de la polémique

Par voie de communiqué, le groupe Hachette a officialisé le départ d’Olivier Nora. La direction de la maison d’édition sera désormais assurée par Jean-Christophe Thiery, qui cumule cette fonction avec la présidence de Louis Hachette Group.

Selon une source proche du dossier consultée par l’AFP, un « désaccord » stratégique entre Olivier Nora et la direction de Hachette a scellé le départ de l’éditeur. Le conflit portait sur le calendrier de parution du prochain ouvrage de Boualem Sansal relatant son incarcération en Algérie : alors que Hachette exigeait une sortie dès le mois de juin, le PDG de Grasset préconisait d’attendre novembre.

Après des années de fidélité, Boualem Sansal a officiellement quitté Gallimard le 13 mars pour rejoindre les rangs de Grasset. Ce départ est d’autant plus remarqué que Gallimard l’avait accompagné de près lors de son emprisonnement, marquant ainsi une rupture symbolique forte avec son éditeur de toujours.

D’ailleurs, dans les colonnes du Journal du dimanche, l’écrivain a affirmé que son nouvel ouvrage, qu’il qualifie de « livre de guerre », est désormais achevé. Selon lui, le texte est prêt pour une parution immédiate, déclarant même qu’il pourrait « sortir demain matin ».

Un transfert devenu signal politique

La liberté de Boualem Sansal de changer de maison d’édition, tout comme celle de Grasset d’accueillir un auteur au profil aussi politique et polémique depuis ses récents déboires judiciaires en Algérie, ne sont pas en cause. Le véritable sujet de discorde réside plutôt dans l’interprétation et la perception de ce transfert au sein du milieu littéraire.

Le transfert de Boualem Sansal chez Grasset ne saurait être réduit à une simple migration littéraire. Après presque trois décennies de fidélité à Gallimard, l’écrivain intègre une maison désormais située dans le giron de Vincent Bolloré. Ce mouvement est perçu comme le signe d’une alliance stratégique où l’édition s’aligne sur la ligne idéologique des médias du groupe, tels que CNews et Europe 1, particulièrement sur les enjeux liés à l’immigration et à l’Algérie.

La marge de manœuvre d’Olivier Nora est au cœur des débats après l’arrivée de Boualem Sansal, perçue comme un choix imposé par la direction du groupe. Bien qu’Arnaud Lagardère récuse toute dimension idéologique au profit d’une approche éditoriale, la succession des événements laisse planer un doute persistant sur l’indépendance de cette opération.

C’est ce flou stratégique qui a mis le feu aux poudres. Ce que dénoncent les écrivains en quittant Grasset, ce n’est pas l’arrivée d’un nouvel auteur, fût-il controversé, mais la fin d’une époque : celle où la littérature primait sur l’idéologie. Le vrai danger, selon eux, est de voir une maison d’édition devenir l’instrument d’une stratégie globale visant à formater l’opinion sous couvert de culture.

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