Le patron du Conseil du Renouveau Économique Algérien (CREA), Kamel Moula, Interrogé en marge de l’assemblée générale élective de la CNPA par le quotidien El Moudjahid. Il a livré un diagnostic franc sur l’état réel de l’économie nationale. Pétrochimie, industrie automobile, partenaires étrangers en file d’attente, dialogue renoué avec le Medef français : autant de signaux qui, selon lui, dessinent une Algérie résiliente, stable et désormais activement courtisée.
Pourquoi les investisseurs étrangers se ruent-ils vers l’Algérie ?
La réponse de Moula est directe. L’Algérie cumule des atouts rares : ressources énergétiques, potentiel agricole, industrie en diversification, jeunesse qualifiée et, surtout, une position géographique que peu de pays peuvent revendiquer. « Notre pays représente une base arrière pour l’Europe et une porte vers l’Afrique », résume-t-il. Difficile de faire plus concis.
Ce n’est pas qu’une formule. Des patronats espagnol, italien, américain et désormais français frappent à la porte du CREA. La géopolitique mondiale se reconfigure, et l’Algérie — stable là où d’autres chancellent — se retrouve en position de force. « Cette crise n’a pas touché les entreprises algériennes », affirme Moula. Mieux : elle leur offre une fenêtre d’opportunité pour s’imposer sur la scène internationale.
À LIRE AUSSI : Traité d’amitié réactivé : les relations économiques Algérie-Espagne regagnent du terrain
La pétrochimie : un « pas de géant » longtemps attendu
Kamel Moula milite depuis des années pour une révolution pétrochimique algérienne. L’inscription de ce dossier à l’ordre du jour d’un récent Conseil des ministres lui donne raison. Sa lecture est celle d’un industriel pragmatique : exporter du brut ou du gaz sans transformation, c’était laisser de la valeur sur la table.
Valoriser les hydrocarbures en amont, c’est tout autre chose. Les entreprises algériennes produiront leurs intrants localement, réduisant leur dépendance aux importations. Les exportations de produits à forte valeur ajoutée décolleront. Et l’Algérie rejoindra le cercle des grands exportateurs de produits hydrocarburés transformés. « C’est une démarche logique dans la diversification et l’intégration verticale de notre économie », souligne-t-il.
Automobile : bien plus que deux usines
Le gouvernement a relancé la filière avec deux sites industriels — plastique à Tissemsilt, métal à Batna — pilotés directement par le Premier ministre. Moula salue l’initiative, mais va plus loin dans son analyse.
Ce qui l’enthousiasme vraiment, c’est l’écosystème qui se construit autour. D’anciens importateurs de pièces détachées basculent vers la production nationale. Des zones industrielles entières sont dédiées à la sous-traitance automobile. Universités et centres de formation professionnelle s’alignent pour fournir la main-d’œuvre qualifiée nécessaire. Des partenaires internationaux de premier rang sont déjà dans la boucle.
« Dans quelques années, nous verrons de nombreuses entreprises se créer et entrer en exploitation », prédit-il. Un tissu industriel, pas une simple chaîne de montage.
À LIRE AUSSI : Renault et industrie automobile en Algérie : Tebboune fixe des conditions
CREA – Medef : ce que le patron français a « raté »
La rencontre avec la délégation du Medef français, fin avril, a visiblement marqué les esprits. Moula ne cache pas sa satisfaction. Le président du Medef, Patrick Martin, aurait mesuré l’ampleur du potentiel algérien — et, en creux, ce que les entreprises françaises ont laissé filer.
Un plan d’action concret a été arrêté. La logique affichée : partenariat équilibré, gagnant-gagnant, fondé sur la confiance et le respect mutuels. Pas de rapport dominant-dominé. « Nous allons poursuivre dans cette voie, comme nous l’avons fait avec les patronats espagnol, italien et américain », précise Moula. La coproduction reste l’objectif central, quelle que soit la nationalité du partenaire.
Cette dynamique s’inscrit dans un cadre plus large. Depuis la rencontre historique entre Tebboune et les opérateurs économiques en avril 2025, le signal envoyé aux investisseurs est clair : l’Algérie joue collectif, avec des règles du jeu transparentes. Le soutien présidentiel au CREA a d’ailleurs été réaffirmé publiquement, conférant à l’organisation une légitimité renforcée auprès des partenaires étrangers.
CREA et Medef : une relation qui s’inscrit dans la durée
Ce n’est pas la première fois que les deux organisations se retrouvent autour d’une table. Dès la feuille de route 2024 du conseil d’affaires algéro-français, des engagements sectoriels avaient été pris. Le nouvel élan CREA-Medef de 2026 marque une montée en régime : programme de travail sectoriel commun, visites d’unités de production, comités stratégiques bilatéraux.
L’Algérie se positionne également face à l’Union européenne dans son ensemble. Comme le rappelait le ministre Ali Aoun lors d’un forum dédié, les investissements européens restent trop concentrés sur les hydrocarbures. L’objectif est précisément d’élargir cette coopération à l’industrie, à l’agroalimentaire, à la transition énergétique.
L’entrepreneuriat algérien, un modèle ancré dans le social
Moula tient à rappeler une dimension souvent oubliée dans les analyses économiques : l’entrepreneuriat algérien est sociétal. Pendant le dernier Ramadhan, les opérateurs du CREA ont participé activement à la régulation des marchés. Résultat : pas de pénurie, des prix stables, voire légèrement orientés à la baisse grâce à des remises négociées.
« Garder le pouvoir d’achat est essentiel pour la survie des entreprises », insiste-t-il. Les consommateurs algériens sont aussi les employés, les collaborateurs, les voisins de ces patrons. Cette conscience du tissu social distingue, selon lui, le nouveau patronat algérien des pratiques d’un autre temps.
À LIRE AUSSI : Le marché algérien échappe-t-il à la France ? Le Medef convoque son Conseil face à la crise
