La FIFA a annoncé un partenariat inédit avec TikTok, désignée comme Preferred Platform pour la Coupe du Monde 2026.
Pour la première fois, une plateforme sociale est intégrée de manière structurée à l’écosystème officiel de la compétition, avec un hub dédié, des contenus exclusifs, un accès élargi aux créateurs et un cadre renforcé de protection des droits.
Ce choix traduit une évolution claire : la Coupe du Monde ne se limite plus à la diffusion des matchs. Elle devient un objet médiatique global, continu, vécu sur plusieurs écrans, dans des temporalités multiples.
Pour comprendre ce que ce partenariat change réellement, au-delà de l’annonce, nous avons recueilli l’analyse de Riad Ait Aoudia, spécialiste des écosystèmes médias et des stratégies de diffusion du sport.
Interview – Riad Ait Aoudia
Avant de parler de TikTok, rappelons ce que représente la Coupe du Monde en chiffres.
Il faut toujours partir de là. La Coupe du Monde, c’est tout simplement le plus grand événement médiatique de la planète.
Sur l’édition 2022, on parle d’environ 5 milliards de personnes exposées à du contenu lié au tournoi, toutes plateformes confondues. La finale seule a réuni environ 1,5 milliard de téléspectateurs en direct.
Pour 2026, avec 48 équipes et 104 matchs, la FIFA s’attend à des volumes encore supérieurs, mécaniquement. Plus de matchs, plus de pays représentés, donc plus de publics, plus de récits, plus de contenus.
Justement, ces contenus ne sont plus consommés uniquement à la télévision.
Exactement. La télévision reste centrale pour le match en direct, mais elle ne couvre plus l’expérience globale.
Déjà en 2022, environ un spectateur sur cinq déclarait suivre la Coupe du Monde principalement via internet ou mobile, et pas uniquement via la TV classique.
Ce qui a explosé, ce sont les usages parallèles : clips courts, réactions, extraits, analyses rapides, moments émotionnels. On regarde un match à la télé, mais on vit l’événement sur le téléphone.
C’est là que TikTok entre en jeu ?
Oui. TikTok est aujourd’hui l’une des plateformes les plus puissantes en termes de temps passé et de volume de vues, notamment sur le sport.
Pendant les grands événements, on parle de dizaines, voire de centaines de milliards de vues cumulées sur les hashtags liés au football, aux équipes, aux joueurs.
Ce que la FIFA fait ici, c’est reconnaître que la valeur médiatique ne se joue plus seulement sur le signal live, mais sur tout ce qui entoure le match : avant, pendant et après.

Partenariat FIFA – TikTok
Qu’en est-il du monde arabe et de l’Afrique du Nord ?
C’est un point clé. Ce sont parmi les régions les plus engagées émotionnellement avec le football.
Les études montrent que dans plusieurs pays arabes, plus de 60 % de la population se déclare très intéressée par le football, bien au-dessus de la moyenne mondiale.
En parallèle, ce sont des marchés très mobiles, très jeunes, où TikTok est massivement utilisé. Pour une grande partie des moins de 30 ans, le téléphone est devenu l’écran principal, parfois l’unique écran.
Ce partenariat permet donc à la Coupe du Monde d’exister nativement dans ces usages, sans attendre le journal télévisé ou le résumé du soir.
Du point de vue des médias, est-ce une rupture ou une continuité ?
C’est une continuité intelligente. Les diffuseurs traditionnels restent indispensables pour les droits, la production, le direct. Rien ne remplace un match en live sur un grand écran.
Mais TikTok devient un amplificateur officiel. Un espace où les extraits circulent, où les créateurs contextualisent, où les émotions sont rejouées en boucle. On passe d’un modèle linéaire à un modèle en couches successives de consommation.
Et pour les marques et les annonceurs, qu’est-ce que ça change ?
Beaucoup de choses. Avant, une marque achetait surtout de la visibilité sur 90 minutes. Aujourd’hui, elle peut s’inscrire dans des milliers de micro-moments, parfois vus chacun par des millions de personnes.
Cela demande plus de finesse, plus de cohérence, mais le potentiel est énorme. Une action décisive, une célébration, une réaction de supporter peuvent générer plus d’impact qu’un spot classique.
En résumé, comment qualifieriez-vous ce partenariat ?
C’est un partenariat de réalisme médiatique. La FIFA acte le fait que la Coupe du Monde n’est plus seulement un événement télévisé, mais un flux mondial de contenus, vécu en temps réel sur plusieurs plateformes.
TikTok ne remplace rien. Il complète.
Et surtout, il capte là où l’attention est déjà.
