Couffins de Ramadan : l’initiative inédite du wali d’Oran pour les familles

Couffins de Ramadan : l’initiative inédite du wali d’Oran pour les familles
couffin de Ramadan

À l’approche du mois sacré, le débat sur l’éthique de la solidarité resurgit en Algérie. Face à la multiplication des dérives sur les réseaux sociaux, des mesures fermes sont prises pour protéger les bénéficiaires de l’exposition médiatique.

À mesure que le mois de Ramadan approche, les élans de solidarité se multiplient à travers les wilayas du pays. Qu’il s’agisse d’allocations financières, de colis alimentaires (le traditionnel « couffin de ramadan ») ou des tables de l’Iftar, l’engagement citoyen et étatique est au rendez-vous. Cependant, ces initiatives humaines sont parfois ternies par des mises en scène diffusées sur la Toile, où l’acte de donner se transforme en spectacle, au mépris de la pudeur des nécessiteux.

Face à ce constat, le wali d’Oran, Brahim Ouchene, a émis des instructions strictes interdisant de filmer ou de photographier les étapes de distribution des aides. L’objectif est de soutenir les familles démunies sans porter atteinte à leur honneur ni transformer leur précarité en « matière médiatique » ou en outil de quête de « likes ».

Parallèlement, le chef de l’exécutif a instruit la Direction de l’Action Sociale et de la Solidarité (DASS) pour garantir une prise en charge quotidienne des personnes sans domicile fixe (SDF), particulièrement durant les soirées du mois sacré.

« Interdiction de filmer le Couffin de Ramadan » : Un impératif pour préserver la dignité des familles

Interrogé par le quotidien El Khabar, un expert en sociologie, souligne une dérive inquiétante. Selon ce dernier, certaines initiatives, bien que nobles au départ, virent parfois à la mise en scène médiatique.

Les bénéficiaires sont filmés dans des postures vulnérables, créant un sentiment de stigmatisation qui peut durer des années, les images restant gravées dans la mémoire numérique d’Internet.

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« L’essence même de la solidarité repose sur la discrétion ». Photographier des personnes sans leur consentement explicite est une violation de la vie privée qui fragilise surtout les enfants et les personnes âgées », précise t-il.

Sur le plan psychologique, l’expert avertit que cette exposition peut engendrer un complexe d’infériorité ou une honte sociale vis-à-vis du voisinage. Plus grave encore, la peur d’être filmé pourrait pousser certains citoyens dans le besoin à renoncer à l’aide pour préserver leur anonymat. Chez les enfants, le préjudice est immédiat : la vue de leurs parents ainsi exposés peut les exposer au harcèlement ou à la moquerie dans leur environnement scolaire.

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Cette interdiction de filmer ouvre un débat nécessaire sur la restructuration de l’action caritative. Il s’agit de recentrer le bénévolat sur le service d’autrui plutôt que sur la course à la notoriété numérique.

En parallèle, les préparatifs pour Ramadan se poursuivent avec l’ouverture des restaurants de l’Iftar, la mise en place de marchés de proximité pour stabiliser les prix, et le lancement de campagnes de sensibilisation contre le gaspillage alimentaire.

Le message est désormais porté par les autorités et la société civile : la véritable aide n’a pas besoin de caméra. La solidarité ramadanesque doit se construire sur le respect et la pudeur, afin que chaque citoyen se sente soutenu, et non exposé à la pitié publique.