À l’occasion de la récente visite en Algérie du haut conseiller du Président américain, Massad Boulos, Algérie360 a rencontré Michael Bagley, PDG de Digital Algeria Technology Alliance (DATA), une organisation spécialisée dans les partenariats technologiques et industriels stratégiques.
Michael Bagley est également l’auteur de l’article « Projecting Power and Partnership: How Film Can Forge a New U.S.–Algeria Relationship », publié en avril 2025 dans International Policy Digest , et ancien membre du Board of Advisors du U.S.–Algeria Business Council à Washington, DC.
Cette interview explore les opportunités d’investissement, les perspectives de coopération stratégique et le rôle de l’innovation dans le renforcement des relations économiques entre l’Algérie et les États-Unis. La vision de Michael Bagley s’appuie sur plusieurs décennies d’engagement à l’intersection des politiques publiques, du commerce et de la technologie.
Pouvez-vous présenter brièvement votre parcours professionnel et expliquer comment votre expérience vous permet d’analyser et de soutenir les partenariats technologiques entre l’Algérie et les États-Unis ?
Je dispose de plus de vingt-cinq ans d’expérience dans les affaires gouvernementales américaines, la politique étrangère et la diplomatie économique, en travaillant avec des acteurs publics et privés sur des initiatives stratégiques dans les secteurs de l’énergie et de la technologie.
Tout au long de ma carrière, j’ai travaillé étroitement avec le Congrès américain à Capitol Hill ainsi qu’avec plusieurs agences fédérales à Washington, notamment les ministères américains de l’Énergie, de la Défense, du Commerce et des Affaires étrangères, afin d’aligner les priorités de politique économique à Washington avec les objectifs de développement économique dans d’autres pays.
Mon travail a mis l’accent sur des partenariats public-privé innovants permettant de créer des collaborations économiques durables et efficaces, en particulier dans le secteur de l’énergie, la modernisation des réseaux électriques et les systèmes de technologies numériques.
Cette combinaison d’expériences me permet de structurer des partenariats solides servant à la fois les intérêts stratégiques régionaux des États-Unis et les objectifs souverains de développement économique de l’Algérie.
Monsieur Bagley, quelle impression vous a laissée la récente visite de M. Massad Boulos concernant la solidité et le potentiel des relations algéro-américaines ?
La visite de M. Massad Boulos montre que les deux capitales prennent des mesures concrètes pour approfondir le dialogue stratégique au-delà de la diplomatie formelle.
Elle reflète une reconnaissance partagée à Washington du rôle indispensable de l’Algérie en Afrique du Nord, notamment en matière de développement économique, de sécurité énergétique, de coopération technologique et de stabilité régionale.
Cette visite s’inscrit dans les priorités de la politique africaine du Président Trump, qui met l’accent sur des partenariats de confiance, la résilience des chaînes d’approvisionnement et les investissements productifs, en particulier dans l’énergie et les infrastructures numériques.
À mon sens, cette visite traduit une volonté commune de transformer les échanges de haut niveau en projets concrets de développement économique en Algérie, tout en renforçant simultanément la coopération régionale en matière de sécurité avec Washington.
Quels secteurs technologiques et industriels offrent actuellement les meilleures opportunités de partenariats entre les entreprises algériennes et américaines ?
Il existe un fort potentiel dans les technologies de la transition énergétique, notamment les énergies renouvelables et les systèmes d’optimisation des réseaux, où les entreprises américaines disposent d’une expertise approfondie et où l’Algérie possède des ressources stratégiques.
Les centres de données et les infrastructures numériques représentent un autre axe majeur de croissance, alors que l’Algérie développe ses capacités de connectivité et cherche à mettre en place des écosystèmes numériques sécurisés alignés sur les standards américains.
L’intelligence artificielle et le calcul avancé, en lien avec l’écosystème des laboratoires nationaux américains, offrent également des opportunités de coopération permettant de renforcer les capacités d’innovation à long terme.
Enfin, les minéraux critiques et l’intégration des chaînes d’approvisionnement, priorités clairement affichées par l’administration Trump, correspondent directement à l’ambition de l’Algérie de devenir un partenaire fiable pour l’extraction et la transformation des matières premières.
Comment DATA entend-elle faciliter et stimuler la collaboration entre les start-up et les acteurs des deux pays dans le domaine de l’innovation ?
Digital Algeria Technology Alliance (DATA) a pour ambition de servir de plateforme stratégique reliant les entreprises algériennes établies, les universités et les innovateurs de nouvelle génération aux investisseurs américains, aux entreprises de technologies d’énergie renouvelable et aux intégrateurs de réseaux numériques.
Nous privilégions la co-conception de projets de développement économique qui soient à la fois techniquement réalisables et commercialement viables, en nous appuyant sur des structures d’investissement claires et des cadres de gestion des risques adaptés aux partenaires algériens et américains.
Cela comprend l’accompagnement des partenaires algériens dans la compréhension des initiatives politiques de l’administration Trump, des plateformes de transfert technologique des laboratoires nationaux américains, ainsi que des opportunités prévues par les accords et cadres juridiques de coopération scientifique et technologique entre les États-Unis et l’Algérie.
Notre objectif est d’accélérer la commercialisation de l’innovation en l’alignant sur les priorités nationales de l’Algérie et les objectifs de partenariat de la politique étrangère américaine en matière d’infrastructures numériques, de résilience énergétique et de sécurité des chaînes d’approvisionnement.
Quels obstacles subsistent pour attirer davantage d’investissements américains en Algérie, et comment y répondre concrètement ?
Du point de vue américain, l’un des principaux défis consiste à présenter les opportunités économiques spécifiques et en pleine croissance de l’Algérie d’une manière conforme aux exigences de diligence des investisseurs institutionnels américains, qui attendent des cadres juridiques, réglementaires et de gestion des risques clairs.
Ce défi peut être relevé par un renforcement des dialogues bilatéraux axés sur les processus de transfert de technologie, la protection de la propriété intellectuelle et le développement des compétences, notamment à travers des programmes d’échanges universitaires entre les États-Unis et l’Algérie.
En améliorant la préparation des projets et en alignant les critères d’investissement sur les normes internationales, l’Algérie peut élargir de manière significative son attractivité auprès des capitaux, de l’expertise et des technologies américaines.
Enfin, comment voyez-vous l’évolution des relations économiques et technologiques entre Alger et Washington au cours des cinq prochaines années ?
Au cours des cinq prochaines années, je m’attends à ce que les relations bilatérales évoluent de relations diplomatiques classiques vers des partenariats économiques et technologiques stratégiques, fondés sur des priorités de développement du XXIᵉ siècle.
Les futures coopérations bilatérales entre les États-Unis et l’Algérie devraient inclure des engagements communs dans les domaines de l’intelligence artificielle, des centres de données, des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et des programmes de transfert technologique des laboratoires nationaux. Les technologies de recyclage de l’eau, l’agriculture de précision, la santé et les programmes d’échanges universitaires en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM) en sont d’excellents exemples.
Si l’Algérie continue de structurer clairement des opportunités d’investissement dans des secteurs clés tels que l’énergie, les infrastructures numériques, l’agriculture, la logistique des chaînes d’approvisionnement et les minéraux critiques, elle pourra attirer des partenariats de long terme avec des sociétés d’investissement américaines, des entreprises énergétiques et technologiques, ainsi que des collaborations avec les laboratoires nationaux américains, tout en construisant un dialogue de développement économique adapté au XXIᵉ siècle.
L’accent mis par l’administration Trump sur les exportations d’intelligence artificielle, les écosystèmes numériques sécurisés et la résilience des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques crée un environnement politique favorable à un partenariat global, avec un impact économique et social mesurable pour les deux nations. Ce sont là autant de moyens concrets de « rendre l’Algérie et l’Amérique grandes à nouveau ».
À propos de l’interviewé
Michael Bagley est un haut dirigeant américain spécialisé dans les affaires et les politiques publiques, fort de plus de 25 ans d’expérience dans les affaires gouvernementales, la stratégie médiatique, la politique étrangère et la diplomatie internationale.
Il a travaillé de manière approfondie avec des institutions américaines clés au cœur des relations bilatérales, notamment le Congrès des États-Unis ainsi que les départements d’État, de la Défense, de l’Énergie et du Commerce. Ancien haut collaborateur au Sénat américain, il a conseillé sur des questions de politique étrangère, de sécurité nationale et d’énergie.
🟢 À LIRE AUSSI : Le haut conseiller de Trump, Masad Boulos, de retour en Algérie : quels sont les dossiers sur la table ?
Le parcours de Michael Bagley s’inscrit étroitement dans la politique africaine du président Trump ainsi que dans le cadre du programme d’exportation de l’intelligence artificielle de l’administration américaine, qui met l’accent sur des partenariats de confiance, des infrastructures numériques sécurisées, le développement de centres de données et les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Il a conçu des modèles de partenariats public-privé alignant les investissements étrangers sur les objectifs nationaux de développement, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures.
Sa connaissance approfondie de l’écosystème des laboratoires nationaux du département américain de l’Énergie constitue un atout majeur pour soutenir l’intérêt de l’Algérie à accéder aux technologies américaines dans le cadre de programmes de transfert technologique axés sur l’optimisation énergétique, le calcul avancé et la modernisation industrielle, conformément aux cadres bilatéraux établis de coopération scientifique et technologique entre l’Algérie et les États-Unis.

