Contribution : La symbolique «Yetnahaw ga3»

mardi 21 mai 2019 à 11:00
Source de l'article : Algerie360.com

Décevantes réponses de Gaid Salah

Alors que l’appel adressé au commandement militaire par les 3 honorables et sages personnalités, que sont Ali Yahia Abdenour, Ahmed Taleb el Ibrahimi et Rachid Benyelles a ouvert la voie au dialogue, voila que l’institution militaire par la voix de Gaid salah accentue la tension et esquive la vraie réponse attendue par le peuple en la noyant dans l’argumentaire habituel enrobé de la fameuse menace du vide constitutionnel.

En somme tout dans le discours de Gaid Salah converge vers les élections présidentielles comme s’il s’agissait d’une opération ordinaire dans un contexte ordinaire. Bien qu’il ne parle pas du 4 juillet, laissant supposer un report à une date ultérieure, et peut-être une période de transition, il n’apporte aucune réponse quant à la principale revendication du Hirak, à savoir le départ des symboles du régime que sont le premier ministre Bedoui et le chef de l’état Bensalah. En revanche, Gaid Salah focalise sur la nécessité d’organisation du Hirak et s’en prend à la revendication de «Yetnahaw ga3» qu’il juge irraisonnable et dangereuse. Si on la prend au pied de la lettre, bien évidemment.

La symbolique «Yetnahaw ga3»

En fait, ce «Yetnahaw ga3» est devenu un slogan symbolique du mouvement populaire. Les Algériens ne demandent pas à vider les institutions de l’État, mais à les libérer de l’emprise de la Issaba. Et même cela, ne constitue pas la priorité absolu du moment, qui consiste exclusivement à mettre en place les mécanismes qui favorisent l’émergence de personnes idoines pour faire la transition vers l’État de droit. Or, ces mécanismes ne peuvent se déployer qu’après le départ de Bensalah et surtout Bedoui et son gouvernement. Ce départ est devenu un préalable non négociable du mouvement populaire, du fait que ces hommes du régime n’ont aucune crédibilité aux yeux du peuple et donc ne peuvent prétendre à la direction ou la gestion de la transition. Par conséquent, tout idée de dialogue avec eux est exclue. D’autant plus, comme souligné dans l’Appel des 3 personnalités, et comme le savent le commun des Algériens, le pouvoir est actuellement entre les mains de l’institution militaire. Alors quand Gaid Salah parle de dialogue des représentants du Hirak avec les institutions, et exclut l’armée, on est perplexe. De quelles institutions parle-t-il? De l’APN avec ses deux chambres de faux élus? De la présidence de Bensalah ? du gouvernement Bedoui? Elles sont toutes des pendants du régime anticonstitutionnel qui a réquisitionné l’Algérie ces dernières années et n’ont aucune légitimité, sauf celles que leur accorde Gaid Salah en emprisonnant le pays dans l’article 102 d’une constitution foulée au pieds, tellement de fois.

Enfin, la question qui taraude les esprits et qui entretient une tension négative vis-à-vis de Gaid Salah est de savoir quelle est exactement cette menace collée à l’idée d’une transition, si nous avons les personnalités qu’il faut et un plan d’action rigoureux en terme d’organisation et d’échéance? Les experts parlent de quelques mois pour préparer les conditions de vraies élections transparentes et crédibles. Cela donnera au Hirak le temps de s’organiser pour une participation pleine et entière. Il y a des années que le pays vivait pratiquement en dehors de la constitution, mais grâce à l’institution militaire l’Algérie a été préservée de tous les dangers, intérieurs comme extérieurs. Aussi, le peuple algérien est suffisamment alerte pour protéger son pays de l’adversité.

Aujourd’hui, l’Algérie a besoin de sortir en douceur de l’impasse politique pour aller vers la nouvelle république revendiquée par le peuple. Celui-ci est instruit que le garant de ce passage de l’ancien régime au nouveau ne peut être que l’institution militaire, nonobstant la déclaration de Gaid Salah quant à la non participation au dialogue. La complexité de la situation actuelle vient du blocage dans lequel se trouve les différents acteurs de la société. Un blocage que nous devons à l’absence de volonté politique du pouvoir détenu par l’institution militaire. Ceci est un fait. Nous le savons tous et nous le démontrons chaque semaine dans cette attente collective des sorties de Gaid Salah pour avoir des réponses. À quoi bon s’affronter, polémiquer sur le rôle des militaires dans le processus de transition puisque nous avons, n’est-ce pas? l’opportunité historique de le réduire à de simples facilitateurs de dialogue, comme l’affirme Gaid Salah de façon solennelle devant le peuple et en prenant le monde à témoin.

Zehira Houfani, écrivaine
Montréal

N.B. : Les opinions et contributions publiées sur Algerie360.com ne reflètent pas la position de notre rédaction.

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