Commerces algériens : échanges et remboursements, des droits du consommateur encore bafoués »

Commerces algériens : échanges et remboursements, des droits du consommateur encore bafoués »
Commerce Algérien

Malgré l’existence d’un cadre légal clair garantissant les droits du consommateur, de nombreux commerçants algériens continuent de refuser de reprendre ou d’échanger les produits vendus. Cette pratique, souvent affichée par des pancartes « la marchandise vendue n’est ni reprise ni échangée », reste l’une des principales préoccupations des consommateurs.

De nombreux clients affirment se heurter chaque jour à des refus catégoriques lorsqu’ils tentent de restituer un article défectueux ou non conforme. Les secteurs les plus concernés sont notamment l’habillement, les chaussures, les appareils électroménagers et les téléphones.

Certains commerçants justifient ce refus par la difficulté de revendre des articles déjà sortis du magasin ou par la crainte que le consommateur n’ait endommagé le produit. Cependant, la loi algérienne, notamment le texte 09-03 relatif à la protection du consommateur et à la répression des fraudes, oblige le vendeur à réparer, échanger ou rembourser sans frais supplémentaires tout produit présentant un défaut.

Le consommateur se retrouve donc face à un dilemme : accepter un produit non conforme ou engager un bras de fer avec le commerçant. Peu choisissent la voie de la réclamation officielle, ce qui contribue à la persistance de cette pratique illégale.

Le commerce en ligne, un terrain encore plus problématique

Avec la montée du commerce électronique en Algérie, la problématique s’est accentuée. De nombreux acheteurs rapportent qu’il est presque impossible d’échanger un article commandé sur Internet. Une fois la marchandise livrée, souvent sous emballage scellé, le client n’a que peu de recours, même s’il découvre un défaut ou si le produit ne correspond pas à la description.

De plus, les frais de livraison, qui varient généralement entre 400 et 700 dinars, restent à la charge de l’acheteur, même lorsqu’il refuse le produit. Cette situation renforce le sentiment d’impuissance des consommateurs et alimente la méfiance vis-à-vis des plateformes de vente en ligne.

Des recours légaux encore sous-utilisés

Pour faire respecter leurs droits, les consommateurs disposent pourtant de mécanismes précis. La loi prévoit notamment :

  • Le droit à l’essai (article 15),
  • L’obligation pour les commerçants d’assurer une garantie et un service après-vente (article 16),
  • La possibilité de réparer, échanger ou rembourser un produit défectueux sans frais.

Les associations de protection du consommateur, comme « HIMAYATEK », encouragent les citoyens à signaler les abus via le numéro vert 3311 ou l’application mobile « ACHKI ». Les services de contrôle économique peuvent également engager des poursuites judiciaires contre les commerçants qui refusent d’appliquer la loi.

الجزائر.. "أشكي" أوّل تطبيق للتبليغ عن التجاوزات التجارية

Cependant, selon les spécialistes, trois facteurs expliquent la persistance de ces pratiques : la faible culture juridique des consommateurs, le manque de recours systématiques aux plaintes et une surveillance insuffisante des commerces par les autorités compétentes.

Le refus d’échange et de remboursement en Algérie reste une réalité quotidienne pour de nombreux consommateurs, malgré des lois claires qui garantissent leurs droits. Entre affiches illégales dans les commerces traditionnels, absence quasi totale de retour dans le commerce en ligne et sous-utilisation des mécanismes de plainte, la route est encore longue pour une application stricte de la réglementation.

L’état du commerce en Algérie : entre modernisation et défis

Le commerce en Algérie occupe une place centrale dans l’économie nationale. Moteur de la consommation intérieure, il contribue de manière significative au produit intérieur brut tout en représentant une source essentielle de recettes fiscales et d’emplois. Ces dernières années, les grandes villes ont vu se multiplier les grandes surfaces, l’arrivée de franchises internationales et la structuration d’enseignes locales. Ces évolutions traduisent une volonté de modernisation et d’adaptation aux standards internationaux.

Parallèlement, l’État accompagne cette transformation à travers plusieurs initiatives. La généralisation des moyens de paiement électronique, la régulation du commerce en ligne et la mise en place de services après-vente plus encadrés visent à instaurer davantage de transparence et de confiance entre commerçants et consommateurs.

Le commerce électronique, encore limité par divers obstacles, illustre néanmoins cette dynamique de transition vers des pratiques plus modernes et plus accessibles.

Commerce en Algérie : des fragilités persistantes

Malgré cette évolution, le secteur du commerce en Algérie reste confronté à de nombreux défis. Dans certaines régions, l’absence d’infrastructures modernes freine la fluidité des échanges. La culture de la réclamation reste faible, et les mécanismes de garantie ou de retour des produits sont encore peu appliqués, ce qui limite la compétitivité du marché.

À ces contraintes structurelles s’ajoute une forte dépendance aux importations. En 2024, la baisse des exportations conjuguée à la hausse des importations a entraîné une réduction drastique de l’excédent commercial du pays, fragilisant davantage l’équilibre économique.

Pourtant, les perspectives demeurent encourageantes. La modernisation progressive du secteur, soutenue par des réformes et par l’adaptation aux nouvelles habitudes de consommation, pourrait transformer le commerce en un levier stratégique. À la fois outil de diversification économique et vecteur de confiance citoyenne, il reste au cœur des ambitions de développement de l’Algérie.