La Cour criminelle de première instance de Dar El-Beïda s’est penchée sur l’un des plus lourds dossiers de trafic de migrants, impliquant 27 accusés, dont la majorité sont de nationalité marocaine. Certains d’entre eux ont exploité leur séjour en Algérie pour mettre en œuvre un réseau de migration clandestine, visant à faire passer des jeunes vers l’Europe par voie maritime, en partant de la Tunisie, transitant par l’Algérie, puis vers l’Espagne via les côtes d’Oran, à l’ouest du pays.
Parmi les mis en cause figurent également des repris de justice originaires des wilayas de Jijel, Oran et Alger. Quatre accusés font toujours l’objet de mandats d’arrêt. Lors de l’audience tenue ce mercredi, la présidente de la juridiction a décidé de reporter l’examen de l’affaire à la prochaine session criminelle, à la demande de la défense, en raison de la détention de certains accusés pour d’autres affaires dans des établissements pénitentiaires situés hors de la capitale.
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Enquête et arrestations
Selon le média « Ennahar », les suspects ont été interpellés par la brigade de recherches et d’investigations d’Alger, après la mise au jour d’un réseau criminel organisé transfrontalier, spécialisé dans l’organisation de traversées clandestines vers l’Europe. Ce réseau, dirigé par des ressortissants marocains, opérait depuis le Maroc vers la Tunisie, puis l’Algérie.
Les enquêteurs ont établi que la wilaya d’Alger servait de point de regroupement des migrants clandestins, avant leur acheminement vers les côtes occidentales du pays, d’où étaient organisées les traversées maritimes vers la rive européenne.
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Organisation du réseau criminel
Selon la même source, le réseau était dirigé par le principal accusé, un ressortissant marocain résidant en Algérie, identifié comme « Arkik Hamid », alias « El-Hadj Rachid ». Son rôle consistait à faire venir les migrants clandestins du Maroc vers l’Algérie, puis à organiser leur passage par mer vers l’Europe, après un accord préalable sur les sommes exigées et les modalités de paiement. L’enquête a révélé que l’accusé avait profité de sa situation régulière en Algérie, liée à son mariage avec une Algérienne, pour mener à bien ses activités criminelles.
Il est également apparu que les migrants étaient introduits sur le territoire national par des voies légales, via des vols aériens reliant le Maroc à la Tunisie, puis à l’Algérie, avant d’être pris en charge par le réseau.
Identités et pseudonymes utilisés
Les autorités sécuritaires espagnoles ont, de leur côté, identifié l’usage par le réseau de plusieurs pseudonymes et numéros de téléphone, notamment ceux de « El-Hadj Rachid » ou « El-Hadj Hamid », qui utilisait une carte SIM d’un opérateur de téléphonie espagnol. Un autre individu, identifié comme « M. Hachemi », était chargé, avec des membres de sa famille, de réserver des chambres dans un hôtel du quartier Akid Lotfi à Oran, afin d’héberger les migrants marocains.
D’autres ressortissants marocains figurent également parmi les accusés, notamment « Lamdour Mohamed », « Mohamed Echinioui », « El-Hadj » et « Roki ». L’exploitation technique des numéros téléphoniques a permis de constater que la plupart étaient enregistrés sous de fausses identités, usurpées à partir de passeports de migrants clandestins, dans le but de dissimuler leur véritable identité et d’échapper aux poursuites. Les membres du réseau changeaient régulièrement de numéros, une manœuvre destinée à brouiller les pistes.
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Les investigations ont permis d’identifier plusieurs groupes au sein du réseau. Le premier, dirigé par Arkik Hamid, alias El-Hadj Rachid, se chargeait de l’organisation des traversées maritimes, avec l’aide de plusieurs complices, dont « Sofiane », de son vrai nom Midoun Fawzi, « Mir Abdelatif », Lazrag Nourredine, surnommé « Nino », un récidiviste, ainsi qu’un autre accusé, « M. Khaled ». Ce dernier avait pour mission d’accueillir les migrants clandestins marocains à l’aéroport Houari Boumediene, avant de les transporter vers les destinations fixées par le chef du réseau.
