Il s’appelait Mahmoud Hamra Krouha. Un nom presque effacé des récits officiels, mais qui demeure pourtant indissociable de la naissance de la puissance pétrolière des Émirats arabes unis. Derrière l’ascension fulgurante de ce pays du Golfe se cache une histoire peu connue, faite de solidarité algérienne et, selon certains, d’une ingratitude persistante.
Tout commence à la fin des années 1960. En 1969, au lendemain du retrait britannique, Zayed ben Sultan Al Nahyan entreprend de bâtir un État fédéral moderne. Si le futur pays dispose d’immenses ressources pétrolières, il manque cruellement de cadres qualifiés pour structurer et exploiter ce potentiel stratégique. Conscient de cet enjeu, le dirigeant émirati se tourne vers un pays alors en pleine affirmation sur la scène internationale : l’Algérie.
À cette époque, sous la présidence de Houari Boumediene, l’Algérie se distingue par son engagement en faveur des pays nouvellement indépendants. Fidèle à cette ligne, notre pays répond favorablement à la sollicitation d’Abu Dhabi. Le 2 décembre 1971, une mission d’experts algériens est dépêchée dans le Golfe, avec à sa tête un jeune économiste originaire de Skikda, formé à la Sorbonne : Mahmoud Hamra Krouha, âgé de 31 ans seulement.
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L’Algérie derrière la création de la compagnie pétrolière la plus riche aux EAU
Accompagné de cadres expérimentés issus notamment de Sonatrach, il se voit confier une mission décisive : jeter les bases de l’industrie pétrolière nationale émiratie. Dans un contexte encore balbutiant, où tout reste à construire, Hamra Krouha va jouer un rôle déterminant.
Le 1er juin 1973 marque un tournant historique avec la création de Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC). À la tête de cette nouvelle entreprise, le cadre algérien impose une vision structurée, une gestion rigoureuse et une stratégie ambitieuse. Sous sa direction, ADNOC devient progressivement un pilier de l’économie émiratie, posant les fondations de ce qui deviendra l’une des plus grandes compagnies pétrolières au monde.
Pendant près de quatorze années, Mahmoud Hamra Krouha dirige l’entreprise avec efficacité, contribuant directement à l’essor économique des Émirats arabes unis. Aujourd’hui, ADNOC figure parmi les géants mondiaux du secteur énergétique, reposant sur des réserves pétrolières parmi les plus importantes de la planète. Cette richesse constitue le socle de la prospérité des Émirats arabes unis, dont l’économie reste largement dépendante des hydrocarbures.
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Mahmoud Hamra Krouha aux EAU : départ, oublie et ingratitude
Mais en 1987, le parcours de Mahmoud Hamra Krouha prend une tournure inattendue. Il quitte ses fonctions dans des conditions restées floues. Officiellement, il s’agit d’une démission. Officieusement, plusieurs sources évoquent un départ contraint, sans reconnaissance ni hommage à la hauteur de son apport.
Pourtant, dans les récits institutionnels et les communications officielles, le nom de Mahmoud Hamra Krouha est absent. De même, l’implication déterminante de l’Algérie dans la genèse de cette réussite est rarement, voire jamais, mentionnée.
Cette omission soulève des interrogations sur la mémoire historique et la reconnaissance des contributions étrangères dans la construction des États modernes. Pour de nombreux observateurs, elle traduit une forme d’ingratitude à l’égard de l’Algérie, dont l’aide a pourtant été décisive à un moment crucial.
Mahmoud Hamra Krouha, lui, s’est retiré discrètement, loin des projecteurs, laissant derrière lui un héritage colossal. Une empreinte durable sur une industrie devenue vitale pour un pays entier. Mais l’histoire retiendra à jamais qu’il avait été derrière la création de cette puissance économique.
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