Cités AADL Déjà, des signes de délabrement

Cités AADL Déjà, des signes de délabrement

images (10).jpgLivrées il y a bientôt une dizaine d’années, les cités AADL que nous avons visitées laissent apparaître des signes de délabrement.

La saleté est partout, les espaces verts sont mal entretenus, des magasins ont ouvert au bas des immeubles sans prendre en considération l’aspect environnemental.

Quelques revendeurs informels de fruits et légumes se sont installés aux bas des immeubles AADL, laissant derrière eux des montagnes de détritus, certains accès sont défoncés, impraticables en temps de pluie, les aires de jeux pour enfants sont détournées de leur vocation pour devenir des parkings payants. Bref, c’est l’anarchie totale.

Il faut, également, soulever le problème des ascenseurs toujours en panne, les infiltrations d’eau récurrentes, les paraboles et les moteurs des climatiseurs qui fleurissent sur les balcons et la liste est encore longue.

Ce qui devait être, au départ, des cités, où il fait bon vivre, où la propreté des cages d’escalier doit être de rigueur, c’est presque la bidonvilisation. Chacun dégage sa responsabilité et pointe le doigt sur l’autre. Incivisme des locataires, laxisme des gérants ou des autorités locales, tout le monde fait le même constat sans pouvoir changer la situation d’un iota.

La joie d’habiter un logement flambant neuf avec des structures d’accompagnement idoines a vite laissé place à la désolation. Mais tout cela a une explication que le directeur de Gest Immo a très bien développée.

Pour commencer, il met en avant le montant de la charge locative, instituée en 2004, qui se situe aux environs de 2.400 dinars par mois. Depuis, cette somme a connu une inflation de 40%, en plus de l’augmentation des salaires de 20%, ajoutés à cela l’assurance et l’impôt estimés à 500 dinars. En conséquence il ne reste que 1.900 dinars qui servent à payer les produits d’entretien et les salaires. Chaque année, 9 milliards de centimes sont déboursés pour payer les factures d’électricité pour faire fonctionner les ascenseurs et la bâche à eau.

Les moutons dans l’ascenseur

Sur les 1.467 ascenseurs, 255 sont sous garantie et 323 sont en panne à cause de l’incivisme des locataires. Le DG, Djamel Eddine Taibi, affirmera mordicus que l’ascenseur n’est pas un monte-charge pour les matériaux de construction ce que beaucoup de locataires n’ont pas compris. Il a été constaté que certains ascenseurs font plus de 200 rotations par jour, ce qui est énorme.

Car ce moyen de locomotion est inadapté pour faire monter ciment et sable selon M. Taibi. Mieux que cela, dans beaucoup de cas, il a été signalé que les moutons sont transportés dans l’ascenseur, le plus normalement du monde. Sans parler des actes de vandalisme allant de la simple serrure du portail forcée jusqu’aux travaux non terminés et qui laissent des infiltrations d’eau dans les autres appartements affectant sur le passage les équipements électriques (ascenseur, électroménagers etc.). Rien que le bouton d’appel a été refait plus de 700 fois dans les différentes cités. Ces actes de vandalisme ont coûté la bagatelle, entre 2012 et 2013, de 7 milliards de centimes. Par ailleurs, le gardien d’immeuble doit effectuer 23 tâches définies dans le cahier des charges.

Il doit être plombier, pompier, peintre, s’occuper du réseau électrique, de l’entretien des ascenseurs alors que 50% d’entre eux ne répondent pas à ce profil. Tandis que certaines femmes de ménage, sans scrupule, préfèrent travailler dans des domiciles laissant les cages d’escalier sales.

Lorsque les locataires se plaignent, il leur est répondu que cette employée a bel et bien fait son travail comme l’atteste la feuille d’émargement. Faut-il mettre derrière chaque femme de ménage un surveillant ? S’est exclamé le responsable de Gest Immo. Qui doit superviser le travail des autres pour que les locataires ne se plaignent plus des petits problèmes rencontrés quotidiennement dans les immeubles ? La réponse est dans la question nous dit-on.

L’AADL, c’est juste la remise des clés et l’entretien des parties communes

Dans certaines cités visitées, l’environnement est agressé à chaque mètre carré. Les paraboles, les blocs moteurs, les façades refaites, les balcons fermés et la liste est encore longue, sont autant d’agressions. Comment y remédier alors que dans le contrat de location il est stipulé qu’il ne faut pas transformer l’extérieur. Plusieurs requêtes ont été introduites devant la justice mais la difficulté réside dans l’application des jugements et faute de mesures astreignantes.

Concernant les routes défoncées, les marchés informels, les commerçants qui ne respectent pas l’environnement, ce sont les autres institutions qui doivent les prendre en charge ou intervenir pour mettre le holà.

A Baba H’cen, par exemple, avec la construction d’une école, la route a été défoncée à cause de la pose d’un gros tuyau d’eau (buse), ce qui a occasionné une file indescriptible d’automobilistes qui doivent rentrer ou sortir. Le marché informel des fruits et légumes d’Ouled Fayet, qui est en principe formellement interdit et qui se trouve aux abords de la cité agressant l’environnement, ne peut être supprimé par les gérants de l’AADL. D’abord, ils n’en ont pas les prérogatives encore moins les moyens juridiques.

C’est à l’APC et aux forces de l’ordre qu’échoit ce genre d’intervention. « Il faut revoir à la hausse le montant des charges », insistera le DG de Gest Immo. Les prix des détergents ainsi que des produits d’entretien ont augmenté. Idem pour les salaires des gardiens d’immeuble, des gérants de site, des femmes de ménage ainsi que des agents de saisie.

Pour le moment, il y a une femme de ménage pour 100 logements ce qui est en deçà des normes. Ajoutez à cela le travail pénible qui exige de la force alors que la majorité des femmes de ménage est âgée. Pour régler définitivement ce problème, il est prévu de remplacer progressivement les femmes par des hommes aptes à faire ce travail.

L’incivisme est devenu un comportement naturel

Un gérant d’un site, qui veut garder l’anonymat, est excédé par le comportement de certains locataires. Dès qu’ils trouvent un morceau de papier jonchant la cage d’escalier, ils n’hésitent pas à faire la remarque tout en soulignant à haute voix qu’ils payent les charges à chaque fin de mois. Faut-il placer des caméras de surveillance pour traquer le contrevenant ?

Le gérant pourra-t-il surveiller celui qui jette ? Autant de questions qui restent sans réponse. Mais un maître mot revient comme un leitmotiv dans la bouche de ce gérant. Le civisme, l’éducation ou le respect de l’autre où sont-ils ? Beaucoup de locataires ne respectent pas les horaires pour jeter leur sachet en principe entre 20 et 22 heures. De bon matin, les bacs à ordures sont pleins à craquer alors que les services de Netcom ont déjà fait deux rotations durant la nuit. Au nombre de dix, la moitié des bacs est fendue, laissant apparaître des épluchures et des débris de verre.

Passons sur l’épaisse couche noire de saleté qui a recouvert le vert de ces bacs qui rappelle celui de la pelouse. A 10 heures piles, une femme entre deux âges vient de jeter son sac d’ordures, interpellé sur le respect des horaires, elle toise le gérant et lui demande gentiment de s’occuper de ses affaires. A l’intérieur des immeubles, les graffitis sont partout faits avec de la peinture noire ou du feutre. Ce gérant a maintes fois passé plusieurs couches de peinture pour masquer ces horreurs. Pour les paraboles, les blocs moteurs des climatiseurs, tout le monde a été informé avant d’étrenner le logement que c’est interdit.

En l’absence d’une police de l’environnement ou de lois coercitives, chaque locataire fait comme bon lui semble faisant fi du règlement et des avertissements du gérant d’immeuble. Sans parler des espaces verts qui sont devenus des endroits de jeux pour les enfants ou encore ces arbres coupés par les propriétaires de pizzerias afin de laisser paraître la pancarte de leur commerce.

Les locataires se plaignent, mais…

Il faut une formation à tous les locataires avant d’y habiter, soutient un citoyen excédé par tant de manque de savoir-vivre et par les comportements inciviques de certains voisins. En l’absence de l’application de lois régissant les parties communes et les immeubles des biens de l’Etat ou l’application stricte du règlement intérieur des cités AADL, chaque locataire doit signer un cahier des charges où il doit s’impliquer dans la gestion des parties communes, ne pas faire de bruit, ne pas marcher avec des talons aiguilles à 11 heures du soir, ne pas jeter les ordures en dehors des horaires indiquées, ne pas secouer les draps et les tapis sur le voisin du dessous, ne pas laisser les enfants jouer dans les cages d’escalier pour laisser les personnes âgées faire la sieste convenablement.

Quant au mouton de l’Aïd, il doit être sacrifié dans un endroit autre que la baignoire ou le balcon. Ces consignes n’ont qu’un seul but, à savoir le respect de l’autre pour vivre en harmonie comme l’a recommandé le Prophète (QSSSL) de prendre soin de son voisin. Malgré cet état de fait, l’optimisme est permis. Et pour cause, dans certaines cités AADL, les locataires ont pris conscience de la préservation de l’environnement en entretenant convenablement les parties communes. Ainsi, beaucoup de comités de quartiers ont vu le jour. Pour M. Taibi, c’est une ouverture et une soif de vivre dignement. Beaucoup d’idées ont été judicieuses quant à la mise en place d’un véritable service public.

En effet, beaucoup de locaux sont fermés alors qu’ils peuvent servir pour abriter les services comme prévu au départ telles les institutions de la Sonelgaz, la Poste, la police, la CNAS, la CNR, la Seaal etc. Et pour profiter de la fraîcheur du soir et des retrouvailles entre voisins, les comités de quartiers pensent à aménager des boulodromes pour la pétanque, des espaces verts avec des bancs et des tables pour jouer à la belote et aux dominos, des cafétérias pour rester dans le sillage d’une ville qui ne dort pas.

Rabéa F.