Circulation routière, Ces deux-roues de tous les dangers

Circulation routière, Ces deux-roues de tous les dangers

23834.jpg8.768 accidents corporels ont été enregistrés à l’échelle nationale durant le premier semestre 2012 dont 975 causés par des motocyclettes.

Des jeunes, particulièrement des mineurs, sillonnent les rues de la capitale à bord de scooters sans même porter le casque de sécurité. Souvent, ils effectuent leur randonnée à bord de leurs engins à deux. Ils n’hésitent pas à faire de la vitesse, sans respect du code de la route, mettant ainsi en danger leur vie et celle des autres.

Il est difficile pour la police d’agir dans ce genre de situation. Selon le lieutenant Mohamed Sedaki, la seule action en mesure d’être effectuée par la police, c’est la confiscation de l’engin. Un autre problème se pose. Celui de l’assurance. Beaucoup de compagnies ne couvrent pas les motos. En outre, beaucoup de «motards» ont appris à conduire une moto seuls ou avec l’aide d’un ami. L’absence d’école spécialisée, de moniteurs qualifiés et de circuit fait défaut.

Le non-respect de la vitesse réglementaire, le non-respect du sens opposé à la circulation, les dépassements et les manoeuvres dangereuses, le jeu au milieu de la chaussée, le non-respect du stop et de la priorité, le défaut de maîtrise et le changement de direction sans signalisation, sont les principales causes à l’origine des accidents causés par les motocycles sur les routes.

Telles sont les explications de M. Mohamed Sedaki, lieutenant de police chargé de la communication au niveau de la Direction de la sécurité publique (DSP) de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). Depuis quelques années, beaucoup de motocycles et scooters envahissent les rues et les routes. Ils courent dans tous les sens. Les deux-roues sont devenues une vraie tendance depuis quelque temps. Soit un moyen de transport très prisé par les jeunes.

Certains d’entre eux les utilisent comme distraction, d’autres prennent ce mode de déplacement très aux sérieux. Ils ont échangé la conduite d’un véhicule léger pour piloter un motocycle. Les raisons ? C’est un moyen pratique, rapide et qui se faufile facilement évitant les longs bouchons. Depuis, le marché des deux-roues en Algérie est devenu très florissant.

DES SHOWROOMS POUR EXPOSER LES «JOUJOUX»

A Aïn Benian, la maison Daelim attire de plus en plus de jeunes. Des scooters, grandes et petites motos de marque chinoise fabriqués suivant les standards mondiaux de qualité et de fiabilité sont proposés à 140.000 DA alors que des scooters puissance 49,5 Ch/Daelim Cordi 50 CC sont proposés entre 153.000 et 370.000 DA, selon la cylindrée. Yamaha YBR 125 ESD est proposé à 199.000 DA. Soit des gammes de cylindrées au design moderne, proposées à des prix accessibles. Cet espace connaît un engouement particulier.

C’est la catégorie «jeune» qui s’intéresse à ce genre de locomotion. Selon le gérant, beaucoup de scooters ont été vendus durant la saison estivale. «Ils sont très pratiques et ne nécessitent pas beaucoup de formalités pour leur acquisition d’autant qu’ils sont maniables», dira-t-il. Sur place, les visiteurs, les amateurs et parfois des connaisseurs sont invités à faire le tour du showroom.

Ils sont conseillés et orientés. Des dépliants leur sont offerts en plus des cartes de visite au cas où ils compteraient revenir. Selon le gérant, un service aprèsvente de qualité comprenant les vidanges, le remplacement de la filtration ainsi que la réparation de pièces de rechange est assuré. En plus de la vente des motos, la maison propose le service des accessoires.

Ce détail est très important dans la mesure où beaucoup de pilotes de motos ne mettent pas de casque. C’est très dangereux, mais surtout mortel. Raison pour laquelle notre interlocuteur insiste sur la vente de casques protecteurs. «Certains pensent qu’on veut écouler nos produits», a-t-il révélé.

«La vente du casque doit se faire obligatoirement et machinalement avec la moto», a-t-il ajouté. Un casque de moto professionnel type A taille M peut atteindre les 5.000 DA alors que celui doté d’un bluetooth oscille entre 4.500 et 7.000 DA selon la marque et la qualité.

Ceux d’occasion peuvent atteindre le prix de 2.500 à 3.000 DA. Aussi, des casques BLD 155, matière ABS, nouveau design de qualité S, M, L, XL, visière antirayures et de l’optique clair sont également disponibles au niveau de cette structure. Certes, les prix sont parfois élevés, mais la vie n’a pas de prix.

LE CASQUE, UN ACCESSOIRE INDISPENSABLE

Beaucoup de jeunes, particulièrement des mineurs, sillonnent les rues de la capitale à bord de Vespa sans même porter un casque de sécurité. Dans la plupart du temps, ils effectuent leur randonnée à bord de leurs engins et ce, à deux sur une même moto.

Ils n’hésitent pas à faire parfois de la vitesse, mettant ainsi leur vie en danger et celle des piétons. Un véritable phénomène qui prend de l’ampleur, surtout que le prix de la moto sur le marché varie entre 7 et 10 millions de centimes. Selon le gérant de Daelim, certains clients sont très malins malgré leur jeune âge.

«Ils confient à leurs amis plus âgés qu’eux l’achat d’une moto pour en disposer ensuite», dira t-il. Il est difficile pour la police d’agir dans ce genre de situation, surtout que les papiers sont au nom d’une personne adulte, autorisée par la loi à posséder une moto. Selon le lieutenant Mohamed Sedaki, la seule action en mesure d’être opérée par la police, c’est la confiscation de ces motos.

Il explique que la nomenclature des infractions et délits relative à la loi 09- 07 du 11 octobre 2009, modifiant et complétant la loi 01-14 et 04-16 relative à l’organisation, la sécurité et la police de la circulation routière stipule que le port du casque pour les conducteurs et passagers de cyclomoteurs et motocyclettes est obligatoire.

«Dans le cas contraire, le conducteur sera passible d’une sanction de 3e degré et devra payer une amende forfaitaire de 2.000 à 2.500 DA avec la rétention du permis de conduire pour une période de 10 jours», a expliqué le même responsable. «Le mis en cause sera également écouté sur PV par la sûreté urbaine compétente », a-t-il précisé.

Et de poursuivre : «La sanction varie selon le degré de l’infraction et l’amende peut atteindre les 4.000 DA pour le conducteur ainsi que l’accompagnateur pour non port du casque. Si l’accompagnateur est un mineur, «c’est au conducteur de subir la double sanction», a-t-il averti. Selon M. Sedaki, le pire est que la conduite de motos ne nécessite pas systématiquement un permis de conduire. Il explique que pour le motocycle, la wilaya délivre une licence au conducteur.

«Ce document est non classifié et non prévu dans le dispositif automoteur», a expliqué le même responsable. Pour le cycle à moteur qui ne dépasse pas 50 centimètres cubes et dont la vitesse de marche ne peut accéder 45 km/h, le conducteur devra être doté d’un certificat d’assurance et licence de conduite délivrée par la wilaya.

Pour les motocyclettes de catégorie A, 80 CC, vitesse 75km/h, cela nécessite un permis de conduire A1 et une attestation d’assurance. Le motocycle de catégorie B (grosse cylindrée) ne dépassant les 400 cm3, 500 km/h, nécessite un permis de conduire A2, une attestation d’assurance et une carte grise.

LES COMPAGNIES D’ASSURANCES REFUSENT LES… MOTARDS

Cela étant dit, un autre problème se pose. Celui de l’assurance. Beaucoup de compagnies d’assurance ne couvrent pas les motos. Comme c’est le cas de la Société Algérienne des Assurances (SAA). Selon une responsable du bureau des assurances au niveau de la SAA Che-Guevara, la compagnie ne prend plus en charge les deuxroues.

«Cela fait un moment que la SAA n’assure plus les motocycles en raison des dégâts engendrés par ces engins», dira-telle. Elle explique : «La SAA ne couvre plus les dégâts causés par les motos vu la gravité des dommages matériels et corporels ».

Pour sa part, son collègue de bureau abordera l’aspect financier et économique. «Couvrir les besoins d’une moto n’est pas rentable pour l’entreprise», dira-t-il. «Même si les dégâts matériels peuvent être pris en charge et remboursés par la suite, à combien revient la couverture ou le dédommagement d’une personne décédée ou gravement atteinte ?» s’est-il interrogé. Raison pour laquelle, a-t-il ajouté, la SAA ne couvre plus ce genre d’assurance pour éviter tout équivoque.

LA FORMATION FAIT DÉFAUT

Rares sont les motards qui ont suivi une formation adéquate. La plupart d’entre eux ont appris à conduire une moto seule ou grâce à un ami. L’absence d’école spécialisée, de moniteurs qualifiés et de circuits fait défaut. «Maziz» est une autoécole sise à Ben Aknoun. Cet établissement est géré par un jeune homme de 30 ans environ. Son local semble bien équipé et est très fréquenté par une clientèle plutôt jeune.

Cette école assure des cours de conduite de véhicules légers mais aussi de motos. Son parc est d’ailleurs équipé d’une cylindrée robuste destinée aux amoureux des deux-roues. Une fois sur place, le gérant explique que «pour suivre des cours, le candidat doit savoir manipuler l’engin avant son arrivée à l’auto-école». Selon lui, «il n’y a pas de circuits spécialisés pour effectuer les manoeuvres à bord d’une moto».

Sa mission consiste alors à «orienter le candidat entraîné auparavant» pour lui délivrer ensuite son certificat de maîtrise. La personne inscrite pour les cours de motos, devra verser la somme de 15.000 DA pour suivre des cours sur une période d’un mois à raison de trois examens dont le dernier sera consacré à la pratique sur une moto de plus de 125 cm3. Apprendre à manipuler une moto avant de se présenter à l’auto-école est elle une règle de base ? Si c’est le cas, qu’en est-il de la réglementation ?

Rym Harhoura