Ce 12 février qui fait peur au régime de Bouteflika : 30 000 policiers pour étouffer la marche

Ce 12 février qui fait peur au régime de Bouteflika : 30 000 policiers pour étouffer la marche
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Les appels de l’opposition à manifester samedi prochain dans plusieurs villes d’Algérie pour « changer le système » se multiplient, mais les autorités n’entendent pas se laisser déborder, surtout à Alger où toute marche a été interdite. Deux jours avant la marche du 12 février, les autorités sortent les grands moyens pour empêcher les marcheurs : quelque 30 000 policiers ont été acheminés de différentes wilayas du pays vers la capitale. Le bras de fer commence.

En dépit de l’interdiction annoncée par les autorités, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), forte de partis d’opposition, de la société civile et de syndicats non officiels, maintient sa manifestation samedi 12 février à 11 h. Née le 21 janvier dans la foulée des émeutes qui ont fait 5 morts, plus de 800 blessés, elle mobilise autour de son mot d’ordre: « changer le système » face au « vide politique » qui menace la société algérienne « d’éclatement ».

La CNCD a largement été « encouragée » dans sa « démarche pacifique » pour la démocratisation par les révolutions de Tunisie et d’Egypte, affirme l’un de ses fondateurs, l’écrivain-universitaire Fodil Boumala.

« Tout comme pour la Tunisie, une bonne partie des échanges se passe sur Facebook et les textos vont bon train: « Main dans la main le 12 février, manifestation pacifique, envoyez à tous les Algériens », lit-on en arabe sur l’un d’eux.

« Une quinzaine de manifestations sont aussi prévues ce jour-là en Euro, en Amérique, dont une dizaine en France », selon M. Boumala. A Paris et à Marseille, la communauté algérienne a décidé d’organiser des marches de soutien au mot d’ordre « pour le changement démocratique en Algérie. »

« Le peuple peut enfin récupérer son destin », affirme Said Sadi, chef du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), dont la marche du 22 janvier avait été empêchée par des milliers de membres des forces de l’ordre qui avaient quadrillé Alger.

Face au mouvement, le pouvoir a mis le paquet pour empêcher la tenue de cette marche dont l’éventuelle réussite pourrait avoir de lourdes conséquences sur la survie du régime du président Bouteflika. Selon le quotidien arabophone El Khabar affiche 30.000 policiers seront déployés samedi pour la capitale samedi et dans les villes qui manifesteront.

Parmi elles, sur la côte est, Boumerdes, Bejaïa, puis, au sud-est d’Alger Tizi Ouzou, principale ville de Kabylie, à l’ouest, Tipaza, notamment.

Ainsi ces renforts sont placés dans les wilayas limitrophes d’Alger (Blida, Tipaza, Boumerdes) ainsi que dans les wilayas de Tizi Ouzou et de Bejaïa. Ce déploiement a pour objectif d’empêcher les citoyens de rejoindre Alger, le samedi 12 février, pour participer à la manifestation pacifique.

La capitale est, elle, quadrillée depuis plusieurs jours. La place du 1er Mai d’où doit partir la manifestation est occupée par de nombreux camions de la police. La présence policière est renforcée dans tous les axes menant à la place du 1er Mai. Le même déploiement est visible à travers tous les quartiers de la capitale.

Des barrages de policiers seront positionnés devant les entrées de la capitale alors de que des informations indiquent que les trains en partance vers Alger seront bloqués afin d’empêcher les manifestants de s’y rendre.

Selon le site internet du RCD, les autorités se sont récemment approvisionnées en matériel antiémeutes. « Dans la nuit du 05 au 07 février, deux bateaux étaient déchargés discrètement. Les dizaines de containers contenaient des milliers de bombes lacrymogènes et divers équipements antiémeutes », écrit le site.

Selon des sources policières, c’est la première fois dans l’histoire qu’un tel dispositif (plus de 30.000 policiers) est mis en place à Alger, indique l’Agence AFP.

Depuis le début de l’année, outre les émeutes de janvier, le pays vit au rythme de grèves perlées depuis des semaines, dans les lycées contre la lourdeur des programmes, les universités contre les programmes inadaptés, les conditions de travail et les salaires bas: depuis deux jours les 100.000 personnels du paramédical sont en grève illimitée.

Au cours de l’année 2010, l’Algérie a connu pas moins de 10 000 émeutes et autres manifestations de rue.

A Alger, samedi, le départ est fixé à 11h00 (10h00 GMT) Place du 1er mai (baptisée Place de la Concorde) et le point d’arrivée est la Place des Martyrs, aux pieds de la Casbah et à l’entrée de Bab el Oued, théâtre traditionnel de la révolte.