Bouteflika : l’Algérie lèvera l’état d’urgence

Bouteflika : l’Algérie lèvera l’état d’urgence
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Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika a annoncé jeudi 3 février que l’état d’urgence, en vigueur depuis 1992, sera levé « dans un avenir proche », a indiqué l’agence APS.

Cette initiative intervient avant une grande manifestation de l’opposition prévue dans la capitale le 12 février. Les gouvernements du monde arabe sont aujourd’hui pressés de répondre aux exigences de leurs citoyens, dans le concert des vagues de plus en plus importantes d’agitation qui suivent la révolution tunisienne.

S’exprimant lors d’un conseil des ministres, Bouteflika a déclaré que l’état d’urgence serait remplacé par une législation qui « permettra à l’Etat de poursuivre sa lutte antiterroriste jusqu’à son terme, avec la même efficacité et toujours dans le respect de la loi ».

La levée de l’état d’urgence était l’une des principales revendications des organisateurs de la manifestation du 12 février, en plus des inquiétudes concernant l’économie et le désir d’une plus grande liberté politique. Mais au moment de la rédaction de cet article, les manifestations restaient interdites dans la capitale.

Ce mouvement de protestation est organisé par un groupe qui s’est baptisé Coordination nationale pour le changement et la démocratie, en liaison avec le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Cette association a été mise en place au lendemain des agitations en Algérie du mois de janvier, qui ont fait cinq victimes et quelque 800 blessés.

L’organisation a expliqué qu’elle souhaitait que cette manifestation soit « populaire », allant au-delà des clivages politiques. Ce rassemblement était au départ prévu pour l’anniversaire de l’état d’urgence, le 9 février, mais avait été reporté pour permettre aux salariés d’y participer.

Les organisateurs seront rejoints par plusieurs syndicats représentant les enseignants, les fonctionnaires et les étudiants.

La crainte d’un mécontentement populaire a conduit plusieurs Etats du Maghreb à prendre des mesures par anticipation en faveur des prix alimentaires, nombre d’entre eux achetant des stocks supplémentaires pour parer à d’éventuelles hausses des prix.

Les exportations de blé vers l’Algérie sont en hausse de 30 pour cent cette année par rapport à la même période de l’année dernière, selon la société publique française AgriMer.

« Ces importations ont certainement eu lieu, mais elles n’ont rien à voir avec de quelconques tensions politiques. Il n’y a rien d’extraordinaire à propos de tels évènements, et les importations de céréales ne sont pas plus importantes qu’à l’accoutumée. Il s’agit d’un achat régulier », a déclaré le ministre de l’Agriculture Rachid Benaissa le 26 janvier.

En Algérie, « des efforts financiers considérables ont été faits pour stimuler la production locale, qui a augmenté de manière substantielle, mais pas suffisamment par rapport aux besoins de la consommation intérieure », a expliqué Abdelmalek Serrai, ancien conseiller auprès des Nations unies sur les questions économiques.

Il n’y a eu aucune pénurie de farine sur le marché interne, a déclaré Noureddine Kehal, directeur général de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC).

« Les stocks sont suffisamment importants pour surmonter les problèmes sur le marché international », a déclaré Kehal, ajoutant que les leçons avaient été apprises des tensions entourant certains produits de grande consommation.

Bien que beaucoup attendent de voir les effets de ces décisions sur l’opinion publique algérienne, le pays continue d’assister à des manifestations sporadiques. A part le RCD, peu de partis politiques ont donné une réponse favorable à l’appel du mouvement.

Le gouvernement ne doit pas être changé sous la pression de la rue, mais par un processus électoral, selon Louisa Hanoune, du Parti des travailleurs. Elle a ajouté que son parti n’avait rien à voir avec le processus de décision.

« Des décisions de ce type sont prises avec la conviction de l’unité de l’action, du travail en commun et du respect mutuel », a-t-elle affirmé.

« Nous travaillons pour que toutes les restrictions soient levées, notamment les restrictions sur l’organisation des manifestations, l’ouverture des champs politique et médiatique », a poursuivi Louisa Hanoune, qui ne croit pas en l’approche adoptée en Tunisie ou en Egypte pour changer la situation politique nationale.

« L’organisation d’une marche est un droit », a souligné Mohamed Djemaa, le porte-parole du Mouvement pour la société de la paix (MSP). Mais, a-t-il déclaré, « au vu des circonstances actuelles, il serait préférable d’appeler au calme. »

Mais tout indique que le gouvernement maintiendra son interdiction sur la manifestation du 12 février, et le ministre de l’Intérieur Daho Ould Kablia a expliqué au quotidien Liberté que « aucune marche ne sera autorisée à Alger ».

« Ce refus ne s’adresse pas uniquement à l’opposition, mais à tous les partis qui envisagent d’organiser des manifestations dans la capitale, y compris les partis membres de l’alliance présidentielle », a déclaré Ould Kabila.

Pour lui, « aucun parti ni aucune association n’est en mesure de gérer une manifestation et de garantir qu’elle se déroulera de manière totalement pacifique. Alger est une ville de trois millions d’habitants. Cela représentent des problèmes que les organisateurs peuvent ne pas avoir pris en compte. »

Des éléments n’ayant rien à voir avec les objectifs de la manifestation pourraient s’infiltrer pour provoquer des troubles et des détériorations, sans même parler de la menace terroriste », a déclaré le ministre.

Les organisateurs ont indiqué qu’un comité technique avait été mis en place pour prendre en charge les aspects pratiques de la manifestation, selon Rachid Malaoui, président du SNAPAP et membre actif du mouvement.

« Nous sommes convenus de l’itinéraire, qui ira de la Place du 1er Mai à la Place des Martyrs », a-t-il expliqué, ajoutant que « le mouvement n’est pas bureaucratique. Chaque organisation dispose de l’autonomie d’établir des contacts et de faire connaître des choses. »

Une réunion est prévue le 9 février pour apporter la touche finale au projet.