Bezzaz : «Halte aux sentiments, il faut sélectionner les joueurs les mieux préparés !»

Bezzaz : «Halte aux sentiments, il faut sélectionner  les joueurs les mieux préparés !»

article-30718-bezzaPosition-1.jpgDans la deuxième partie de l’entretien qu’il nous a accordé, Yacine Bezzaz évoque les changements survenus au sein de la sélection nationale, la valeur des joueurs locaux ainsi que ses passages au CS Constantine et à la JS Kabylie.

Avant la Coupe du monde, 7 nouveaux joueurs avaient intégré la sélection nationale. Dans une interview accordée au Buteur, Yazid Mansouri a déclaré que ces arrivées ont influé de manière négative sur le groupe. Le pensez-vous également ?

Avant le Mondial, nous avons été durant trois ans comme une seule famille. Il est donc naturel qu’enlever 7 joueurs d’un seul coup pour les remplacer par 7 nouveaux fait que le groupe ne vive plus de la même manière. C’est difficile aux nouveaux de s’intégrer dans un groupe qui a déjà ses affinités et ses habitudes. C’est pour cela que la stabilité est recommandée. Cela dit, je ne pense pas que ce soit ces changements qui ont fait que nous n’ayons pas réussi en Coupe du monde. Je pense que les causes sont ailleurs.

Quelles sont ces causes, justement ?

Il y avait des joueurs qui n’étaient pas à 100 % de leurs capacités, à cause des blessures et du manque de compétition. De plus, le sélectionneur n’a pas su bien gérer le groupe. La Coupe du monde est un événement où tout faux pas est interdit. Dommage que nous ayons été éliminés au premier tour, malgré le bon niveau de jeu présenté.

Franchement, le groupe était-il uni à l’époque où vous y étiez ? Y avait-il des clans ?

Vous voulez la vérité ? Nous avons, certes, des joueurs très bons, mais notre meilleur atout était un réel esprit de groupe qui nous a permis d’aller en Coupe du monde. Vraiment, nous constitutions une seule famille. En toute chose, le groupe est le fondement de tout. S’il y avait des clans, nous aurions gagné un match voire deux, mais nous n’aurions pas été capable de réussir un parcours aussi long que les éliminatoires d’une Coupe du monde. Nous nous entendions tellement bien entre nous que nous jouions sans avoir vraiment besoin de l’entraîneur.

L’esprit d’Oum Dourmane a-t-il disparu ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il ne reviendra pas de sitôt. Il a fallu trois ans pour qu’il se forge. La priorité, désormais, est que les joueurs s’habituent les uns aux autres et que le sélectionneur trouve son onze type. Les changements répétitifs ont plus d’inconvénients que d’avantages.

Les changements continuent puisqu’il y a eu de nouveaux joueurs convoqués pour le match du Luxembourg. Cela risque-t-il d’influer sur le groupe ?

Je pense que les changements ne doivent être opérés que pour faire la différence. Il y a eu des joueurs convoqués qui n’avaient jamais été en Afrique subsaharienne par le passé et qui se sont retrouvés à jouer à Bangui dans des conditions très particulières. Pour de tels matchs, il faut des joueurs habitués à ces conditions climatiques. Il ne faut pas changer juste pour changer. Sans avoir la prétention de vouloir dicter au sélectionneur ses choix, je pense que les 11 joueurs qui débutent un match doivent jouer ensemble 5 ou 6 matchs d’abord pour qu’il y ait des résultats. Si on change à tout-va, il ne faut pas s’attendre à des miracles, surtout que le temps est court et que les matchs amicaux sont rares. Pour préparer le match face au Maroc, il n’y aura que la rencontre face à la Tunisie.

Comment avez-vous accueilli la nomination d’Abdelhak Benchikha au poste de sélectionneur ?

Je n’ai pas beaucoup de choses à  dire sur ce sujet. Selon les informations que j’ai et à entendre son discours, il est clair que c’est un entraîneur compétent qui sait ce qu’il fait. J’espère qu’il réussira à qualifier la sélection nationale à la CAN, bien que la situation soit difficile, du fait que nous avons raté nos deux premiers matchs. Nous avons seulement 20% de chances de nous qualifier. Mais tant qu’il y a de l’espoir, il faut y croire. Il faudra jouer les quatre matchs qu’il reste comme s’il s’agissait de finales.

Vous avez été invité à assister à la Coupe du monde, mais vous n’êtes pas parti. Pourquoi ?

C’est moi qui ai refusé, car je ne voyais pas en quoi aurais-je été utile à la sélection. Lors des qualifications, j’avais tout donné. J’aurais espéré être présent à la Coupe du monde en tant que joueur, pas comme supporter. Ajoutez à cela que je suivais, à ce moment-là, la rééducation fonctionnelle de mon genou et je ne voulais pas perdre davantage de temps.

Quels sont les joueurs de la sélection qui sont encore en contact avec vous ?

Ils ne sont pas nombreux. Il y a uniquement Saïfi, Bougherra et Halliche.

Aujourd’hui, on constate qu’il y a peu de joueurs locaux en sélection. Le championnat national n’exporte plus de joueurs vers l’étranger. A quoi cela est-il dû, selon vous ?

Le championnat national n’est pas d’un niveau relevé. Certains réclament la convocation des locaux, mais nous devons nous poser la question : qu’avons-nous comme joueurs ? Uniquement quelques rares talents et qui, de surcroît, doivent développer leur talent en Europe. Pour moi, le championnat national pourrait être performant dans 3 ans grâce à l’avènement du professionnalisme. Quant aux jeunes talents que nous avons, leur passage par l’Europe est obligé pour qu’ils deviennent de grands joueurs.

Si on vous demandait de choisir entre un local comme Chaouchi et un professionnel comme Mbolhi, qui choisiriez-vous ?

Chaouchi possède un grand potentiel, mais il doit aller en Europe pour progresser davantage. Mbolhi est actuellement meilleur grâce à ses qualités, sa formation et la base qu’il a acquise en Europe. Si Chaouchi passait professionnel, il pourrait le concurrencer sérieusement.

Qui choisiriez-vous entre Lemmouchia et Lacen ?

Lemmouchia est un ami cher. Si je dis que Lacen est meilleur que lui, il sera en colère contre moi. Il a été formé en France et il a toujours apporté quelque chose lors de ses titularisations. Je pense que les deux peuvent joueur ensemble et ce serait meilleur.

Espérez-vous être présent, tout comme Meghni et Kadir, lors du match face au Maroc où la présence de tous les joueurs est nécessaire ?

Il ne faut pas réfléchir ainsi. Il faut prendre les joueurs les mieux préparés, qui sont titulaires dans leurs clubs, non pas seulement les plus anciens. Il faut prendre les meilleurs pour espérer gagner. Il ne doit pas y avoir de la place aux sentiments.

Est-ce un message pour Benchikha ?

Non, pas du tout. C’est juste que la logique commande que le sélectionneur a essayé toutes les formules et qu’il ne lui reste plus qu’à compter sur les joueurs les mieux préparés physiquement et mentalement pour affronter une grande équipe.

Un ancien international marocain, Abadi, évolue à vos côtés à Troyes. Vous a-t-il parlé du match Algérie -Maroc ?

Que les qualifications seront très dures pour nous et je lui ai répondu que nous avons nos chances, surtout que nous recevrons au prochain match. Nous verrons donc au mois de mars.

Que vous a dit le capitaine de la République centrafricaine, Enza Yamissi, qui joue également à Troyes ?

Il a beaucoup ri de nous et m’a dit : «Vous êtes allés au Mondial, mais nous avons failli vous battre 7-0.» J’ai trouvé une excuse en lui disant qu’il faisait trop chaud et qu’au retour, nous leur passerons un carton.

A quand votre retour en sélection ?

J’ai trop parlé de la sélection, mais ma priorité en ce moment et de m’imposer au sein de mon club. Que je sois convoqué ou pas en sélection n’est pas important pour le moment. L’essentiel est que le public algérien, le sélectionneur et les responsables du football connaissent ma valeur. Personne ne peut nier ce que j’ai donné pour la sélection. Si on me convoque, je serai le premier à venir. Si on ne le fait pas, ce ne serait pas un problème.

Parlons de votre premier club, le CS Constantine. Suivez-vous son actualité ?

Je suis au parfum de tout ce qui touche à ce club. Je suis content de voir qu’il est en très bonne position pour accéder, en occupant la première place avec trois points d’avance sur le deuxième (entretien réalisé avant le match d’hier face à la JSM Skikda, ndlr). Inch’Allah, le CSC réalisera le rêve de ses supporters en retrouvant l’élite.

Le CSC joue quand même devant 50 000 supporters…

Cela procure un sentiment de fierté et de dépit en même temps, car des tels supporters méritent de jouer les premiers rôles chaque saison, car ils constituent, de par leur présence à domicile et à l’extérieur, le réel assaisonnement de tout championnat. J’ai lu récemment que pas moins de 6 000 supporters avaient fait le déplacement à Batna. Qui oserait imaginer cela en deuxième Division ? A Troyes, nous jouons devant 3 000 supporters quand nous jouons à domicile. Voyez la différence…

Le CSC est-il votre premier club ?

Il ne faut pas que j’oublie le NR Grarem qui a joué un rôle dans ce que je suis devenu aujourd’hui. Cependant, le CSC n’a pas été seulement un club dans lequel je m’étais révélé. C’était avant tout un club que je supportais, pas uniquement de loin, mais dans les travées du stade Hamlaoui où je me rendais en compagnie d’amis de Grarem-Gouga avec une banderole que nous accrochions. J’ai assisté à presque tous les matches à domicile lors de la saison du titre (1996-1997, ndlr). C’était des moments uniques et inoubliables. Une année après, je me suis retrouvé à jouer dans ce club, dans une sélection entraînée par Rabah Saâdane. Je dis sélection, car il y avait de très grands joueurs au sein de l’équipe.

Quels étaient vos joueurs préférés en tant que supporter ?

Bourahli était un joueur formidable, capable de faire la différence à tout moment. J’aurais souhaité avoir le même parcours que le sien.

Quels souvenirs gardez-vous de votre passage au CSC ?

J’étais bien meilleur qu’à la JSK, car j’étais au meilleur de ma forme. Même si le CSC ne marchait pas bien, je survolais les matchs. Une fois, contre l’ASMO, j’étais rentré comme remplaçant et j’avais inscrit deux buts. Au CSC, je n’ai jamais été lésé au plan financier. A l’âge de 18 ans, j’avais reçu une prime de 40 millions. C’était un montant qui m’avait choqué à cet âge-là. Lors de ma dernière saison au CSC, nous avions perdu notre premier match contre le WAT, mais le président de l’époque, Ounis, a décidé de rajouter 50 millions à ma prime de signature, ce qui était beaucoup en 2000. Le CSC est le club qui m’a ouvert les portes de la sélection nationale Espoirs, puis de la sélection A où mon premier match, je l’ai joué contre l’Egypte en 2001 à Annaba, avec le but de l’égalisation à la clef.

Comment s’est fait le choix de la JSK ?

Plusieurs clubs me voulaient. Je me rappelle même que l’USMA m’avait envoyé une mise en demeure pour prétendument un abandon de poste, comme si j’avais signé dans ce club. Je remercie «Soussou» Boulahbib pour m’avoir libéré au profit du club de mon choix, la JSK, qui m’a permis d’embrasser une carrière professionnelle une année après seulement.

Que représente la JSK pour vous ?

C’est le club qui m’a envoyé en Europe. Rien que pour cela, je lui en serai éternellement reconnaissant. J’en garde des souvenirs inoubliables, surtout la gestion professionnelle du président Hannachi qui n’a rien à envier à celle des clubs européens. Hannachi est un président formidable et compétent qui a su placer son club sur les sommets.

Quels joueurs de la JSK actuelle vous plaisent-ils ?

Ils sont plusieurs, mais en premier lieu Aoudia qui a un potentiel intéressant susceptible de le mener loin. Il y a également Yahia-Cherif. La JSK est et restera le club qui permet aux joueurs locaux d’entrevoir une carrière en Europe. J’espère que ces deux joueurs et d’autres auront l’occasion d’exercer leur talent à l’étranger.

Pourrait-on vous voir rejouer en Algérie ?

Pourquoi pas ? Je suis encore jeune et nul ne peut jurer de ce que nous réserve l’avenir. J’aimerais bien revenir un jour à la JSK pour aider ce club à gagner des titres. Je souhaite également terminer ma carrière au CSC, conformément au vœu de mes amis d’enfance, dans une saison où il jouerait les premiers rôles.