Au cinquième jour de l’opération “Serval” dans le nord-Mali,Menaces djihadistes sur la France

Au cinquième jour de l’opération “Serval” dans le nord-Mali,Menaces djihadistes sur la France

64_slide_1_130114101120.jpgFrançois Hollande devait s’y attendre. Les djihadistes du Mali et de la Somalie ont menacé lundi de frapper “le cœur” de la France, dont le raid à Mogadiscio pour libérer un des ses agents de la DGSE a tourné au vinaigre mais qui bombarde depuis cinq jours les bases d’Aqmi, d’Ansar Eddine et du Mujao.

Les appels à frapper les intérêts français se multiplient sur le Web, et la menace grandit de les attaquer partout, même hors de France : à Bamako, en Afrique et en Europe. Le plan Vigipirate, au niveau “rouge” depuis 2005, a été renforcé dès samedi soir, il est probable qu’il passera sans tarder au dernier seuil, “écarlate”, juste avant l’état d’urgence. Le ministre de l’Intérieur français, Manuel Valls, a affirmé que la situation au Mali “peut inciter des individus ou groupes à commettre des attentats, aussi bien en France qu’à l’étranger”. “Il faut être très vigilant, prendre des précautions”, a renchéri son collègue de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

À la première ligne de la guerre déclenchée par le président socialiste français en Afrique, géographiquement, au carrefour de la Françafrique, ce vaste carré subsaharien où la France a tissé une véritable toile de bases militaires pour, évidemment, et malgré le corps défendant de ses présidents, y compris François Hollande, protéger et nourrir ses propres intérêts, le ministre français de la guerre a expliqué à ses concitoyens que la menace terroriste “fait partie des nouvelles menaces auxquelles nous sommes confrontés dans la durée, autrement dit, il faut s’en prémunir”.

Bien interprétée, cette assertion signifie que la France est bien partie pour un long conflit dans la région. La noria de soldats et de matériels qui débarquent à Bamako est assez

explicite.

Paris sollicite l’aide européenne et américaine

La cadence est telle que Paris a sollicité l’aide logistique des Européens. Seulement l’“Europe de la Défense” n’est pas prête de naître.

Seul Londres, le moins européen au sein de l’UE, a répondu aux sollicitations de François Hollande. Cameron, le Premier Ministre britannique a mis à la disposition de la France un avion de transport de troupes et pour une semaine ! Washington vient de se dire disposé à partager les renseignements, on le voit, il n’est pas encore question pour Obama d’envoyer ses drones. Or, sur le théâtre des opérations qui s’est élargi à tout le nord du Mali, les militaires français ont reçu pour instruction de progresser pour résorber les dernières poches de résistance des islamistes dans le centre du pays puis d’éradiquer leurs bases plus au Nord jusqu’aux frontières avec la Mauritanie, l’Algérie et le Niger.

Les avions de chasse française et leurs hélicoptères d’appui sont à l’œuvre, frappant les véhicules des jihadistes qui se dispersent dans la nature. Dans le même temps, des éléments des forces spéciales françaises “aident” l’armée malienne pas encore remise de sa déconfiture face aux jihadistes depuis le printemps 2012, à nettoyer les villages, hameaux et villes libérés.

Cette information a été diffusée par des sources militaires maliennes, qui avaient annoncé deux jours après l’offensive des Français, une centaine de morts dans le camp terroriste. Certainement que la France va incessamment déployer des troupes sur la ligne de front, sinon pourquoi ces soldats qui ont débarqué à Bamako ? Le ministre de la Défense française a beau raconter que c’est pour protéger les six mille ressortissants nationaux, personne n’est dupe à Bamako.

La campagne militaire sera plus longue que prévue

La campagne militaire sera plus longue que prévue et pour l’opposition malienne, des fantassins, c’est aussi “un gage de soutien au président par intérim Dioncounda Traoré”, qui avait sollicité l’aide militaire de Paris.

François Hollande et ses ministres de la guerre et des Affaires étrangères se relaient pour rappeler que l’opération Serval durera “le temps nécessaire”, pressant leurs partenaires ouest-africains et occidentaux de se joindre au plus vite à “la bataille contre le terrorisme”. La plupart des capitales de la Cédéao ont fini par saluer l’intervention française et ont commencé à envoyer à Bamako des bataillons pour former l’armée africaine qui a reçu le mandat onusien pour chasser les islamistes du Mali.

Il est, cependant, à se demander si la feuille de route assignée à la Cédéao n’était pas aujourd’hui complètement dépassée par la précipitation de la France à ne pas donner sa chance à la voie politique ? Pour revenir à la menace terroriste, des experts français doutent de l’imminence d’attaques sur le sol français. “Monter des actions de représailles terroristes en France serait l’idéal pour eux, mais je ne crois pas qu’ils en aient les moyens pour le moment”, a ainsi déclaré à l’AFP Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Un avis partagé par Louis Caprioli qui a été, de 1998 à 2004, le sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST, devenue aujourd’hui DCRI).

“Aqmi a la volonté de frapper en France depuis des années mais je ne pense pas qu’ils aient les structures opérationnelles pour cela”, dit-il. La menace pèserait, en revanche, davantage sur les otages français et les intérêts français, notamment au Maghreb et dans les pays du Sahel, souligne Dominique Thomas. “Mais la menace intérieure n’est pas sous-estimée pour autant par d’autres spécialistes des mouvements terroristes”, affirme le spécialiste de l’Islam, Mathieu Guidère.

La France cible prioritaire

des djihadistes

“La France est le seul pays occidental qui fait la guerre contre le terrorisme aujourd’hui, ce qui nous place en cible prioritaire pour les djihadistes” pour avertir qu’“il y a sur le territoire national des gens qui ont été formés, qui ont suivi des stages d’entraînement terroriste notamment en Syrie et qui pourraient voir dans l’intervention française au Mali un prétexte pour passer à l’action, à court ou moyen terme”, préviennent également d’autres experts en terrorisme islamiste, qui voient dans les menaces d’Aqmi une sorte de blanc-seing

pour les cellules dormantes en France et ailleurs, les invitant a faire quelque chose.

“Où que vous soyez, faites-le”. Et c’est cela qui est dangereux pour les agents de la lutte antiterroriste qui, eux, redoutent des représailles sur le sol français, contre les expatriés et plus encore contre les Français détenus dans le Sahel. Vivement d’autres renforts étrangers, prie François Hollande pour échapper au tête-à-tête avec les islamistes ans lequel l’a placé sa guerre dans le nord-Mali.

D. B