Arômes et autres concentrés interdits d’importation : menace sur la filière boissons

Arômes et autres concentrés interdits d’importation : menace sur la filière boissons

Ce sont des centaines de milliers d’emplois qui risquent de disparaître avec la mise en faillite des sociétés pour cause de manque, voire d’absence totale de matière première.

Dans la liste de produits soumis à une suspension provisoire à l’importation figurent en bonne place les arômes, bois, produits plastiques finis  ou semi-finis et autres concentrés. Rendue publique, mardi dernier, sur le site du ministère du Commerce, cette décision en a surpris plus d’un, suscitant des interrogations et inquiétudes, notamment auprès des producteurs de boissons et boissons lactées. L’Association des producteurs algériens de boissons (Apab) aurait même attiré l’attention des pouvoirs publics sur l’incidence d’une pareille décision sur la filière qui pourrait sérieusement en pâtir, mais sans trouver, visiblement, une oreille attentive.

“Dans le secteur industriel, c’est la seule filière où 98% de la consommation locale vient de la production nationale”, nous a indiqué, hier, un des producteurs nationaux pour illustrer “l’absurdité de recourir à de telles dispositions incensées”. “Veut-on condamner la production locale au moment où l’on appelle à préserver le tissu économique et consommer made in bladi ?”, poursuit notre interlocuteur, affirmant qu’“il est impossible de remplacer certaines matières premières pour la simple raison qu’elles n’ont pas d’équivalent en Algérie”. L’Apab aurait, justement, porté cette préoccupation aux décideurs lors d’une réunion, tenue le 26 décembre dernier, avec le ministère du Commerce pris en charge par Mohamed Benmeradi, et serait en attente d’une réponse.

“C’est une grave menace qui pèse sur la filière car un grand nombre de producteurs vont mettre la clé sous le paillasson et ce sont des centaines de milliers d’emplois directs et indirects qui vont en faire les frais”, ont déploré nos interlocuteurs qui s’interrogent sur le sort “des prêts bancaires contractés, des investissements consentis (lignes de productions), ainsi que de la relation de travail qui les lie aux partenaires”. C’est donc tout un environnement économique qui se retrouve affecté par ses décisions pour le moins “non réfléchies” qui feront probablement l’objet de révision comme cela a été le cas pour bien d’autres.

Il est à se demander pour quelles raisons le gouvernement fait-il cavalier seul lorsqu’il s’agit de “pondre” des lois qui, en général, vont à l’encontre de toute logique économique et, de surcroît, en total déphasage avec la réalité du terrain ? C’est que cela arrive au moment même où l’Algérie traverse une crise et devrait réunir toutes les bonnes volontés pour une meilleure synergie, surtout que les options ne sont pas nombreuses. L’Algerie devrait plus que jamais compter sur ses compétences et les gens du terrain qui ne demandent qu’à être associés aux débats et constituer une force de proposition.

“Nous pouvons comprendre que les pouvoirs publics s’adonnent à une lutte implacable aux produits finis qui ne sont à l’origine d’aucune richesse pour le pays, mais il faut faire un tri lorsqu’il s’agit de bloquer des produits, et non pas interdire à tout-va, alors que tout ce quil nous vient de l’extérieur n’est pas forcement mauvais”, insistent les producteurs. “C’est bien grâce à l’importation de certains produits qui nous sont indispensables dans la confection que nous pouvons, non seulement de répondre à la consommation locale et de bonne qualité, mais aussi nous permettre d’exporter, comme c’est le cas actuellement, puisque nous répondons aux standards internationaux”, ont soutenu nos interlocuteurs, qui finissent sur une note optimiste : “Il est vrai qu’il faut œuvrer pour combler certaines lacunes, et le temps ne nous permet pas de nous attarder et, dans la foulée, nous pouvons commettre des erreurs, mais rien n’est fatal pour peu que nous les corrigions très vite.”

Nabila Saïdoun