Arnaques en ligne en Algérie : une hausse inquiétante des cas signalés

Arnaques en ligne en Algérie : une hausse inquiétante des cas signalés
se – 2026-04-11T150434.409

Les plateformes numériques sont devenues le terrain de chasse favori des arnaqueurs. Des dizaines de victimes se présentent chaque jour dans les commissariats à travers le pays, après avoir été dépouillées de sommes parfois considérables par des individus qu’elles n’ont jamais rencontrés.Portrait d’un fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Il suffit d’une annonce alléchante, d’un profil Facebook soigneusement construit et d’une mise en confiance progressive pour faire basculer une transaction commerciale banale en cauchemar financier.

L’arnaque en ligne, ou ce que les spécialistes appellent la « cybercriminalité à caractère économique », est devenue l’une des formes de délinquance les plus répandues en Algérie.

Et contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas uniquement les personnes âgées ou peu instruites qui en sont victimes.

Commerçants, artisans, chefs d’entreprise, femmes au foyer, jeunes entrepreneurs : tout le monde peut tomber dans le piège, pour peu que l’escroc ait bien fait son travail.

Arnaques en ligne : des chiffres qui donnent le vertige

Les services de la police judiciaire spécialisée dans la cybercriminalité enregistrent, chaque jour et dans chaque wilaya du pays, des dizaines de plaintes liées à des escroqueries en ligne.

Les montants détournés varient de quelques milliers de dinars à plusieurs millions de centimes, voire davantage dans les cas impliquant des professionnels ou des commerçants en quête de marchandises en gros.

Les statistiques officielles confirment l’ampleur du désastre. Selon la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), qui s’est exprimée lors d’une conférence de presse consacrée à son bilan annuel, l’Algérie a enregistré pas moins de 13 204 affaires de cybercriminalité en 2025, impliquant 7 815 individus.

Un chiffre vertigineux, en nette progression par rapport aux années précédentes, alors que la Gendarmerie nationale faisait déjà état de plus de 2 700 affaires sur les dix premiers mois de l’année 2024 uniquement).

Autre donnée révélatrice : selon les enquêtes menées par les forces de sécurité, plus de 65 % des victimes ont entre 18 et 35 ans, et seulement 15 % des cas font l’objet d’un dépôt de plainte officielle. Plus de 51 % des arnaques ont lieu sur internet, via des plateformes populaires c ou les réseaux sociaux.

Ce dernier chiffre est particulièrement alarmant : il signifie que l’écrasante majorité des victimes préfèrent encaisser leur perte en silence, offrant ainsi une totale impunité aux escrocs.

Malgré les opérations régulières menées par les forces de sécurité qui procèdent périodiquement à l’arrestation de ces réseaux et publient les photos des mis en cause pour alerter l’opinion publique le phénomène ne montre aucun signe d’essoufflement. Bien au contraire, il se sophistique, se diversifie et s’adapte avec une agilité déconcertante à chaque nouveau contexte.

🟢 A LIRE AUSSI : Alerte fraude : une nouvelle arnaque en ligne circule sous le nom d’Algérie Poste

La loi existe, encore faut-il oser porter plainte

Sur le plan juridique, les arnaques en ligne sont bel et bien punies par la législation algérienne. Maître Ibrahim Bahloul, avocat au barreau d’Alger, est formel dans sa déclaration : la loi incrimine toutes les formes de tromperie, y compris celles réalisées via des supports numériques.

Il précise cependant que la difficulté principale réside dans l’identification des auteurs et dans la collecte des preuves numériques, qui requièrent des compétences techniques spécifiques et des moyens d’investigation adaptés.

Il invite les victimes à conserver absolument toutes les preuves disponibles : captures d’écran des conversations, numéros de téléphone utilisés, références des transferts bancaires ou postaux. Et il conclut sur une mise en garde sans équivoque : le silence des victimes est le meilleur allié des escrocs.

Chaque plainte non déposée est une opportunité supplémentaire offerte à ces individus de continuer à sévir.

Ce constat est d’autant plus préoccupant que les autorités ont lancé en 2025 une campagne nationale de sensibilisation baptisée « Soyez vigilants, le fraudeur attend l’opportunité », portée par le ministère des Postes et des Télécommunications, avec des spots télévisés, des messages radio, des dépliants informatifs, la mise à jour de l’application Baridi Mob, la création d’une plateforme de signalement en ligne et l’instauration d’un numéro vert dédié, le 3000 .

Arnaques en ligne : les bons réflexes pour éviter le piège

Chaque jour, des milliers de personnes tombent dans le piège des escroqueries sur internet. Pourtant, quelques réflexes simples suffisent souvent à les éviter. Les escrocs misent sur la rapidité et la peur pour tromper leurs victimes : prendre le temps de réfléchir reste donc la meilleure protection.

Face à l’ingéniosité des fraudeurs, la vigilance reste l’arme la plus efficace. Pour ne pas gonfler les statistiques de la cybercriminalité, voici les règles d’or à adopter avant chaque transaction :

Méfiez-vous des offres « trop belles pour être vraies ». Un prix dérisoire pour un smartphone dernier cri ou une marchandise de gros est souvent l’appât principal. Comparez toujours les prix du marché.

Il faut aussi penser à vérifier l’identité et la réputation du vendeur. Sur les réseaux sociaux, un compte créé très récemment, avec peu d’amis ou des avis trop élogieux (et souvent similaires), doit vous alerter. Privilégiez les vendeurs ayant un historique vérifiable.

Protéger vos données personnelles est aussi trés important. En effet, ne communiquez jamais vos codes secrets, vos mots de passe ou vos informations bancaires par message, même si l’interlocuteur prétend travailler pour une institution officielle.

L’ampleur du phénomène en Algérie montre que la lutte contre la cybercriminalité n’est pas uniquement l’affaire des services de sécurité. Elle repose sur un changement de culture numérique. Comme le soulignent les experts, l’impunité dont jouissent certains réseaux repose sur la honte ou la résignation des victimes.

Sortir du silence en signalant chaque tentative, même avortée, est le seul moyen de cartographier ces réseaux et de tarir leur source de revenus. Dans cette jungle numérique, votre prudence est votre meilleure protection, mais votre dénonciation est l’arme qui protégera les autres.