De Cahors jusqu’en Algérie, un business de famille parfaitement huilé. Pendant des mois, les quartiers de Sainte-Valérie et de Terre-Rouge à Cahors, en France, ont vibré au rythme d’un trafic de stupéfiants solidement structuré. Fin de cavale pour ce réseau familial : suite à une enquête minutieuse, huit prévenus — dont trois frères — viennent d’être condamnés par la justice.
Huit prévenus face à leurs juges, réunis par une même affaire : le démantèlement d’un trafic de drogue qui s’était installé au cœur des quartiers de Terre-Rouge et Sainte-Valérie, à Cahors. Après des mois de surveillance policière, l’audience a fini par lever le voile sur les secrets de ce réseau, révélant une organisation strictement familiale.
La tête du réseau repose sur trois hommes. Le premier, Tariq (né en Algérie en 1995), dissimulait ses activités derrière un statut d’auto-entrepreneur en fruits et légumes. En réalité, les caméras de surveillance le montrent en plein travail de gestionnaire à Sainte-Valérie : distribution de liasses de billets, conseils de vente à une complice et stockage des recettes… dans son réfrigérateur.
À Terre-Rouge, c’est son beau-frère Bilal (né en 1987) qui gérait les affaires courantes. Ses allers-retours incessants, ses contacts avec les revendeurs de rue et la drogue retrouvée dans sa voiture ont rapidement trahi son rôle de pivot. Pour compléter ce trio, Sofiane (né en 2002), le jeune frère de Tariq, gérait la logistique : ramassage du cash et trajets nocturnes vers Toulouse pour approvisionner les stocks.
Une famille impliquée dans l’un des plus gros trafics de drogue à Cahors
Car l’entreprise criminelle dépasse largement le cercle des frères. D’un côté, il y a Sami, le plus jeune, sans antécédents, impliqué dans les convois. Le GPS ne ment pas : 33 trajets de nuit vers Toulouse, des excès de vitesse à 170 km/h. Pourtant, le jeune homme persiste dans le déni, évoquant des sorties poker ou des envies de restaurants nocturnes, allant jusqu’à rejeter l’évidence de ses propres écoutes téléphoniques.
De l’autre côté, il y a Abdel, profil plus endurci par cinq condamnations antérieures. Lui n’a pas cherché d’excuses. Il a avoué être la « nourrice » du réseau : il gardait et préparait les stupéfiants à l’abri chez lui, pour un forfait de 500 euros par semaine.
Tout en bas de l’échelle s’activent les « petites mains », selon l’expression de la procureure lors de l’audience du vendredi 5 juin. Il y a d’abord Nabil, 52 ans, qui supporte très mal sa détention provisoire à Carcassonne ; lui a choisi la transparence en avouant avoir blanchi de l’argent pour le compte de Tariq et Bilal, conscient de l’origine sale des 30 000 euros saisis chez lui. Vient ensuite le tour d’Ibrahim, un retraité de 70 ans. La police a retrouvé de la drogue et du cash dissimulés à trois endroits de son domicile. Sa défense ? Pour le moins créative : il jure avoir perdu ses clés et retrouvé sa maison « grande ouverte » à son retour d’Algérie.
Argent envolé vers l’Algérie
Enfin, Sarah, 33 ans, ex-compagne de Bilal et sœur des têtes du réseau, choisit l’audace. Pour justifier son train de vie luxueux et ses achats de voitures ou de smartphones dernier cri réglés exclusivement en espèces, elle avance une excuse lunaire : elle serait incapable d’utiliser une carte bancaire.
Le business était particulièrement rentable. Alimenté par 300 clients hebdomadaires, chaque point de vente rapportait plusieurs centaines d’euros au quotidien. Les profits étaient ensuite convertis en virements transfrontaliers pour atterrir en Algérie, via un système bien rodé de prête-noms.
Un schéma « familial et transnational » dénoncé par la procureure, qui a rappelé qu’un « donneur d’ordres tirait les ficelles depuis l’Algérie ». À l’heure du verdict, la justice a frappé fort : tous les prévenus ont écopé de condamnations, sauf Sarah, qui a été relaxée.
À LIRE AUSSI :
