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Guerre d’Algérie : ces archives sensibles que le secret-défense français maintient sous clé

Guerre d’Algérie : ces archives sensibles que le secret-défense français maintient sous clé
Près de 65 ans après l’indépendance de l’Algérie, des archives sensibles de la guerre restent verrouillées en France. Une enquête du Monde révèle les obstacles auxquels se heurtent les historiens qui tentent de faire la lumière sur les opérations secrètes de l’armée française.
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Jusqu’où la France ira-t-elle pour protéger ses secrets ? Une enquête publiée par Le Monde met en lumière le combat à huis clos mené par les « vigies du secret d’État » pour bloquer l’accès aux archives de la guerre d’Algérie. Au cœur du scandale, les sanctions inédites visant un officier issu de Saint-Cyr, sanctionné pour avoir consulté des documents classifiés sur les opérations souterraines menées entre 1959 et 1962 en Algérie. Une affaire d’État qui scandalise les historiens et confirme le tournant sécuritaire pris par l’administration sur les dossiers historiques sensibles.

Un constat qui éclaire l’impasse actuelle : près de 65 ans après l’indépendance, les blocages persistent au sein d’une partie de l’appareil politique et administratif français. En refusant d’ouvrir les cartons sur les exactions et les crimes de l’armée coloniale, cet activisme du secret étouffe le dossier de la restitution des archives et paralyse purement et simplement les travaux de la commission mixte d’historiens.

Dans son enquête, le journal Le Monde rappelle l’affaire Choron : le 20 novembre 2019, le commandant Romain Choron, chef du département d’histoire militaire à l’Académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan, a été surpris par une perquisition de la DGSI à son bureau ainsi qu’à ses domiciles. Accusé de compromission du secret de la défense nationale, l’officier a assisté à la saisie de l’ensemble de son matériel informatique et de ses documents de recherche.

Saint-Cyrien et docteur en histoire, Romain Choron menait depuis 2015 des travaux sur l’usage d’armes chimiques et de gaz par l’armée française pour neutraliser les Algériens dissimulés dans des réseaux de grottes entre 1954 et 1962. Ses fonctions initiales au Service historique de la défense lui permettaient alors d’accéder facilement aux fonds documentaires.

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Sanctionné pour avoir cherché la vérité : le scandale de l’affaire Choron

Cet officier formé à Saint-Cyr consacrait ses travaux de recherche à un sujet tabou : l’usage d’armes chimiques par l’armée française contre les réseaux de grottes de l’ALN — la fameuse « guerre souterraine ». C’est en 2019 que le piège s’est refermé sur le chercheur militaire, lorsqu’il a transmis à sa hiérarchie une note de synthèse sur l’avancée de ses travaux.

L’affaire prend immédiatement une tournure d’État. Alerté pour « compromission du secret défense », le bureau du Premier ministre saisit la DGSI, ouvrant la voie à une perquisition judiciaire. Il est officiellement reproché à l’officier d’avoir accédé à des documents confidentiels et de ne pas avoir demandé la classification de son propre travail de recherche.

Romain Choron est loin d’être un cas isolé. Selon le même média, un autre historien, Christophe Lafaye, se heurte lui aussi à d’importants blocages dans ses travaux sur l’usage des armes chimiques par l’armée française en Algérie.

Transparence contre secret d’État : la bataille autour des archives d’Algérie

Comme le souligne Le Monde, ces affaires s’inscrivent dans une décrispation mémorielle au long cours qui dure depuis vingt ans. Face à la vague de révélations amorcée au début des années 2000, « les gardiens ombrageux du secret d’État ont peaufiné la riposte », organisant la rétention des documents les plus brûlants.

C’est sous le mandat d’Emmanuel Macron que cette guerre des nerfs mémorielle a atteint son paroxysme. Le quotidien souligne comment la promesse présidentielle d’ouvrir les archives sur les disparus — dans le sillage de la reconnaissance de l’affaire Maurice Audin en septembre 2018 — a agi comme un déclencheur.

Alors que l’Élysée prônait la transparence, l’appareil d’État réagissait immédiatement en verrouillant l’accès aux documents estampillés « secret-défense », précipitant ainsi les déboires de l’officier-historien Romain Choron.

Dès juillet 2019, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), rattaché au Premier ministre, ordonne aux services d’archives d’appliquer « à la lettre » une instruction interministérielle de 2011 sur le secret-défense. Objectif : mettre fin à une décennie d’une souplesse jugée excessive, où la déclassification se faisait globalement « au carton », pour imposer désormais un contrôle rigoureux « au feuillet », document par document.

« Les vigies du secret d’État reviennent par la fenêtre »

En juillet 2021, le Conseil d’État annule la note ministérielle et rétablit le Code du patrimoine de 2008, réaffirmant la communicabilité automatique des archives publiques une fois leurs délais légaux expirés.

Chassés par la porte, « les vigies du secret d’État » sont rapidement revenues par la fenêtre. Dès le mois de juillet 2021, l’adoption de la loi relative à la prévention des actes de terrorisme et au renseignement (PATR) est venue réimposer un verrouillage strict. Ce texte interdit la communication de plusieurs catégories de documents jugés sensibles — des infrastructures critiques (nucléaires, pénitentiaires, hydrauliques) aux matériels de guerre, en passant par la dissuasion nucléaire et les « techniques de renseignement ».

Une disposition redoutable pour la recherche historique : faire la lumière sur la disparition de militants du Front de libération nationale (FLN) risque désormais d’être assimilé à la divulgation de méthodes d’infiltration ou de renseignement d’époque.

Au cœur de cette offensive sécuritaire, la bureaucratie applique désormais à la lettre un verrou du Code du patrimoine. Introduit en 2008, ce principe rend perpétuellement incommunicables les archives relatives aux armements NRBC (nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques). Derrière l’argument respectable de la sécurité globale se cache une arrière-pensée évidente : paralyser les travaux des historiens sur des pratiques de guerre hautement litigieuses, comme le recours méthodique par l’armée française à des armes chimiques interdites dans la guerre d’Algérie.

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RA

Rima Aissanou

Rima Aissanou - Journaliste – Diaspora, tourisme et voyages

Rima Aissanou est journaliste au sein de la rédaction d'Algerie360, spécialisée dans les thématiques liées à la diaspora algérienne, au tourisme et aux voyages.

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