Après plus de dix ans de mystère : la carabine du colonel Amirouche refait surface, on vous dit tout

Après plus de dix ans de mystère : la carabine du colonel Amirouche refait surface, on vous dit tout
Carabine de Amirouche

C’est une pièce d’histoire que l’on croyait perdue dans les méandres des « souvenirs » de guerre. L’arme de combat du colonel Amirouche, chef historique de la Wilaya III, avec laquelle il a livré son ultime baroud le 28 mars 1959, a été localisée. Elle repose aujourd’hui dans les réserves du musée des Troupes de Marine à Fréjus, au sud de la France.

Les objets ayant appartenu aux grandes figures de la Révolution algérienne ne sont pas de simples pièces de collection. Ils sont les derniers témoins silencieux d’une tragédie collective. Dans le cas d’Amirouche, retrouver sa carabine, c’est réduire l’écart entre le mythe héroïsé et la réalité brute du combat.

Les derniers instants du « Lion de la Soummam »

Mars 1959. Le colonel Amirouche fait route vers la Tunisie pour rencontrer le GPRA. Accompagné du colonel Si El Haouès, il est intercepté au Djebel Tsameur par 2 000 soldats français. Le récit des survivants et des parachutistes du 6e R.P.I.Ma permet de reconstituer précisément sa silhouette lors de ce dernier accrochage : il porte un treillis camouflé, une casquette de parachutiste et un pistolet Luger. Mais son arme de prédilection reste sa carabine américaine US M1A1, légère, maniable, dotée d’une crosse pliable idéale pour la guérilla.

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Acculé dans un ravin en fin d’après-midi, Amirouche sait que l’issue sera fatale. Dans un dernier geste de chef, il confie ses épaulettes à un subordonné pour éviter que son corps ne soit exhibé comme un trophée identifiable. Il tombe sous les grenades et les balles du commando 21 Ter, sans que les Français ne sachent immédiatement qu’ils viennent d’abattre l’un des piliers de la révolution.

Un « trophée de guerre » devenu objet de musée

Dans l’euphorie de la victoire, le corps est fouillé. Le lieutenant B. s’empare de la montre-bracelet, un autre du ceinturon. La carabine M1A1, elle, est remise au colonel Ducasse. Elle devient un « trophée de guerre ». Pendant des décennies, l’arme est exposée dans la salle d’honneur du Château-Neuf à Bayonne, au sein de la Brigade des parachutistes d’infanterie de marine.

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En 1998, lors de la dissolution du 6e R.P.I.Ma, la carabine est transférée au musée des Troupes de Marine de Fréjus. Aujourd’hui, elle n’est plus exposée. Elle dort dans l’ombre des réserves, loin des regards, chargée d’une tension symbolique que le temps n’a pas affaiblie.

Vers une restitution ?

La localisation de cette arme n’est pas restée sans écho. Informé de sa présence à Fréjus, Nordine Aït Hamouda, fils du colonel et président de la fondation éponyme, a manifesté son intention d’engager des démarches officielles pour obtenir son transfert vers un musée algérien.

À l’heure où la France et l’Algérie tentent de construire une mémoire apaisée, la restitution de cet objet hautement symbolique pourrait constituer un geste fort. Pour que la carabine d’Amirouche quitte enfin les réserves de l’ancienne puissance coloniale pour rejoindre la terre pour laquelle son propriétaire s’est sacrifié.

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