Déploiement de l’ANP au Niger : Alger démonte la sortie du porte-parole européen

Aucune note verbale, aucune requête écrite, aucun échange diplomatique. C’est en ces termes que l’Agence presse service (APS) a balayé, ce week-end, les propos attribués à un responsable se présentant comme porte-parole de l’Union européenne. Celui-ci affirmait que Bruxelles cherchait à en savoir davantage sur la portée, les finalités et le fondement juridique du déploiement de l’ANP au Niger. En effet, ce déploiement a été engagé dans le cadre d’un mémorandum d’entente militaire signé entre Alger et Niamey.
Selon des sources autorisées citées par l’APS, rien de tel n’a jamais été entrepris auprès des autorités algériennes. La précision n’est pas anodine : elle renverse entièrement la lecture que certains ont voulu donner de cette sortie médiatique.
Le démenti algérien sur le déploiement de l’ANP au Niger est catégorique
« Des sources autorisées nous ont confirmé qu’aucune démarche de cette nature n’avait été entreprise auprès des autorités algériennes. Aucune demande de clarification, aucune sollicitation officielle, aucun échange diplomatique correspondant aux propos de ce prétendu porte-parole n’a eu lieu », écrit l’APS. Et si une telle initiative avait vu le jour, la réponse aurait été un refus net. En effet, l’Algérie y voyait une ingérence caractérisée dans les choix souverains d’un État indépendant.
« Mais en quelle qualité exacte cet individu s’est-il exprimé ? Au nom de qui parlait-il ? Sur quelle base institutionnelle a-t-il pu attribuer à l’Union Européenne des démarches que celle-ci n’a manifestement jamais entreprises auprès d’Alger ? Pourquoi évoquer des demandes de précisions inexistantes et laisser ainsi entendre que les institutions européennes chercheraient à obtenir des explications de l’Algérie sur sa coopération sécuritaire avec le Niger ? », s’interroge le média étatique.
Ce dernier insiste sur un détail révélateur. Le texte lu lors du point de presse avait été préparé à l’avance, en réponse à une question formulée par un journaliste français. Il s’agit d’une mise en scène soigneusement agencée. Celle-ci est bien loin d’un échange spontané entre un reporter et une institution. Par conséquent, le débat sur les éclaircissements réclamés à propos de l’ANP au Niger avait déjà suscité de vives réactions au sein de la classe politique algérienne.
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Le Sahel reste la blessure stratégique que Paris n’a pas refermée
Pour saisir l’enchaînement, l’Agence presse service invite à relire la carte régionale. L’influence française s’est érodée au Sahel de manière spectaculaire. De plus, les bouleversements politiques survenus dans plusieurs capitales ont fissuré des équilibres hérités d’une époque. En effet, à cette époque, Paris pesait lourdement sur une partie du continent.
« Cette évolution traduit une volonté croissante des pays africains de reprendre en main leurs choix stratégiques et de définir eux-mêmes les partenariats correspondant à leurs intérêts. Or, l'Algérie, en raison de sa position géographique et de son expérience sécuritaire, demeure un acteur majeur de cette recomposition. L’Algérie joue aussi ce rôle grâce à ses relations historiques avec les pays de la région », lit-on.
La coopération algéro-nigérienne ne concerne qu’Alger et Niamey
L’envoi d’unités militaires algériennes au Niger répond à une sollicitation des autorités nigériennes, dans le cadre d’un accord bilatéral. L’APS le martèle : « L’envoi d’unités algériennes au Niger, à la demande des autorités nigériennes et dans le cadre d’un accord bilatéral, relève des relations souveraines entre deux Etats. L’Algérie et le Niger partagent des frontières, des intérêts sécuritaires et des préoccupations stratégiques immédiates ».
Et d’ajouter : « Ils sont directement exposés aux menaces qui traversent le Sahel. Ils n’ont attendu ni les recommandations de Bruxelles ni les appréciations de Paris pour mesurer les dangers qui pèsent sur leur environnement commun ».
Les relations entre l’Algérie et l’UE traversent une zone de turbulences
L’épisode survient dans un climat déjà tendu. Les rapports entre Alger et l’Union européenne se sont affaiblis sous l’effet de plusieurs contentieux, notamment les restrictions commerciales visant les produits algériens et le blocage persistant du Conseil d’association. De plus, l’agence attribue à l’activisme français une part de cette dégradation.
« L’Union Européenne doit faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles cette communication a été préparée et sur les éléments ayant permis d’évoquer des démarches qui n’ont jamais existé. Elle doit également veiller à ce que ses institutions ne deviennent pas, une nouvelle fois, les instruments de contentieux bilatéraux », souligne l’APS.
Et enfin de conclure : « L’Algérie poursuivra, pour sa part, ses relations avec ses partenaires sur la base de ses intérêts nationaux, de ses engagements et de ses principes. Elle n’a aucune justification à fournir à ceux qui cherchent politiser ses initiatives régionales. Car, au-delà de cette déclaration et de son caractère pour le moins contestable, une réalité demeure : l’indépendance algérienne n’est pas un sujet de discussion, la souveraineté nationale n’est pas une concession diplomatique et la coopération avec les pays voisins n’est pas une faveur accordée par une quelconque puissance extérieure ».
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