Anarchie dans les marchés du Mouton de l’Aid El Adha Le marché informel a quatre pattes

Anarchie dans les marchés du Mouton de l’Aid El Adha Le marché informel a quatre pattes

mouton.jpgLes quelques jours qui précèdent l’Aïd el Adha, prévu le 26 du mois en cours, auront été marqués par la prolifération impressionnante des marchés informels de bétail. Bien que la wilaya d’Alger ait désigné 110 points de vente à travers 43 communes, entre autres, des communes de Birtouta, Bachdjerrah, Dar El-Beïda, les Eucalyptus, El Harrach, Khraïssia, Staouéli, d’autres points de vente informels ont poussé comme des champignons, encore une fois cette année, pour la commercialisation des béliers.

Des dizaines de milliers de bêtes ont été, effectivement, livrées vers la capitale à travers non seulement, les marchés mis à la disposition des maquignons mais également un nombre important de points de vente improvisés par-ci et par-là pour cette même activité commerciale.

Les commerçants, dont une grande partie s’avère être des revendeurs saisonniers n’ont pas été dissuadés par l’arrété wilayal diffusé, récemment, par la wilaya d’Alger, interdisant la vente informelle des moutons. Ils n’ont pas hésité à squatter les moindres petits espaces pour y exposer leurs bestiaux. Les trottoirs, les parkings ouverts, les garages des maisons et de nombreux locaux commerciaux ont été convertis en points de ventes de moutons.

Dans la localité de Staouéli, à l’ouest d’Alger, des garages de mécanique auto ont été convertis, également, en étables. Cette prolifération impréssionnante de ces marchés anarchique ne semble pourtant pas interpeller les autorités, qui se sont, paradoxalement au constat réel, lancé à la traque des marchés informels. Ainsi, la capitale est travestie en une étable géante où seuls les commerçants dictent leur loi.

Les quartiers populaires, à l’image de Bab El-Oued, Hussein Dey, Bachdjerrah, et autres, se retrouvent complètement envahis par les béliers et des quantités de bottes de foin, entravant la circulation des piétons et des véhicules. Même les quartier dits «chics», tels que Hydra et Dely Ibrahim, n’échappent, malheureusement pas à ce phénomène grandissant.

En parallèle, de nombreux saisonniers ont squatté ce qui reste des espaces de vente pour y étaler leurs bottes de foin et des quantités de charbon.

Les routes se retrouvent complètement fermées à la circulation à cause des véhicules des acheteurs qui bloquent les passages au vu et au su de tous. Une telle anarchie ne semble, cependant, pas déranger les responsables chargés de l’organisation des marchés populaires. La prolifération du phénomène témoigne, en fait, de la parfaite démission des services concernés de la mission qui leur a été confirée.

Contrairement à ce que stipule la règlementation, certains maquignons saisonniers ont affirmé que les autorités locales leurs ont prêté, à titre gracieux, les parkings publics pour vendre leur bétail. D’autres jeunes revendeurs ont affirmé que les autorités ne veulent pas s’opposer à ce genre d’activité afin d’éviter toute confrontation avec les populations.

Soit, le mouton est devenu en l’espace de quelques jours, le principal occupant de la capitale.

Par ailleurs, il faut dire que les conditions d’entretien des moutons laissent souvent à désirer. Aucune hygiène n’est garantie aux bestiaux, souvent abandonnés dans les étables improvisées sans nourriture ni hydratation, les visites sanitaires des services vétérinaires demeurent, aussi, improbables.

Car, faut-il le noter, les visites de contrôle du bétail sont généralement effectuées au niveau des marchés reglementés seulement. Le reste des points de vente, informels, n’étant même pas recensés, ne font pas partie, malheureusement, de l’organigramme consacré au contrôle sanitaire. Par ailleurs, rares sont les revendeurs qui présentent les documents vétérinaires certifiant la bonne santé de cette bête sacrée, ce qui représente une menace pour la santé des consommateurs.

Il faut reconnaître, enfin, que ce genre de situation, depuis quelques années déjà, fait bien partie du décor algérois. Sans cela, nous aura confié un des consommateurs rencontré sur un point de vente, l’Aïd El-Adha perdrait de son charme et de son ambiance. Manifestement, les Algériens ont eu tout le temps pour s’y faire et prendre goût à l’anarchie lors de ce genre de fètes religieuses.

Hanane Essaissi