«Jamais, de mémoire de Barkisien, sans jeu de mot, la cité n’a été aussi propre», dira un habitant qui n’a pas reconnu son quartier El Barki, en sortant le matin pour aller à son travail.
En effet, dira-t-il, «La police était sur place et assistait des ouvriers à nettoyer les lieux, réglait la circulation à la sortie de l’artère principale, à hauteur de la station d’essence, et des travaux à grande eau avaient lieu.
Le marché que nous n’avons pas cessé de dénoncer, avait subitement disparu, malheur à celui qui oserait placer une table ou un étal. Quant aux clandestins qui faisaient partie du décor, ils avaient tout simplement disparu», dira H. Mohamed. «Au début, j’ai cru qu’il s’agissait d’une descente de police, j’ai été content, car j’ai appris par votre journal qu’une opération coup de poing avait été menée à hai Sabah, mais j’ai tout de suite compris que ce n’était pas le cas».
En effet, ce n’était pas le cas. Sur place, nous avons compris qu’El Barki était en train de subir une opération chirurgicale pour lui faire changer de physionomie, car le wali devrait y effectuer une visite aujourd’hui.
A tout seigneur tout honneur, certes, et recevoir le premier responsable de l’exécutif, est une chose qui mérite d’être fêtée, mais pas en trichant. Boudiaf a le droit d’être informé pour prendre les mesures nécessaires, en vue d’un développement local harmonieux. Faire un lifting qui a étonné les propres résidents, n’est pas la meilleure des manières d’aider le wali à prendre des décisions.
Faire ce qui a été fait pour préparer la venue de Boudiaf, c’est un peu comme donner des médicaments à un malade au moment de l’emmener voir un médecin. Le résultat ne peut en aucun cas être fiable et viable et le diagnostic ne peut être que faussé.
Hier, les étals avaient disparu, les taxis clandestins chassés, l’école repeinte, les trottoirs et l’axe principal ont été lavés et rincés, il ne restait plus qu’à les essorer pour faire disparaître les pièces à convictions des conditions de vie auxquelles sont confrontés les habitants. Pourquoi cette manière de faire ? Pense-t-on rendre service à celui qui vient inspecter et vérifier ce que nous dénonçons à longueur de colonnes, ou cherche-t-on à l’induire en erreur ?
Le même scénario est mis en scène quand le président de la République avait visité la ville : les sites qui se trouvaient sur l’itinéraire avaient brusquement changé, en bien, alors qu’à un jet de pierre, le vrai visage de la ville ne demandait qu’à recevoir un petit coup de balai. M. Boudiaf devrait faire une petite incursion à l’intérieur d’El Barki pour voir si le travail remarquable est le même, ou s’il y a contraste.
Les habitants étonnés et ravis que leur cité ressemble pour une fois, à un quartier de cette ville d’Oran qui aspire à un statut euro méditerranéen, affirment : «Soit nous sommes d’accord pour que l’on triche mais nous demandons deux choses, au choix. Soit le wali vient une fois par mois pour nous rendre visite, ce qui fera que les responsables feront le même travail, soit que cette opération soit reconduite automatiquement, ne serait-ce qu’une fois par bimestre».
D’autres ajouteront : «Revenez la semaine prochaine et vous verrez qu’il ne s’agit que d’une opération d’un jour». Un autre précisera : «Pourquoi attendre la semaine prochaine ? Revenez demain». Alors, opération d’un jour ou de toujours ? La réponse est chez le nouveau délégué du secteur urbain d’El Makkari dont dépend El Barki.
Hakim Djaziri