Trois ans après le meurtre d’Assia, son mari Lakhdar M., d’origine algérienne, comparaît à partir de ce lundi devant la cour d’assises de Paris. S’il reconnaît avoir étranglé puis découpé son épouse sur fond de dettes financières, le quinquagénaire nie fermement toute intention de donner la mort. Une ligne de défense pourtant fragilisée par plusieurs éléments accablants de l’enquête.
« J’ai mis mon coude autour de son cou, elle a crié, j’ai paniqué, j’ai serré et après (…) Je l’ai coupée », a-t-il déclaré. Face aux enquêteurs de la brigade criminelle, l’accusé s’était effondré en larmes, livrant le récit glaçant d’une dispute qui a définitivement basculé dans l’horreur.
Tout a commencé ce lundi 13 février 2023, à 15h05, par une effroyable découverte au cœur du parc des Buttes-Chaumont (19e arrondissement). Intrigué par un sac-poubelle noir dissimulé sous des branchages, un jardinier décide de l’ouvrir. À l’intérieur, la vision est d’horreur : un bassin de femme, encore vêtu d’un jean.
Très vite, les recherches se concentrent près de l’ancienne voie ferrée qui traverse le parc parisien. Les enquêteurs y découvrent d’autres restes humains, dont la tête de la victime. Malgré ces constatations macabres, le corps reste incomplet, une partie du cadavre demeurant introuvable.
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Le procès de Lakhdar M. s’ouvre ce lundi à Paris
C’est le point de départ d’une affaire criminelle hors norme, examinée à partir de ce lundi devant la cour d’assises de Paris. Dans le box des accusés : Lakhdar Matoug, 54 ans, renvoyé pour le meurtre de son épouse, Assia, 46 ans. En détention provisoire depuis trois ans, ce père de famille est accusé d’avoir étranglé puis démembré la mère de ses trois enfants. Si l’accusé s’accroche à sa ligne de défense et nie toute intention homicide, l’accusation et la partie civile comptent bien prouver le caractère délibéré de son acte au cours des débats.
Dès le lendemain de la macabre découverte, les enquêteurs font le lien avec la disparition d’Assia Matoug, signalée dix jours plus tôt par son mari. La piste d’une mauvaise rencontre est vite écartée face au comportement suspect de Lakhdar Matoug, qui rappelle de précédents féminicides.
Premier signal d’alarme : l’époux a attendu trois jours avant de signaler la disparition de sa femme, prétendument survenue le 31 janvier à Montreuil. Pendant ce délai, il orchestre une stratégie de dissimulation : appels dans le vide, visites sur son lieu de travail, alertes auprès de BFMTV et avis de recherche sur Facebook. Une mise en scène poussée jusqu’aux larmes devant ses enfants et la police à l’annonce du décès, avant que les enquêteurs ne démontent son scénario.
L’analyse de la vidéoprotection et de la téléphonie démonte rapidement les déclarations de Lakhdar Matoug. Les preuves révèlent qu’Assia n’a plus donné signe de vie après son retour à son domicile le 27 janvier, et que son téléphone a borné chez elle pour la dernière fois le 1er février. Plus accablant encore, avant même l’identification officielle du corps des Buttes-Chaumont, le suspect cherchait déjà sur Google : « Comment réagir en direct à BFMTV ? ».
Des témoignages inquiétants
L’enquête met en lumière une logistique suspecte : le 2 février, Lakhdar Matoug achète une meuleuse, des bâches et des sacs-poubelles, avant d’être filmé en train de transporter un lourd cabas vers le parc des Buttes-Chaumont, son téléphone en mode avion. Pour masquer son geste, il ment à ses trois enfants en prétendant que leur mère est simplement malade, leur interdisant de l’approcher juste avant l’annonce de sa disparition.
Par ailleurs, ce crime s’inscrit sur fond de ruine financière, le ménage étant asphyxié par les dettes et les loyers impayés depuis la faillite de l’entreprise du mari. Cette situation explosive faisait vivre la victime dans l’angoisse ; quinze jours avant le drame, Assia Matoug avait confié à sa tante : « On dirait quelqu’un qui m’étrangle, je suis sûre que je vais mourir ».
Placé en garde à vue le 23 février, Lakhdar Matoug craque et avoue avoir étranglé son épouse lors d’une violente dispute liée à une liasse de 1 400 euros, qu’il a empochée juste après le crime. Ses indications ont permis de retrouver les derniers restes de la victime dans une friche industrielle à Bobigny. Cependant, les rapports d’autopsie fragilisent grandement sa version d’un geste accidentel : les examens légistes ont révélé de nombreux hématomes infligés du vivant d’Assia Matoug, prouvant qu’elle a subi des coups répétés dans les heures ayant précédé sa mort.
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