Vacances des jeunes ,L’été de la débrouille

Sunday 18 August 2013 à 9:22
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

779-plage-algerie.jpgSi pour certains Algériens, la saison estivale est synonyme de voyages à l’étranger ou, au pire, de farniente sur les plages du littoral du nord du pays, les choses sont totalement différentes pour de millions d’autres jeunes Algériens des villes de l’intérieur du pays notamment. Pour ces derniers, qu’ils soient de Aïn Sefra, Constantine, Mascara ou Tizi Ouzou, l’été est plutôt synonyme de canicule, de mal-être, de frustrations et de… débrouille !

TIZI-OUZOU

S’offrir des vacances, ce n’est pas une sinécure !

Que ne faudrait-il pas faire pour s’offrir quelques jours de vacances ! Pour le commun des Algériens de l’intérieur du pays, il relève de l’exploit de matérialiser ce qui prend des allures de «rêve» le fait de vouloir échapper au quotidien ne serait-ce que quelques jours, pour des vacances dans des lieux qui valent le coup et surtout à la portée des bourses moyennes.

De toutes les contrées de l’intérieur du pays, à l’est de la capitale notamment, rares les villes qui offrent la possibilité de faire jouer l’imagination pour un bon plan de vacances tellement l’infrastructure y est désuète, pour ne pas dire carrément inexistante, ne laissant guère le choix que de se rabattre sur quelques destinations classiques telles que les plages, où malgré tous les efforts les commodités restent encore en «friche», ou encore les forêts et autres réserves pourtant classées mais en manque d’infrastructures plus ou moins adéquates. «Alors, on se débrouille comme on peut», comme l’explique H. Nassim, étudiant en médecine, qui a jeté son dévolu sur Tikjda et sa belle station, sise entre les wilayas de Tizi-Ouzou et Bouira où il a posé son barda deux jours après l’Aïd avec l’idée d’y passer une bonne semaine. Mal lui en prit puisqu’il n’a pu tenir que deux jours en raison, explique-t-il très déçu, de l’état lamentable dans lequel il a retrouvé cette belle forêt. «Et dire qu’il y a quelques années à peine, je m’y étais rendu en famille malgré les mauvais conseilleurs qui faisaient état d’une situation sécuritaire pas très propice au tourisme. On avait découvert un endroit magnifique pour des vacances qui ne nous avaient pas coûté très cher. Mais, là…».

Déçu, le jeune homme s’est rabattu sur la dernière solution à sa portée : des allers-retours entre chez lui, pas loin d’Azazga, et Tigzirt où il a eu le plaisir, raconte-t-il, de retrouver une ville complétement métamorphosée et surtout accessible au citoyen moyen.

Tigzirt qui, il est vrai, offre la solution de rechange idéale, encore faudrait-il arriver à se dégotter un petit appartement où tout au moins un studio à louer, ce qui est loin d’être une sinécure, si l’on doit croire des familles venues d’un peu partout et qui s’y sont établies au lendemain de la fête de l’Aïd, la plupart pour au maximum deux semaines de farniente puisque, le mois de Ramadhan aidant, le rétrécissement des vacances n’offre pas tellement la possibilité de se payer des vacances de rêve, d’autant que ni les moyens ni les infrastructures le permettent, comme l’affirme ce père de famille obligé de prendre son congé à cette période d’après Ramadhan et être contraint de faire la navette entre Tizi-Ouzou et Tigzirt ou Azeffoun pour éviter de se dire «on n’a pas eu de vacances cette année», lâche-t-il un peu désolé pour ses enfants qui sans s’en rendre compte ne sont pas loin du retour aux bancs d’écoles.

M. Azedine

Sidi m’hamed

La saison du «dégoûtage»

C’est les vacances. Ceux, des Algériens, qui ont des moyens ont déjà plié bagages et sont partis à l’étranger ou ont choisi des lieux de villégiature à l’intérieur du pays. Pour les autres, la majorité, notamment les jeunes aux moyens limités et qui restent «coincés» dans leurs quartiers, c’est la débrouille. Au fait, comment passent-ils leurs vacances ? Chacun se débrouille selon ses moyens pour «tuer» le temps et échapper à l’ennui et au «dégoûtage». Certains vont à la mer, d’autres s’arrangent comme ils peuvent. Des jeunes, entre deux soupirs, nous évoquent «leurs vacances».

Rym Nasri – Alger (Le Soir) – Pour la plupart des jeunes Algérois restés «coincés» dans leurs quartiers, la plage demeure leur unique destination durant les vacances. Serviette sur l’épaule, déambulant à deux ou à plusieurs, les jeunes sont nombreux le matin, à se diriger vers les quelques plages de la capitale.

Les endroits rocheux sont les plus prisés par les fans de la trempette notamment à l’ouest d’Alger. Sur place, ils s’adonnent à des «compétitions» de plongeons. Résidant à la cité dite les «Groupes» à Sidi M’hamed, Samir et ses copains ne font pas l’exception. «Durant l’été, les plages rocheuses de Bologhine, Raïs Hamidou et Miramar sont nos endroits préférés. Les lieux sont presque vides et nous pouvons faire des plongeons à volonté du haut des rochers», dira Samir.

Improvisé en gardien de parking, ce jeune de vingt-cinq ans affirme ne pas pouvoir se permettre des vacances. Pour lui, ces sorties entre amis demeurent la seule bouffée d’oxygène pour se reposer et se détendre. Même la nuit, la plage a ses adeptes.

A Bab El Oued, la plage «R’mila» ou ce qu’il en reste avec les travaux du port de plaisance entamés au début de l’été, ne désemplit pas. Le soir, c’est au tour des jeunes du quartier de prendre d’assaut ce coin de mer de Bab El Oued.

Sirotant une tasse de thé en se livrant aux jeux de cartes ou de dominos, beaucoup de ouled houma passent ici leur fin de journées. Fonctionnaire de son état, Tahar, ce jeune de Bab El Oued est un habitué des lieux. «Tous les jours vers 18h, je descends à la plage pour profiter d’un moment de détente qui se prolonge souvent jusqu’à minuit. C’est une habitude ancrée en moi depuis mon jeune âge», fait-il remarquer.

Cybers évasion

Les cybercafés attirent de plus en plus les jeunes. Les jeux en ligne, les sites de tchats et les messageries instantanées demeurent une forme de détente et d’évasion pour tous ces jeunes durant les vacances. Seulement à 60 DA l’heure, cette opportunité ne s’offre pas à tout le monde. Pour leur majorité, chômeurs, l’accès à Internet devient un luxe pour certains. Rencontré dans l’un des cybers café de la rue Hassiba-Ben-Bouali, Adel, étudiant en 2e année en langues étrangères, avoue que le Net lui apporte un semblant de loisirs et de détente. «En dehors des jeux en ligne entre amis, je passe des heures scotché devant l’ordinateur», confie l’étudiant. Absorbé par ses dials sur un site de tchat, Adel ne sent pas le temps passer. Résultat, l’addition est souvent très salée pour lui. «Chez nous, le prix pour se faire plaisir est souvent élevé».

R. N.

Constantine

Flirt estival

Une sorte de système «D» érige les envies d’escapades estivales des jeunes Constantinois parmi la population la moins nantie d’une ville qui offre très peu de choix en termes d’espaces de détente et de villégiature. Et c’est dans l’improvisation que le mot évasion trouve son véritable sens à leurs yeux, car pour eux, parler d’un planning de vacances proprement dit relève de la gageure, un caprice de riche tant le coût de la vie demeure exorbitant.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le rush de ces jeunes vers les destinations de prédilection des Constantinois durant la saison estivale, souvent dans des conditions incommodantes contraste avec l’afflux record que connaissent les agences touristiques qui affichent déjà «complet».

D’autant plus que selon les gérants de ces dernières, il n’est pas dit que les clients et réservataires présentent des profils de riches. «Nos clients sont issus de toutes les couches sociales, c’est pourquoi d’ailleurs, nous sommes tout le temps invités à concéder des remises y compris sur les tarifs étudiés». Propos d’un propriétaire d’une agence de voyage qui a pignon sur rue à Constantine et qui pense que 80% de sa clientèle sont issus de la classe moyenne et que bon nombre de vrais riches préfèrent se fendre dans la société que de manifester des envies extravagantes qui dénotent une certaine opulence financière», dira-t-il, non sans écorcher «une caste d’arrivistes qui dépensent hasardeusement par pure arrogance».

Mais qu’en est-il des jeunes aux penchants aventuriers qui préfèrent les vacances entre copains plutôt que l’astreinte qu’impose la présence des membres de la famille ? Pour les vacanciers, «cette catégorie de clients qui ne se bousculent forcément pas sur les formules de séjours proposés, apprécie les excursions ou encore les formules week-end en bord de mer que nous proposons à des tarifs accessibles. Ils y mettent de l’ambiance mais aussi des dépassements par moment si l’on ne veille pas à la tranquillité de tous». Force est de constater par contre que pour la plupart des jeunes Constantinois, les escapades improvisées entre amis sont les plus prisées pour ce qu’elles offrent comme ingrédients d’air et de liberté loin de l’oisiveté étouffante d’une métropole de plus en plus apathique. Pour ce faire, les procédés sont multiples et répondent généralement au critère pécuniaire que la «bande» peut assumer. Les plus courantes ce sont les sorties d’une journée vers les plages de Skikda, Jijel, Annaba ou encore Béjaïa, au moyen de transport disponible, ou selon «la bourse» disponible à savoir le bus, le véhicule personnel, le taxi, le taxi clandestin ou encore une voiture de location puisque cette formule attire de plus en plus d’adolescents. La location d’appartements, bungalows et voire même de pièces dans une construction en bord de mer est une autre alternative pour les mieux organisés qui privilégient les séjours plus ou moins longs que les escapades furtives d’une journée ou d’un week-end en bleu azur.

Dans certains quartiers, avec parfois la complicité des municipalités en manque d’imagination, des jeunes se prêtent au rôles, d’organisateurs d’excursions en mer moyennant des frais de transport par bus loué auprès des privés qui ne rechignent pas à arrondir leur fin de semaine pour assurer le trajet aller-retour vers Skikda notamment, la plus proche destination méditerranéenne. Mais comme tout a un coût, le saisonnier ou journalier sur des chantiers de maçonnerie, de peinture… ; le commerce informel et pourquoi pas le gardiennage des parkings sauvages sont autant d’activités de fortune qui permettent à bon nombre de ces jeunes de courtiser le rêve des vacuités estivales.

«Des flirts» en attendant des jours meilleurs où la canicule redevient clémente sous le ciel de cette terre numide. Quand s’ouvriront ses piscines et ses parcs d’attractions promis ?

K. G.

TLEMCEN

Un été dans la steppe

Rares sont ceux qui prennent la direction du Sud en ce mois d’août, où la température n’est guère clémente. Si les gens du Nord élisent domicile au bord de la mer pendant l’été, dans l’arrière-pays, les saisons se suivent et se ressemblent.

En quittant la ville de Sebdou au bout de quelques bornes, nous arrivons au pays de la toundra où l’immensité de la steppe croule sous un soleil de plomb. Devant nous, se dresse la majestueuse chaîne de Djebel Antar, nous laissons Mecheria derrière nous. Au bout d’une heure et demie de route nous arrivons à Aïn Sefra, l’oasis où repose Elizabeth Eberhard.

Les gens de Aïn Sefra ont une particularité, ils ont en toute circonstance le sourire. Ici, l’été est une saison comme les autres, on ne parle pas de vacances, d’ailleurs la plupart des gens ne connaissent pas le littoral à l’exception des enfants qui ont la chance de partir en colonie de vacances. Mais il ne faut pas croire que les jeunes s’ennuient dans ces villes du Sud. Il est vrai que beaucoup de choses manquent, cependant les gens ont la maîtrise du temps. On ne fait pas n’importe quoi pour passer le temps. Aïn Sefra est une ancienne ville garnison du maréchal Lyautey et sa population reste très attachée aux traditions du Sud.

Ce n’est pas un hasard si Elisabeth Eberhard a choisi la ville des «Ksours» pour finir son aventure africaine. A Aïn Sefra, il y a beaucoup d’intellectuels et d’écrivains de renom. Comme nous le dira un jeune étudiant, «la vie dans le sud algérien n’a pas changé, il n’y a pas eu de grandes réalisations pour nous faire sortir de l’isolement, ici on ne parle jamais de vacances, rares sont les jeunes qui s’aventurent vers le Nord pour goûter aux plaisirs de la mer, faute de moyens. Le chômage dans ces contrées frappe de plein fouet les jeunes», les cybercafés restent l’espace le plus fréquenté pendant les grandes vacances, c’est le seul moyen d’évasion.

Samir, un diplômé en génie civil se dit frustré, il caresse toutefois un rêve : voir la ville de Sidi Boutkhil se développer et devenir une destination touristique incontournable. Il me fait une petite confidence, «les vacances ça se mérite, il y a des gens qui travaillent durement toute l’année, ils ont droit au repos, alors quand on est chômeur, il vaut mieux ne pas y penser et chercher des petits boulots pour préparer la rentrée».

Pourtant, dans ce décor de lune, la région ne manque pas d’atouts, il y a ces petites oasis verdoyantes, telles que Tiout, la source thermale de hammam Ouarka, l’historique Mograr qui fut l’imprenable citadelle du cheikh Bouamama. Et là, surprise ! On rencontre des touristes algériens qui viennent du Nord. Hammam Ouarka ne désemplit pas, on y vient de partout, de Kabylie, de Constantine et même de Tunisie. A partir de midi, le centre-ville commence à se vider, seuls quelques rares passagers en provenance de Tindouf ou de Béchar cherchent refuge dans les cafés encore ouverts. Il faut attendre que le soleil disparaisse derrière les dunes pour que la vie reprenne et que l’on veille assez tard à Aïn Sefra. On notera cependant que le livre a une grande importance dans cette ville qui a donné une grande élite intellectuelle. En été, la lecture est non seulement un grand loisir, mais un formidable moyen d’évasion.

Il est presque deux heures du matin, Samir et ses amis quittent le salon de thé, non pas pour aller dormir mais pour donner les dernières retouches à une pièce théâtrale. Ils seront sur les planches au début de l’automne. La steppe n’est peut-être pas le meilleur endroit pour passer des vacances (d’été) mais un formidable univers de méditation.

M. Zenasni

MASCARA

La débrouille pour goûter aux vacances

Comment les Mascaréens passent leurs vacances ? Comme partout en Algérie, il y a d’abord cette catégorie de citoyens qui ont le privilège de séjourner à l’étranger et puis les autres, moins chanceux, qui se débrouillent comme ils peuvent pour avoir quelques jours de vacances pour se défaire du stress d’une année chargée tant pour ceux qui sont en congé que les autres, en vacances scolaires.

Il faut dire que cette année, les vacances ont été tranquilles pour cause de Ramadhan et les juillettistes ont dû différer leurs sorties dans la cité de l’Emir Abdelkader.

Quelques familles vont s’installer dans les résidences estivales notamment sur la Corniche oranaise. Et puis à la faveur de sorties organisées à bord de bus, de nombreux citoyens se rendent en famille aux plages les plus proches, particulièrement celles de Mostaganem distantes de 80 km.

Ce jeudi, Tewfik et ses copains sont partis camper du côté de Marsat El Hadjadj (ex-Port-aux-Poules), ville côtière la plus proche. Entre Mascara et Mohammadia, c’est un ballet incessant de véhicules J5 et J9. Et au bout d’une heure trente, l’on est sur la plage. Si vous sortez tôt ce matin, vous apercevrez ces véhicules au niveau des cités, embarquant les candidats pour une journée de plage. Tous les moyens sont bons pour avoir quelques journées d’évasion. C’est ainsi que pour faire trempette, des jeunes n’hésitent pas à se déplacer quotidiennement en mobylette pour se rendre à la plage la plus proche. Certains Mascaréens se consolent avec cette satisfaction d’avoir envoyé leurs enfants en colonie de vacances et consommeront leur congé à Mascara comme tant d’autres.

En cette période de canicule, l’on se débrouille alors comme on peut.

Après de longues soirées en quête de fraîcheur, c’est la grasse matinée. Les adeptes de jeux comme la belote ou les dominos commencent alors leurs interminables parties. Côté distraction pour les enfants, il reste le bois de Khessibia récemment aménagé et qui fait le plein depuis le mois de Ramadhan.

En soirée et ceci à la faveur de distractions comme le manège et autres buvettes. la forêt de Nesmoth endroit paradisiaque, est aussi fréquentée. Enfin pour les amoureux de la balle ronde, et comme de tradition sont organisés les tournois de football qui drainent un grand public. Pour avoir un aperçu sur l’ambiance, rendez-vous alors aux stades DNC ou à celui près du FAJ, ainsi que sur «El Blaça» dans le quartier mythique de Bab-Ali.

M. Meddeber

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